- Une gonorrhée qui s’étend au-delà de la gorge ou du tractus génital s’appelle une gonorrhée disséminée
- Une équipe californienne a étudié des données se rapportant à plus de 900 personnes atteintes de gonorrhée
- L’équipe a constaté un lien entre la gonorrhée disséminée et les rapports hétérosexuels, l’âge et l’usage de méthamphétamine
La bactérie qui cause la gonorrhée (N. gonorrhoeae) peut provoquer de l’inflammation et des symptômes qui touchent le plus couramment les tissus muqueux de la gorge, de l’anus, du pénis et du vagin, ces tissus étant habituellement le premier point de contact avec la bactérie. Dans certains cas, cependant, si l’infection n’est pas diagnostiquée ou traitée, les microbes entrent dans le sang et se propagent vers des endroits plus loin, causant ainsi nombre de complications. Celles-ci incluent l’apparition de nodules sur la peau, une inflammation du revêtement cardiaque, une inflammation douloureuse des articulations et, dans des cas très rares, une inflammation des tissus enveloppant le cerveau. Lorsque la gonorrhée se propage ainsi vers des tissus loin de la lésion initiale, on dit qu’elle est disséminée. Les cas de gonorrhée disséminée peuvent se révéler graves.
Une équipe de recherche de la Californie a étudié l’impact de l’infection gonococcique disséminée (IGD) dans cet État. Selon l’équipe, 400 cas d’IGD ont été recensés entre juillet 2020 et mai 2024, et huit personnes sont décédées des suites de l’infection.
Pour mieux comprendre les facteurs de risque associés à l’IGD, l’équipe de recherche a analysé des données se rapportant à des personnes qui avaient reçu un diagnostic d’IGD ou de gonorrhée non compliquée. L’équipe a réparti les participant⋅e⋅s en deux groupes, à savoir les cas (IGD) et les témoins (gonorrhée non compliquée). Cette sélection a été effectuée au hasard à partir d’une base de données :
- cas : données se rapportant à 119 personnes atteintes d’IGD
- témoins : données se rapportant à 786 personnes atteintes de gonorrhée non compliquée
Lors de l’analyse des données, l’équipe a tenu compte de facteurs comme le genre, la race/ethnie, le genre des partenaires sexuel⋅le⋅s, le statut VIH, les antécédents de diagnostics d’infections transmissibles sexuellement courantes (infection à Chlamydia, syphilis ou gonorrhée) et l’autodéclaration de l’usage de drogues.
Résultats
L’équipe de recherche a constaté les différences suivantes entre les deux populations étudiées :
- les personnes atteintes d’IGD avaient tendance à être plus âgées que les personnes atteintes de gonorrhée non compliquée (42 ans contre 29 ans);
- les personnes atteintes d’IGD étaient plus susceptibles d’être hétérosexuelles, notamment des hommes ayant des relations sexuelles avec des femmes;
- les personnes atteintes d’IGD étaient plus susceptibles d’avouer leur usage de drogues, elles étaient approximativement six fois plus susceptibles de déclarer leur usage actuel de méthamphétamine.
L’équipe n’a constaté aucune différence statistiquement significative entre les deux groupes en ce qui avait trait à leur statut VIH.
À retenir
Selon l’équipe de recherche, « Ces résultats ont des répercussions importantes pour les clinicien⋅ne⋅s et les programmes de santé publique, d’autant que la priorité n’est pas toujours donnée à la vérification des antécédents sexuels complets et au dépistage régulier de la gonorrhée [chez les populations à risque d’IGD] ». L’équipe a ajouté que nombre de personnes atteintes sont asymptomatiques tôt dans le cours de la maladie, notamment lorsque la gonorrhée a infecté des sites à l’extérieur du tractus anogénital. Il est donc possible que des occasions ratées pour évaluer le comportement individuel et, si cela convient, d’effectuer un dépistage de la gonorrhée « puissent laisser des cas de gonorrhée non diagnostiqués et augmenter le risque de complications comme l’IGD ».
Conseils à l’intention des clinicien∙ne∙s
L’équipe de recherche a adressé les conseils suivants aux prestataires de soins : « Les clinicien⋅ne⋅s devraient rester vigilant⋅e⋅s face à la possibilité que l’IGD soit présente chez des patient⋅e⋅s présentant des syndromes compatibles, y compris l’arthrite avec dermatite, la polyarthralgie migratoire, la ténosynovite et l’arthrite septique — même s’il s’agit de personnes de plus de 25 ans ou [qui ne sont pas] des hommes gbHARSAH ».
Selon l’équipe de recherche, « même si les femmes sont [depuis longtemps] considérées comme plus à risque d’IGD (éventuellement à cause de changements biochimiques associés aux menstruations, à la grossesse et aux états post-partum), la plupart des cas d’IGD survenus en Californie se sont produits chez des hommes ». Cela porte à croire que la population touchée par l’IGD est en train de changer, comme l’ont laissé entendre les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) des États-Unis.
Comme les cliniques de santé publique font face à des contraintes financières, l’équipe de recherche a souligné qu’il leur est impossible d’effectuer un dépistage d’IGD auprès de toutes les populations mentionnées dans cette étude (hétérosexuel⋅le⋅s, personnes de plus de 25 ans). Il pourrait toutefois être possible d’élargir la portée du dépistage régulier de la gonorrhée pour atteindre des populations particulières. À titre d’exemple, notons que dans l’État de Californie, « le dépistage régulier de la gonorrhée est maintenant recommandé pour toutes les personnes qui utilisent des substances (surtout la méthamphétamine), peu importe leur orientation sexuelle, en raison de l’incidence disproportionnée qu’exerce l’IGD dans cette population ».
Ces recommandations ont le potentiel de faire entrer plus d’utilisateur⋅trice⋅s de méthamphétamine dans le système de santé et, tout au moins, d’aider à réduire les taux de gonorrhée dans cette population.
Cette étude avait ses limites. Entre autres, elle manquait de données sociodémographiques détaillées se rapportant à des enjeux pertinents, dont la situation de logement et l’accès aux soins de santé. Notons aussi que le nombre de cas d’IGD était relativement faible, ce qui a limité la portée de l’analyse statistique. Signalons cependant que des études menées dans d’autres États américains ont également détecté des cas d’IGD chez des groupes où l’âge plus avancé et/ou l’usage de substances étaient des facteurs de risque.
À propos de la méthamphétamine et du système immunitaire
Nombre d’études ont permis de constater que la dépendance à la méthamphétamine peut affaiblir le système immunitaire, notamment par les mécanismes suivants :
- perturbation des schémas de sommeil et réduction des taux de lymphocytes T cruciaux
- réduction des taux de molécules de messagers chimiques servant à la communication entre le cerveau et le système immunitaire
- affaiblissement de la capacité du système immunitaire à combattre les infections
- accélération du vieillissement du système immunitaire
Des scientifiques ont découvert que l’usage de méthamphétamine peut accroître l’inflammation dans le rectum et augmenter ainsi le risque de contracter le VIH et d’autres microbes. Cette drogue semble également amplifier l’activité des cellules infectées par le VIH, de sorte qu’elles produisent davantage de particules virales.
—Sean R. Hosein
Ressources
Le Canada augmente la dose de l’antibiotique à privilégier pour le traitement de la gonorrhée – Nouvelles CATIE
Guide sur la gonorrhée : Informations importantes et ressources – Agence de la santé publique du Canada
Infections transmissibles sexuellement et par le sang : Guides à l’intention des professionnels de la santé – Agence de la santé publique du Canada
Un grand essai clinique montre que la zoliflodacine est prometteuse contre la gonorrhée urogénitale non compliquée — Nouvelles CATIE
Une équipe française étudie la résistance aux antibiotiques chez des personnes sous doxy-PPE (prophylaxie post-exposition à la doxycycline) – Nouvelles CATIE
Le nouvel antibiotique gépotidacine semble prometteur contre la gonorrhée – Nouvelles CATIE
TraitementActualités 245 – CATIE
Réduction significative des taux de chlamydiose et de syphilis dans une grande clinique grâce à la doxycycline préventive – Nouvelles CATIE
La doxycycline pour la prévention des ITS bactériennes – CATIE
RÉFÉRENCES :
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