- Une équipe de recherche de la Colombie-Britannique a suivi plus de 18 000 adultes pendant 20 ans
- Le taux global de zona était plus élevé chez les personnes séropositives que chez les personnes séronégatives
- La vaccination a réduit très efficacement le risque de zona, peu importe le statut VIH
Le virus varicelle-zona cause une maladie appelée varicelle chez les enfants. À la suite d’un épisode de cette maladie, le virus entre dans un état de latence en se cachant dans les nerfs de la colonne vertébrale. Chez les adultes de la population générale dont le système immunitaire est affaibli à cause de l’âge ou d’autres problèmes, le virus peut sortir de sa cachette et causer une maladie appelée zona. Ce phénomène commence d’ordinaire vers l’âge de 50 ans puis se produit plus fréquemment par la suite.
Les symptômes du zona incluent de graves douleurs nerveuses et des lésions cutanées. Une poussée de zona dure habituellement une semaine ou deux, mais la douleur peut persister quelques semaines, même après la guérison des lésions cutanées. Chez les personnes dont le système immunitaire est affaibli par le VIH, les symptômes du zona risquent d’être plus intenses et de se manifester plus tôt (avant l’âge de 50 ans dans certains cas). Le virus peut atteindre les membranes entourant le cerveau et la moelle épinière et causer de l’inflammation dans ces tissus. Certaines études laissent croire que le zona est associé à un risque accru d’AVC, de maladies cardiaques et, potentiellement, de démence.
Lors d’une récente étude américaine, une équipe a comparé des quinquagénaires en bonne santé à des personnes âgées de 30 à 39 ans qui n’avaient ni le VIH ni d’autres maladies immunosuppressives comme le cancer. Ces personnes avaient toutefois des maladies comme l’asthme, la maladie pulmonaire obstructive chronique (MPOC), la dépression et le diabète de type 2 ou encore elles vivaient aux prises avec les méfaits du stress ou des blessures secondaires à de graves accidents. L’équipe a constaté un risque accru de zona chez ce groupe plus jeune.
Colombie-Britannique
Une équipe de scientifiques affilié⋅e⋅s au Centre d’excellence sur le VIH/sida de la Colombie-Britannique, à l’Université de la Colombie-Britannique, à l’Université Simon Fraser et à l’organisme Providence Health Care a analysé des données de santé recueillies auprès de plus de 18 000 adultes, dont la moitié avait le VIH. L’équipe a constaté que les personnes séropositives couraient un risque accru de zona. De plus, le risque de vivre une récidive de zona était deux fois plus élevé chez les personnes séropositives que chez les personnes séronégatives.
L’équipe de recherche a également constaté que le vaccin antizona conférait une protection très efficace contre cette maladie, et ce, peu importe le statut VIH des personnes inoculées. Les résultats de cette étude soutiennent l’élargissement de l’accès au vaccin aux personnes immunodéprimées, dont celles vivant avec le VIH.
Détails de l’étude
L’équipe a extrait des renseignements d’une base de données appelée COAST (Comparative Outcomes and Service Utilization Trends). Celle-ci contient des données de santé anonymisées se rapportant à des personnes ayant reçu un diagnostic de VIH en Colombie-Britannique. Elle contient également un échantillon aléatoire représentant 10 % de la population générale de la province.
L’équipe de recherche a analysé des données recueillies entre janvier 2000 et décembre 2019. L’analyse a porté sur 9 503 personnes séropositives qui avaient toutes commencé un traitement contre le VIH (traitement antirétroviral ou TAR) pendant la période à l’étude. Les données se rapportant à chaque personne séropositive ont été comparées à celles d’une personne séronégative du même sexe et du même âge.
Quatre-vingt-cinq pour cent des personnes séropositives avaient été assignées garçons à la naissance et avaient un âge moyen de 39 ans au moment de leur admission à l’étude. La plupart des personnes séropositives ont participé à l’étude pendant environ 12 ans.
Résultats
Selon l’équipe de recherche, avant 2009, les personnes séropositives couraient un risque « substantiellement plus élevé » de vivre un premier épisode de zona que les personnes séronégatives. C’était particulièrement le cas chez les personnes séropositives de 50 ans ou plus; chez celles-ci, le risque de faire un premier épisode de zona était « près de quatre fois plus élevé […] que chez les personnes séronégatives », selon l’équipe de recherche. Lorsqu’elle a analysé des données se rapportant à des personnes âgées de 19 à 49 ans, l’équipe a constaté que les personnes séropositives couraient un risque de zona six fois plus élevé que les personnes séronégatives.
Après 2009, un programme offrant la vaccination antizona a été lancé en Colombie-Britannique. Lorsque l’équipe de recherche a analysé les données recueillies depuis 2009, elle a constaté que l’écart entre les taux de zona chez les personnes séropositives et les personnes séronégatives avait diminué. En ce qui concerne les personnes de 50 ans ou plus, l’équipe a décrit le risque de zona chez les personnes séropositives comme étant « modestement plus élevé » que chez les personnes séronégatives. Cependant, chez les personnes de 49 ans ou moins, le risque demeurait trois fois plus élevé chez les personnes séropositives.
Facteurs influant sur le risque de faire un premier épisode de zona
Lorsque l’équipe de recherche a analysé les données à la recherche de facteurs susceptibles d’accroître le risque de zona chez les personnes séropositives, elle a constaté ce qui suit :
Personnes âgées de 50 ans ou plus
- diagnostic antérieur de zona
- système immunitaire gravement affaibli (moins de 50 cellules CD4+)
- charge virale détectable en VIH
Personnes âgées de 49 ans ou moins
- charge virale détectable en VIH
- système immunitaire gravement affaibli (moins de 50 cellules CD4+)
Facteurs influant sur le risque de récidive de zona
Certain⋅e⋅s participant⋅e⋅s ont vécu des épisodes récidivants de zona au cours de l’étude.
Voici la répartition des facteurs ayant influé sur le risque de récidive de zona au cours de la période à l’étude :
Personnes âgées de 50 ans ou plus
- diagnostic antérieur de zona (notamment chez les personnes ayant vécu deux épisodes antérieurs ou plus)
- système immunitaire gravement affaibli (moins de 50 cellules CD4+)
- charge virale détectable en VIH
- greffe de tissu/d’organe (les personnes en question auraient reçu des médicaments immunosuppresseurs pour assurer la survie du tissu/de l’organe greffé)
Personnes âgées de 49 ans ou moins
- diagnostic antérieur de zona (notamment chez les personnes ayant vécu deux épisodes antérieurs ou plus)
- système immunitaire gravement affaibli (moins de 50 cellules CD4+)
- charge virale détectable en VIH
L’équipe a remarqué que les personnes séropositives de moins de 49 ans étaient plus susceptibles que les personnes séronégatives du même âge d’être atteintes de maladies intestinales inflammatoires, de dépression ou d’anxiété. Notons que les traitements contre les maladies intestinales inflammatoires réduisent l’inflammation en affaiblissant partiellement le système immunitaire. Il est donc possible que des traitements de ce genre aient contribué au risque accru de zona chez les personnes plus jeunes figurant dans cette étude.
Vaccination
Il semble que seules des personnes de 50 ans ou plus aient reçu le vaccin antizona. Dans cette population, le vaccin s’est révélé très efficace, surtout chez les personnes vivant avec le VIH.
À retenir
Il n’est pas surprenant que les personnes séropositives dont la charge virale est détectable courent un risque accru de zona. Cette situation est partiellement attribuable à l’immunodéficience. Notons aussi que l’infection par le VIH non traitée est associée à une augmentation de l’inflammation et de la dysfonction immunitaire, deux facteurs susceptibles de faire sortir le virus du zona de sa latence.
L’équipe de recherche a constaté que les personnes séropositives vaccinées contre le zona avaient tendance à avoir « un meilleur état de santé et de suivre plus fidèlement leur traitement contre le VIH, comme l’attestaient leur compte de cellules CD4+ plus élevé et leur charge virale indétectable ».
L’équipe a également trouvé que certaines maladies concomitantes auraient pu contribuer à un risque accru de zona, dont les suivantes :
- maladies cardiovasculaires
- cancers non liés au sida
- hypertension
- insuffisance hépatique chronique
- troubles anxieux et de l’humeur
D’autres études menées auprès de la population générale ont permis de constater un lien entre ces maladies et un risque accru de zona. Il se peut que cela soit partiellement attribuable au fait que ces maladies soient associées à l’inflammation accrue, laquelle peut contribuer à faire sortir le virus du zona de sa latence.
Accent sur la vaccination
Chaque province et territoire du Canada établit des critères différents en ce qui concerne l’accès subventionné au vaccin contre le zona. Au Canada, chaque dose du vaccin coûte environ 160 $ (deux doses, administrées à deux à six mois d’intervalle, sont nécessaires). L’équipe de la Colombie-Britannique encourage les systèmes de santé à élargir l’accès au vaccin, notamment pour les personnes de 50 ans ou plus et celles vivant avec un système immunitaire affaibli.
Autres bienfaits
Cette étude britanno-colombienne a porté spécifiquement sur le zona. Or, des études récentes menées au Canada et dans d’autres pays portent à croire que le vaccin antizona est également associé à une réduction du risque des maladies suivantes chez les personnes séronégatives :
- démence
- maladies cardiovasculaires
- AVC
La vaccination antizona a donc le potentiel de réduire le risque de plusieurs maladies. On devra mener des études auprès de personnes séropositives pour déterminer si le vaccin antizona peut réduire les risques chez cette population aussi.
Alberta
Il y a plusieurs années, une équipe de recherche de Calgary a mené une étude sur les effets exercés par le zona sur les personnes séropositives et le système de santé. Elle a constaté que cette maladie pouvait causer des complications qui aboutissaient à l’hospitalisation. Selon l’équipe, non seulement la vaccination des personnes séropositives réduirait vraisemblablement leur risque de zona et d’hospitalisation, mais se traduirait aussi en des économies pour les systèmes de santé.
—Sean R. Hosein
Ressources
Vaccin contre le zona : Guide canadien d’immunisation – Gouvernement du Canada
Vaccination contre le zona – Gouvernement du Québec
Shingles – BC Centre for Disease Control
Une équipe de recherche de Calgary étudie l’impact du zona sur des personnes vivant avec le VIH – Nouvelles CATIE
Centre d’excellence sur le VIH/sida de la Colombie-Britannique
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