- La prise de doxycycline après les relations sexuelles (doxy-PPE) réduit le risque de certaines infections transmissibles sexuellement
- Une étude française a révélé une baisse de l’efficacité de certains antibiotiques contre la gonorrhée chez des personnes sous doxy-PPE
- L’équipe n’a détecté aucune résistance aux classes d’antibiotiques typiquement utilisées pour traiter la gonorrhée
Nombre d’essais cliniques ont permis de constater que la prise de doxycycline après les expositions sexuelles, une intervention appelée prophylaxie post-exposition à la doxycycline ou doxy-PPE, réduit considérablement le risque de chlamydiose (infection à Chlamydia) et de syphilis. La doxy-PPE réduit également le risque de gonorrhée dans certains cas. Dans le passé, cependant, la classe d’antibiotiques appelée tétracyclines (dont fait partie la doxycycline) était utilisée pour traiter la gonorrhée, et les bactéries responsables de cette infection acquéraient la capacité de résister à cette classe (et donc à la doxycycline). Par conséquent, la doxy-PPE n’est pas toujours un moyen efficace de réduire le risque de gonorrhée.
Il est important de surveiller l’émergence de résistances aux antibiotiques chez les bactéries qui causent la gonorrhée (bactéries gonococciques) parce que les options de traitement se font plus rares de nos jours. De plus, historiquement, les bactéries gonococciques finissaient par acquérir une résistance à de nombreux antibiotiques.
Étude réalisée en France
Une équipe de scientifiques française a analysé des échantillons d’urine et de frottis de l’anus et de la gorge prélevés chez les hommes participant à une étude portant le nom de DOXYVAC. Dans le cadre de cet essai clinique, l’équipe a réparti au hasard des hommes gais, bisexuels et d’autres hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (hommes gbHARSAH) pour recevoir soit la doxy-PPE (362 participants) soit aucune prophylaxie (183 participants).
L’équipe s’est concentrée sur des échantillons prélevés entre janvier 2021 et février 2023.
L’équipe de recherche a évalué la capacité qu’avaient les bactéries gonococciques à acquérir une résistance aux huit antibiotiques suivants :
- azithromycine
- céfixime
- ceftriaxone
- ciprofloxacine
- doxycycline
- gentamicine
- spectinomycine
- tétracycline
L’équipe a constaté qu’une résistance de haut niveau à la tétracycline était plus probable chez les personnes sous doxy-PPE (36 %) que chez les personnes ne suivant pas de doxy-PPE (13 %). Cette différence est significative du point de vue statistique, c’est-à-dire non attribuable au seul hasard.
D’autres études ont également révélé la présence d’une forte résistance à la tétracycline causée vraisemblablement par l’exposition à la doxycycline.
Résistance croisée
Parfois, les bactéries qui acquièrent une résistance à un groupe d’antibiotiques particulier parviennent simultanément à acquérir une résistance à un autre groupe d’antibiotiques.
Dans la présente étude, l’équipe de recherche n’a pas constaté d’augmentation des taux de résistance aux antibiotiques dont la structure était différente de celle de la doxycycline.
L’équipe a toutefois observé que les hommes sous doxy-PPE étaient plus susceptibles d’être porteurs de bactéries gonococciques devenues moins sensibles aux effets d’un antibiotique apparenté à la pénicilline, soit le céfixime. Notons que ce médicament était autrefois le traitement de choix pour les cas de gonorrhée non compliquée au Canada et dans d’autres pays. Comme il était possible de prendre le céfixime sous forme de comprimé, elle était une option attrayante. Cependant, à cause du risque de résistance lié au céfixime, le traitement privilégié pour la gonorrhée non compliquée de nos jours est l’antibiotique ceftriaxone. Ce dernier est administré par injection intramusculaire ou, si des doses élevées s’avèrent nécessaires, par perfusion intraveineuse.
Dans la présente étude, le gène associé à une baisse de la sensibilité au céfixime était à peu près trois fois plus courant dans les échantillons prélevés chez les hommes sous-PPE que chez les autres (32 % contre 10 %). Cette différence est significative du point de vue statistique.
Le céfixime et la ceftriaxone s’apparentent de loin à la pénicilline. En théorie, les bactéries qui acquièrent une résistance au céfixime chez des personnes sous doxy-PPE pourraient un jour devenir moins sensibles et acquérir éventuellement une résistance à la ceftriaxone. Cependant, durant cette étude, toutes les souches de bactéries gonococciques ont conservé leur sensibilité à la ceftriaxone, le traitement de choix contre la gonorrhée.
Notons aussi que des données précédentes de l’étude française ont confirmé que la doxy-PPE était une option efficace pour réduire le risque de chlamydiose et de syphilis.
À retenir
Selon cette équipe de recherche française, les données issues de son étude révèlent que la doxy-PPE est « prometteuse » comme moyen de réduction du risque de chlamydiose et de syphilis. Cette stratégie est cependant « associée à la sélection de [souches de bactéries gonococciques] présentant une résistance de haut niveau à la tétracycline et à une sensibilité réduite au céfixime ». L’équipe insiste aussi sur l’importance de continuer à surveiller l’émergence de bactéries devenues résistantes aux antibiotiques chez les personnes sous doxy-PPE. De plus, elle fait valoir que ses résultats soulignent le besoin urgent de mettre au point un vaccin capable de réduire le risque de gonorrhée. Un tel vaccin pourrait réduire la demande pour des traitements contre la gonorrhée et aider à préserver des options d’antibiotiques pour l’avenir.
Il importe de noter que l’émergence de bactéries résistantes à la doxycycline dans la communauté est significative pour d’autres raisons. L’antibiotique doxycycline joue un rôle important dans le traitement d’autres microbes transmissibles sexuellement, notamment la chlamydiose et une variante de celle-ci appelée LGV (lymphogranulomatose vénérienne). De plus, aux États-Unis, la doxycycline est largement utilisée pour traiter une infection transmissible sexuellement appelée Mycoplasma genitalium (les traitements recommandés au Canada sont l’azithromycine ou la moxifloxacine). Ainsi, il est possible que la propagation de la résistance à la doxycycline ait des implications pour d’autres maladies.
Nouvelles connexes : Allemagne et Canada
Allemagne
Récemment, des scientifiques de Berlin ont signalé quatre cas de gonorrhée chez des hommes hétérosexuels. L’âge des hommes allait de la fin de l’adolescence à la jeune soixantaine, et ils vivaient tous dans la même région géographique. Il n’y avait pas de lien évident entre les hommes, et aucun d’entre eux n’avait récemment voyagé à l’extérieur de l’Allemagne. L’équipe de recherche a envoyé des échantillons de liquides et de frottis à un laboratoire de référence pour être analysés. L’équipe du laboratoire a constaté que les hommes étaient infectés par des bactéries gonococciques présentant une résistance de haut niveau aux antibiotiques azithromycine et céfixime. Chez deux hommes, les bactéries avaient également acquis une résistance apparente à des concentrations de ceftriaxone qui seraient atteintes après l’administration d’une dose standard.
Trois hommes ont dévoilé avoir eu des relations sexuelles avec des travailleuses du sexe, et un homme en avait eu avec une partenaire non habituelle. Les hommes présentaient une inflammation urétrale symptomatique (l’équipe n’a pas fourni de détails, mais les symptômes incluaient habituellement de la douleur à la miction, de la difficulté à uriner et, parfois, un écoulement du pénis).
Les médecins ont prescrit des doses relativement élevées de ceftriaxone (2 g pendant un à trois jours), administrées par perfusion intraveineuse ou injection intramusculaire, en même temps qu’une dose élevée d’azithromycine par voie orale. Trois hommes ont reçu ce traitement et ont guéri. Selon l’équipe de recherche allemande, il est possible que les doses élevées de ceftriaxone aient réussi à surmonter la résistance, au moins dans ces cas particuliers.
Le quatrième homme s’est fait prescrire des antibiotiques, mais n’a pas eu à se rendre à l’hôpital pour un traitement intraveineux à la ceftriaxone, et le personnel médical a été incapable de le retrouver malgré plusieurs tentatives.
La souche de gonorrhée dont ces hommes étaient atteints s’apparentait à une souche dont la présence a été signalée au Royaume-Uni en 2024. Le cas en question était lié originalement à un voyage en Cambodge.
Canada
Des scientifiques de Montréal, de Québec et du Laboratoire national de microbiologie à Winnipeg ont rapporté des détails concernant un homme infecté par une souche de gonorrhée extrêmement résistante aux médicaments.
En mai 2024, un homme hétérosexuel dans la quarantaine a cherché des soins pour une inflammation urétrale dans une clinique de Montréal. Il a dévoilé avoir voyagé au Cambodge et y avoir eu des relations avec des travailleuses du sexe. Il n’avait pas eu de relation sexuelle depuis son retour au Canada deux mois avant l’apparition de ses symptômes.
Comme traitement initial, le patient a reçu de l’azithromycine (2 g) et du céfixime (800 mg), les deux sous forme de comprimés en une seule prise. Deux semaines après son traitement, l’homme éprouvait encore des symptômes.
Le deuxième cycle de traitement du patient a consisté en une seule dose de ceftriaxone (250 mg) par injection intramusculaire et en la doxycycline par voie orale (100 mg deux fois par jour pendant sept jours consécutifs). Ce traitement a malheureusement échoué également, et les symptômes ont persisté. Qui plus est, une analyse de laboratoire a révélé la présence de bactéries gonococciques dans l’urine du patient.
Le troisième cycle de traitement a consisté en la prise continue de doxycycline par voie orale (comme avant), mais, cette fois, les médecins ont prescrit celle-ci en supposant que le patient avait peut-être une infection à Chlamydia qui affectait son urètre. L’homme a également reçu une dose plus élevée de ceftriaxone (500 mg) par injection intramusculaire. Cette dose accrue est à présent le traitement recommandé au Canada dans le cas d’une gonorrhée sans complications. Le patient s’est rétabli subséquemment, et une analyse d’urine a confirmé la guérison de la gonorrhée.
—Sean R. Hosein
Ressources
Le Canada augmente la dose de l’antibiotique à privilégier pour le traitement de la gonorrhée – Nouvelles CATIE
Guide sur la gonorrhée : Informations importantes et ressources – Agence de la santé publique du Canada
Infections transmissibles sexuellement et par le sang : Guides à l’intention des professionnels de la santé – Agence de la santé publique du Canada
Guide sur la Chlamydia et LGV : Traitement et suivi – Agence de la santé publique du Canada
La gonorrhée – CATIE
Le nouvel antibiotique gépotidacine semble prometteur contre la gonorrhée – Nouvelles CATIE
TraitementActualités 245 – CATIE
Réduction significative des taux de chlamydiose et de syphilis dans une grande clinique grâce à la doxycycline préventive – Nouvelles CATIE
La doxycycline pour la prévention des ITS bactériennes – CATIE
RÉFÉRENCES :
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