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CATIE
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  • Selon les estimations, l’hépatite C toucherait 11 % de la population des prisons fédérales et 14 % de celle des prisons provinciales
  • Les ex-détenu·e·s signalent la stigmatisation et la méfiance à l’égard des prestataires de soins comme des obstacles au dépistage
  • L’autodépistage de l’hépatite C serait bien accueilli après la mise en liberté, a constaté l’équipe

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Selon les estimations, plus de 200 000 personnes vivent avec l’infection chronique par le virus de l’hépatite C (VHC) au Canada. Si celle-ci n’est pas diagnostiquée et traitée, elle peut causer de graves dommages au foie. Ces dommages risquent ensuite d’entraîner de nombreuses complications, y compris une augmentation du risque de cancer du foie. 

De façon générale, les traitements contre le VHC sont sûrs et simples à suivre, car il suffit de prendre des comprimés une fois par jour. Ils sont également très efficaces et offrent des taux de guérison de plus de 95 %. Pour traiter efficacement les personnes atteintes, toutefois, il faut qu’elles passent un test de dépistage. L’autodépistage du VHC pourrait s’avérer une option utile à cet égard à l’avenir. 

Personnes ayant vécu l’incarcération

Les personnes qui sont incarcérées à l’heure actuelle ou qui l’ont été dans le passé sont touchées de façon disproportionnée par le VHC. Les données de recherche indiquent qu’environ 11 % des personnes incarcérées en établissements correctionnels fédéraux vivent avec cette infection, comparativement à 14 % dans les établissements provinciaux.

Une équipe de scientifiques de Montréal et de Toronto a réalisé des entrevues auprès de personnes qui avaient une expérience vécue des systèmes correctionnels canadiens. L’équipe a acquis des connaissances précieuses en ce qui concerne les points de vue et les besoins des personnes qui ont connu l’incarcération. Ces connaissances pourraient servir à orienter une nouvelle option en matière de dépistage et de traitement (le cas échéant) du VHC auprès de cette population, à savoir l’autodépistage. Même si les trousses d’autodépistage du VHC ne sont pas approuvées au Canada, les résultats de cette étude pourraient inciter les décideur·euse·s politiques à autoriser cette méthode de dépistage au pays. En théorie, l’option de l’autotest pourrait permettre aux membres de diverses populations de connaître leur statut VHC et d’obtenir plus facilement des soins.

Détails de l’étude

Cette étude a été menée en collaboration avec le Prisoners HIV/AIDS Support Action Network (PASAN), un organisme communautaire se spécialisant dans la réduction des méfaits, le VIH et l’hépatite C. Selon l’équipe de recherche, le PASAN offre des services « de soutien, d’éducation et de défense des droits aux personnes incarcérées actuellement ou antérieurement en Ontario ». Le PASAN travaille également avec d’autres organismes offrant de l’hébergement, des services sociaux et des soins de santé afin de réduire les obstacles auxquels les ex-détenu·e·s font face.

L’équipe de recherche a recruté des participant·e·s avec l’aide du PASAN. En tout, 15 personnes (11 hommes cisgenres et 4 femmes cisgenres) ont consenti à des entrevues. L’équipe a invité les participant·e·s à exprimer leurs opinions sur les trousses d’autodépistage du VHC, le matériel promotionnel éventuel (imprimé ou en ligne), la manière d’en commander et le suivi, ainsi que leurs préoccupations et attitudes générales concernant l’autodépistage chez les personnes ayant purgé des peines de prison.

Résultats

L’équipe de recherche a pu glaner des renseignements utiles lors des entrevues. Elle a regroupé ses résultats selon quatre thèmes saillants, que voici : 

  • représentation authentique
  • triomphe de l’altruisme face à la stigmatisation et à l’incertitude
  • méfiance à l’égard de la société, des systèmes et de soi-même
  • facilité d’accès au dépistage

Explorons maintenant chacun de ces thèmes :

Représentation authentique

Selon l’équipe de recherche, les images apparaissant sous forme imprimée ou en ligne doivent inclure « des photos authentiques de personnes ayant fait de la prison ou encore des images d’œuvres d’art faites par des personnes s’inspirant de leur expérience du système correctionnel ». L’équipe a ajouté que ce genre d’image plaisaient aux participant·e·s parce qu’ils ou elles se sentaient représenté·e·s. 

Les participant·e·s ont stipulé à l’équipe de recherche que toute publicité faisant la promotion de l’autodépistage du VHC « devrait informer suffisamment les lecteur·trice·s sans les submerger ». Les participant·e·s ont également encouragé l’inclusion de messages positifs destinés à contrer les effets de la stigmatisation, ainsi que des statistiques se rapportant au VHC, de l’information précise sur les voies de transmission et une liste de ressources utiles. Le groupe a également recommandé que la gratuité des trousses d’autodépistage du VHC soit soulignée dans tout le matériel promotionnel.

La discussion sur la représentation et le dépistage en a stimulé une autre sur les soins et le traitement du VHC. Une personne a affirmé ceci : « Beaucoup de gens […] ne savent pas où se faire traiter, surtout sans qu’ils soient stigmatisés ». Selon l’équipe de recherche, « il est essentiel que les ex-détenu·e·s qui ont le VHC aient accès à des soins et à un soutien qui soient exempts de stigmatisation ».

Les participant·e·s ont suggéré qu’un éventuel site Web faisant la promotion des trousses d’autodépistage du VHC auprès des ex-détenu·e·s facilite également l’accès à d’autres ressources et types de matériel, tels les suivants : 

  • bandelettes de détection du fentanyl
  • trousses de naloxone
  • trousses d’autodépistage du VIH

L’équipe de recherche a souligné la nécessité d’utiliser un langage approprié pour s’adresser aux personnes ayant vécu l’incarcération. Selon l’équipe, les participant·e·s ont insisté sur l’importance d’employer un langage « favorisant la dignité et l’autonomie » tout en évitant de renforcer involontairement la stigmatisation des personnes vivant avec le VHC.

Triomphe de l’altruisme face à la stigmatisation et à l’incertitude

Selon l’équipe de recherche, « un souci d’altruisme a donné lieu à une forte préférence pour l’offre immédiate de trousses d’autodépistage du VHC dès la mise en liberté d’un établissement correctionnel, afin que les personnes incarcérées aient l’option de passer un test avant de réintégrer leur communauté ».

Les participant·e·s ont affirmé avoir vécu des expériences de stigmatisation profonde lorsqu’ils ou elles avaient cherché des soins de santé dans le passé. Ces expériences négatives les avaient découragé·e·s d’obtenir des soins subséquemment. Selon l’équipe de recherche, les expériences négatives du passé « soulignent à nouveau la nécessité d’adopter des approches tenant compte des traumatismes et dénuées de jugement en ce qui concerne l’autodépistage du VHC ». Leurs résultats ont révélé que « la stigmatisation et les sentiments de honte peuvent éroder la confiance et empêcher l’obtention de soins ».

Selon l’équipe de recherche, les entrevues ont révélé que les participant·e·s « n’étaient pas seulement motivé·e·s à l’idée de faire l’autodépistage pour le bien de leur propre santé, mais éprouvaient aussi un sentiment de responsabilité et un désir de protéger leur famille, leurs partenaires, leurs ami·e·s et leur communauté contre la transmission involontaire du VHC ».

Méfiance à l’égard de la société, des systèmes et de soi-même

Comme nous l’avons mentionné, les participant·e·s avaient subi de la stigmatisation liée au VHC de la part de prestataires de soins de santé et d’autres secteurs de la société. Selon l’équipe de recherche, cette stigmatisation a incité les participant·e·s à « se méfier des systèmes, notamment les organismes de soins de santé et même les nouvelles technologies ». Les participant·e·s s’inquiétaient de la sécurité des sites Web et d’autres technologies quant à la protection de leur vie privée. Selon l’équipe de recherche, cette méfiance est sans doute née « de leurs expériences au sein du système carcéral ». La méfiance s’est révélée un obstacle important à l’accès aux services, notamment en matière de soins et de dépistage du VHC.

L’équipe de recherche a ajouté que les participant·e·s éprouvaient parfois « de la difficulté à se faire confiance à eux-mêmes ou à elles-mêmes »; pour préciser, certaines personnes s’inquiétaient de mal interpréter les instructions fournies dans les trousses d’autodépistage.

Facilité d’accès au dépistage

Selon l’équipe de recherche, « les participant·e·s reconnaissaient la simplicité de l’autodépistage parce que cela leur rappelait leurs expériences de l’autodépistage de la COVID-19 ». Voici les propos d’une personne : « Faites en sorte que [le processus de dépistage] soit facile à suivre. [Pour que] je n’aie pas à me livrer à des acrobaties pour le faire […]. Surtout si je veux le faire rapidement. Il faut que ça soit expliqué [de la façon la plus simple] possible ».

Advenant l’approbation des trousses d’autodépistage du VHC au Canada, les participant·e·s recommandent qu’elles soient distribuées dans des endroits qu’ils ou elles fréquentent régulièrement, à savoir les endroits offrant du soutien aux ex-détenu·e·s où les participant·e·s se sentiraient à l’aise, comme les suivants : 

  • organismes communautaires
  • sites de réduction des méfaits
  • sites de consommation supervisée
  • centres de santé
  • pharmacies

Une personne a suggéré que les trousses d’autodépistage soient distribuées par des agent·e·s de probation.

La plupart des participant·e·s étaient disposé·e·s à recevoir l’accès à un autotest du VHC dès leur mise en liberté. Une telle intervention serait sans doute utile, d’après les participant·e·s.

Si l’autodépistage du VHC devient une réalité au Canada à l’avenir, l’équipe de recherche encourage les systèmes de santé à rendre le processus (obtention du test, exécution du test, signalement du résultat et obtention du résultat d’un test de confirmation) « simple, efficace et facile à naviguer ». 

À retenir

La présente étude a été conçue pour connaître les points de vue des ex-détenu·e·s à l’égard de l’autodépistage du VHC. L’équipe a recueilli de nombreuses données utiles que les décideur·euse·s politiques pourront utiliser pour orienter le déploiement de l’autodépistage du VHC auprès de cette population.

L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a encouragé les villes, pays et régions du monde à éliminer le VHC comme menace pour la santé publique d’ici 2030. Pour y parvenir, il faudra que les populations prioritaires (telles les personnes qui s’injectent des drogues et les personnes actuellement ou antérieurement incarcérées) aient facilement accès au dépistage du VHC et, si une infection active est diagnostiquée, un accès rapide aux soins et au traitement devra leur être offert.

—Sean R. Hosein

Ressources

Stratégies mondiales du secteur de la santé contre, respectivement, le VIH, l’hépatite virale et les infections transmissibles sexuellement pour la période 2022-2030 – Organisation mondiale de la Santé

L’épidémiologie de l’hépatite C au Canada – CATIE

Le progrès du Canada vers l’élimination de l’hépatite virale en tant que problème de santé publique – Agence de la santé publique du Canada

RÉFÉRENCES :

  1. Barnett T, Muncaster K, Gemma O et al. Hepatitis C self-testing and self-collection among people with experience in the Canadian carceral system: a qualitative study. BMC Infectious Diseases. 2026; sous presse.
  2. Akiyama MJ, Bialek T, Simonson R. The carceral-community cascade and HCV elimination. JAMA. 2025 Feb 4;333(5):369-370.
  3. Al Rawashdh N, Ferrufino CP, Cheng MM et al. Cost-effectiveness of point-of-care hepatitis C virus RNA testing in the US. JAMA Network Open. 2026 Mar 2;9(3):e262658.