- Des scientifiques ont évalué différents traitements contre la gonorrhée auprès de 900 personnes
- Un essai clinique du nouvel antibiotique zoliflodacine a trouvé ce dernier efficace comme traitement standard
- Les effets secondaires de la zoliflodacine étaient généralement légers ou modérés
Les microbes qui causent la gonorrhée (N. gonorrhoeae) se transmettent le plus couramment lors des relations sexuelles anales, orales et vaginales sans condom. Ils peuvent également se transmettre entre une mère et son bébé pendant l’accouchement.
Les personnes atteintes de gonorrhée n’éprouvent pas de symptômes dans tous les cas. Il reste que cette infection peut causer un écoulement urétral et une sensation de brûlure au moment d’uriner chez les personnes assignées garçons à la naissance. Faute de traitement, les microbes qui causent la gonorrhée (bactéries gonococciques) risquent de nuire aux testicules et à la prostate.
Chez les personnes assignées filles à la naissance, la gonorrhée peut causer une sensation de brûlure au moment d’uriner, des pertes vaginales, de la douleur dans le bas de l’abdomen et des saignements vaginaux entre les règles ou après des rapports sexuels. Cette infection peut aussi contribuer à la maladie inflammatoire pelvienne, à l’infertilité et à d’autres complications.
Comme la gonorrhée cause de l’inflammation dans des tissus humides délicats, ces derniers risquent de servir de porte d’entrée à d’autres infections transmissibles sexuellement (ITS), dont le VIH.
Tous ces symptômes, complications et risques d’infections additionnelles soulignent la nécessité pour les personnes sexuellement actives de passer régulièrement des examens médicaux et des tests de dépistage de la gonorrhée et d’autres ITS.
Traitement de la gonorrhée
Depuis le milieu des années 1940, on a recours à une gamme d’options thérapeutiques pour traiter la gonorrhée, à savoir les antibiotiques. Or, les bactéries qui causent cette infection ont acquis graduellement la capacité de résister à de nombreux traitements antibiotiques.
Un comité consultatif d’expert⋅e⋅s de l’Agence de la santé publique du Canada (ASPC) a publié des recommandations intérimaires se rapportant au traitement de la gonorrhée.
En ce qui concerne les adultes et les personnes de 10 ans et plus, le comité recommande le traitement qui suit pour « toutes les infections non compliquées (urétrales, vaginales, rectales et pharyngées) » :
- l’antibiotique ceftriaxone à 500 mg administré par injection intramusculaire en une seule dose
Dans de nombreux pays, la ceftriaxone est devenue le traitement privilégié pour les cas de gonorrhée.
Le comité consultatif scientifique a formulé d’autres recommandations se rapportant à la prise en charge de la gonorrhée que l’on peut trouver ici. L’ASPC a également produit un Guide sur la gonorrhée.
Selon des rapports provenant de plusieurs régions du monde, dont l’Asie orientale et l’Europe, les bactéries responsables de la gonorrhée sont en train de devenir moins sensibles à la ceftriaxone, et des cas d’échec thérapeutique ont été signalés. Le besoin de nouveaux antibiotiques pour traiter la gonorrhée est donc urgent.
Arrivée de la zoliflodacine
Des scientifiques mettent au point l’antibiotique zoliflodacine depuis une décennie. Récemment, les responsables d’un essai clinique randomisé et contrôlé de phase III ont publié des données se rapportant à l’usage de la zoliflodacine contre des cas de gonorrhée urogénitale non compliquée. Selon ces données, la zoliflodacine s’est révélée un traitement prometteur, peu importe le sexe ou le statut VIH des personnes touchées.
Détails de l’étude
L’équipe de recherche a inscrit des personnes âgées de 12 ans ou plus présentant une gonorrhée non compliquée du tractus urogénital (gonorrhée urogénitale). Les participant⋅e⋅s ont été réparti⋅e⋅s au hasard dans un rapport de 2 à 1 pour recevoir un des traitements suivants en une seule dose :
- zoliflodacine à 3 g (sous forme de suspension orale) : 621 personnes
- ceftriaxone à 500 mg (sous forme d’injection intramusculaire) + azithromycine à 1 g (sous forme de comprimé) : 309 personnes
L’équipe de recherche a recruté les participant⋅e⋅s dans des cliniques situées dans les pays suivants :
- Afrique du Sud
- Belgique
- États-Unis
- Pays-Bas
- Thaïlande
Les participant⋅e⋅s avaient le profil moyen suivant lors de leur admission à l’étude :
- âge : 30 ans
- sexe assigné à la naissance : garçons – 88 %; filles – 12 %
- principaux groupes ethnoraciaux : Noir⋅e⋅s ou d’ascendance africaine – 55 %; Asiatiques – 12 %; Blanc⋅he⋅s – 12 %
- 21 % des participant⋅e⋅s avaient le VIH
Cet essai clinique a eu lieu entre novembre 2019 et mars 2023.
Accent sur les symptômes
Voici la répartition des principaux symptômes de la gonorrhée chez les participant⋅e⋅s :
Personnes assignées garçons à la naissance :
- écoulement urétral : 98 %
- douleur ou inconfort au moment d’uriner : 86 %
Personnes assignées filles à la naissance :
- pertes vaginales : plus de 60 %
- douleur ou inconfort au moment d’uriner : 34 %
- irritation vulvovaginale : 32 %
- saignements vaginaux entre les règles : 18 %
Résultats
Cette étude a été conçue principalement pour déterminer dans quelles proportions les participant⋅e⋅s guérissaient de la gonorrhée urogénitale sous l’effet des médicaments à l’étude. L’équipe a confirmé la guérison en effectuant des frottis urétraux six jours après le traitement. Les échantillons ont été transférés sur des milieux de culture pour déterminer si des bactéries étaient présentes et si elles croissaient dans le laboratoire au cours des jours et des semaines suivants. Si aucune bactérie ne croissait, l’équipe considérait les participant⋅e⋅s comme guéri⋅e⋅s de la gonorrhée.
Dans l’ensemble, l’équipe de recherche a constaté les taux de guérison suivants dans les sites urogénitaux :
- zoliflodacine : 97 %
- ceftriaxone + azithromycine : 100 %
Une analyse statistique a révélé que la zoliflodacine n’était pas moins efficace que l’association ceftriaxone + azithromycine. Dans le langage statistique technique, on emploie le terme « non inférieur » pour qualifier une telle comparaison.
Analyses secondaires
Comme nous l’avons mentionné, l’objectif principal de cette étude consistait à évaluer la capacité des antibiotiques à traiter la gonorrhée dans le tractus urogénital. Notons toutefois que ces bactéries peuvent infecter des sites autres que le tractus urogénital, notamment la gorge et le rectum. Lorsque l’équipe de recherche a analysé les données tirées de frottis effectués dans d’autres parties du corps, elle a constaté les taux de guérison suivants sous l’effet des antibiotiques :
Gonorrhée de la gorge
- zolifoldacine : 79 % de guérison (42 personnes sur 53)
- ceftriaxone + azithromycine : 79 % de guérison (22 personnes sur 28)
Gonorrhée du rectum
- zoliflodacine : 87 % de guérison (69 personnes sur 79)
- ceftriaxone + azithromycine : 89 % de guérison (31 personnes sur 35)
Cette étude n’a pas été conçue pour fournir des résultats définitifs concernant le traitement des cas de gonorrhée de la gorge et du rectum, sinon le nombre de participant⋅e⋅s atteint⋅e⋅s de gonorrhée dans ces parties du corps aurait été beaucoup plus grand. Il n’empêche que les résultats de cette étude sont prometteurs.
Lorsque l’équipe de recherche a comparé plusieurs autres facteurs se rapportant aux participant⋅e⋅s, elle n’a constaté aucune différence statistiquement significative entre l’efficacité de la zoliflodacine et celle de l’association ceftriaxone + azithromycine. Les facteurs en question incluaient les suivants :
- sexe
- orientation sexuelle
- usage d’une prophylaxie pré-exposition au VIH (PrEP)
- statut VIH
Innocuité
L’équipe de recherche a qualifié de « généralement bien tolérés » les deux schémas thérapeutiques utilisés dans cette étude. Les effets secondaires étaient légers ou modérés et se ressemblaient dans la plupart des cas, quel que soit le schéma utilisé. Parmi les effets secondaires à signaler, notons les suivants :
Zoliflodacine
- maux de tête : 10 %
- taux de neutrophiles inférieurs à la normale : 7 %
- taux de globules blancs inférieurs à la normale : 4 %
Ceftriaxone + azithromycine
- douleur au site de l’injection : 12 %
- taux de neutrophiles inférieurs à la normale : 8 %
- diarrhée : 7 %
Aucun de ces effets secondaires n’était grave, et personne n’est décédé à cause de l’exposition aux médicaments à l’étude.
Accent sur les mesures de laboratoire
Lorsqu’une infection comme la gonorrhée est présente, il est normal que les taux de globules blancs, dont les neutrophiles, augmentent; cela fait partie de la réponse du système immunitaire à l’infection. Une fois l’infection traitée, les taux de ces cellules diminuent à nouveau. Il n’empêche que, dans cette étude, les tests de laboratoire ont révélé que les taux de globules blancs ont baissé. Nous expliquons ce résultat ci-dessous.
Une analyse statistique a permis de constater que les personnes d’ascendance africaine et les hommes étaient plus susceptibles de connaître une baisse de leurs taux de globules blancs après le traitement, et plus particulièrement de leur taux de neutrophiles. Notons cependant que les baisses en question n’ont pas été associées à des symptômes ou à des complications. Aucune baisse semblable n’a été détectée chez les personnes d’ascendance asiatique ou blanche dans l’étude. Notons aussi qu’aucune réduction détectable des taux de globules blancs n’a été observée chez les personnes séropositives.
Selon l’équipe de recherche, des études antérieures avaient révélé que certaines personnes d’ascendance africaine avaient des taux de neutrophiles inférieurs à la normale. Cependant, en l’absence de symptômes ou de complications associés à ce constat, l’équipe a attribué la baisse apparente des neutrophiles au fait que les laboratoires appliquaient à cette population des plages de valeurs de référence associées aux tests utilisés chez des personnes blanches. Ainsi, l’équipe de recherche n’a pas attribué de signification clinique aux tests de laboratoire révélant une légère baisse des taux de neutrophiles (ou d’autres globules blancs) chez les participant⋅e⋅s à cette étude.
À retenir
La présente étude revêt une grande importance pour les raisons suivantes, entre autres :
- Il s’agissait d’un essai clinique de phase III de grande envergure;
- L’équipe a utilisé un nouvel antibiotique, soit la zoliflodacine, dont l’efficacité s’est révélée plus ou moins égale à celle de l’association ceftriaxone + azithromycine pour les cas de gonorrhée urogénitale non compliquée.
Les nouvelles provenant de cette étude sont bonnes parce que les options d’antibiotiques contre la gonorrhée se font plus rares. Comme la zoliflodacine est un nouvel antibiotique, l’équipe de recherche a vérifié la possibilité que certain⋅e⋅s participant⋅e⋅s y aient acquis une résistance, mais elle n’en a pas trouvé, ce qui est rassurant.
Notons aussi que les résultats de cette étude ont ouvert la voie à l’approbation récente de la zoliflodacine par la Food and Drug Administration (FDA). Les médecins aux États-Unis peuvent maintenant la prescrire pour les cas de gonorrhée urogénitale non compliquée.
À l’avenir
Comme relativement peu de femmes, d’adolescent⋅e⋅s et de personnes enceintes ont été recruté⋅e⋅s pour cette étude, on doit espérer que des essais cliniques futurs porteront sur ces populations. De plus, l’équipe de recherche a souligné que d’autres études seront nécessaires pour évaluer l’effet de la zoliflodacine chez les personnes atteintes d’infections gonococciques de la gorge.
Pendant combien de temps la zoliflodacine sera-t-elle utile?
Comme nous l’avons mentionné plus tôt, les bactéries qui causent la gonorrhée ont acquis au fil du temps la capacité de résister à de nombreux antibiotiques. Il est inévitable que ces bactéries finissent à la longue par devenir résistantes à la zoliflodacine aussi. Espérons que cela ne se produira pas bientôt. Pour réduire le risque de résistance à la zoliflodacine, des études de laboratoire conçues pour évaluer les effets de traitements d’association contre la gonorrhée pourraient s’avérer utiles (ainsi que, éventuellement, des essais chez les humains). Voici des associations à envisager :
- zoliflodacine + doxycycline
- zoliflodacine + azithromycine
La doxycycline est un antibiotique qui est de plus en plus utilisé pour réduire le risque de gonorrhée (doxy-PPE) et qui sert aussi au traitement de la chlamydiose (infection à Chlamydia). Il est important que des études de l’association zoliflodacine + doxycycline soient menées chez des humains pour déterminer si ces médicaments interagissent de sorte à faire augmenter ou diminuer la concentration de l’un ou de l’autre dans le sang et les tissus, ainsi que pour déterminer si l’activité antibiotique de l’un ou de l’autre est compromise par l’interaction. Comme l’azithromycine est un antibiotique couramment utilisé pour le traitement des ITS, il est important que ses interactions éventuelles avec la zoliflodacine soient évaluées aussi.
À noter
Dans cette étude, la zoliflodacine était offerte dans un sachet contentant des granules de médicament qu’il fallait mélanger à une petite quantité d’eau dans un contenant avant de l’agiter vigoureusement et de l’avaler en une seule prise. On prenait le médicament dans les deux heures suivant un repas. Il est possible qu’un antibiotique sous forme orale constitue un schéma thérapeutique plus acceptable aux personnes atteintes de gonorrhée qui tolèrent mal les injections intramusculaires (rappelons que la ceftriaxone est administrée de cette manière).
La FDA américaine a récemment approuvé un autre antibiotique pour le traitement de la gonorrhée non compliquée, à savoir la gépotidacine. Ni la gépotidacine ni la zoliflodacine ne sont approuvées au Canada à l’heure actuelle.
Les compagnies pharmaceutiques devront soumettre des dossiers sur la gépotidacine et la zoliflodacine à Santé Canada afin qu’ils soient examinés en vue de l’approbation. À l’heure actuelle, la ceftriaxone et la plupart des antibiotiques couramment utilisés pour traiter les ITS sont des versions génériques et coûtent ainsi relativement peu cher. Comme la gépotidacine et la zoliflodacine sont des antibiotiques nouveaux, ils auront sans doute un prix élevé s’ils sont approuvés au Canada. Cela pourrait créer des problèmes d’accès pour certaines personnes. Si ces médicaments étaient approuvés au Canada, les autorités de la santé publique feraient bien de rédiger des lignes directrices pour aider les prestataires de soins à déterminer quand il faut utiliser ces médicaments.
—Sean R. Hosein
Ressources
Le Canada augmente la dose de l’antibiotique à privilégier pour le traitement de la gonorrhée – Nouvelles CATIE
Guide sur la gonorrhée : Informations importantes et ressources – Agence de la santé publique du Canada
Infections transmissibles sexuellement et par le sang : Guides à l’intention des professionnels de la santé – Agence de la santé publique du Canada
Guide sur la Chlamydia et LGV : Traitement et suivi – Agence de la santé publique du Canada
La gonorrhée – CATIE
Une équipe française étudie la résistance aux antibiotiques chez des personnes sous doxy-PPE (prophylaxie post-exposition à la doxycycline) – Nouvelles CATIE
Le nouvel antibiotique gépotidacine semble prometteur contre la gonorrhée – Nouvelles CATIE
TraitementActualités 245 – CATIE
Réduction significative des taux de chlamydiose et de syphilis dans une grande clinique grâce à la doxycycline préventive – Nouvelles CATIE
La doxycycline pour la prévention des ITS bactériennes – CATIE
RÉFÉRENCES :
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