- Le VIH et les médicaments donnés aux receveur∙euse∙s de greffes d’organes affaiblissent le système immunitaire et augmentent le risque de cancer
- Une équipe de recherche a suivi des personnes séropositives et séronégatives pendant un maximum de 14 ans suivant une greffe de foie
- On n’a constaté aucun risque accru de présenter un nouveau cancer chez les personnes séropositives
Nombre d’études ont révélé que les traitements contre le VIH (traitements antirétroviraux ou TAR) ont eu une incidence énorme sur la survie des personnes atteintes du VIH. Lorsqu’elles suivent leur traitement comme il se doit, de nombreuses personnes séropositives connaissent une espérance de vie quasi normale. Chez la plupart des personnes, le TAR réduit tellement la quantité de VIH que les analyses de laboratoire courantes ne peuvent le détecter. Cette inhibition du VIH permet au système immunitaire de réparer beaucoup de dommages causés par le virus.
Malgré cette grande efficacité du TAR, des complications peuvent cependant survenir à cause de l’inflammation et des co-infections. Rappelons à ce propos que certains virus se transmettent de façon semblable au VIH, dont les suivants :
- virus de l’hépatite B (VHB)
- virus de l’hépatite C (VHC)
- virus de l’hépatite D
Ces virus infectent le foie et, si l’infection devient chronique, peuvent causer de l’inflammation dans cet organe vital. Si l’infection n’est pas diagnostiquée et traitée, le foie fonctionne de plus en plus mal au fil du temps et le risque de complications graves augmente, notamment le risque de cancer du foie et de décès.
Il existe un vaccin contre le VHB, et il existe des traitements qui aident à maîtriser l’infection. Même s’il n’existe aucun vaccin contre le VHC, les traitements hautement efficaces peuvent guérir cette infection après aussi peu que huit ou 12 semaines. Aucun vaccin n’a été mis au point pour prévenir l’hépatite D, mais un traitement appelé Hepcludex (bulévirtide) a été approuvé au Canada en 2025.
Greffes d’organes
Lorsque l’état d’un organe se détériore sensiblement, une transplantation est parfois envisagée. Or, ce type de chirurgie est complexe, et le nombre d’organes disponibles ne répond pas à la demande. De plus, pour assurer la survie d’un organe ou d’un tissu greffé, il est nécessaire d’affaiblir partiellement le système immunitaire de l’hôte, soit la personne recevant la greffe. L’immunosuppression partielle est nécessaire pour empêcher le système immunitaire de traiter l’organe greffé comme un corps étranger, de l’attaquer et de le détruire. Un juste équilibre est donc nécessaire : il faut trouver la dose d’immunosuppresseurs nécessaire à la survie du nouvel organe sans augmenter le risque d’infections graves et de cancer du foie chez l’hôte.
De plus en plus, les personnes vivant avec le VIH sont considérées comme admissibles aux greffes d’organes.
Dans différentes régions d’Espagne, des scientifiques ont mis en commun des données recueillies de personnes séropositives ou séronégatives qui avaient subi une greffe de foie entre 2002 et 2012 et dont le suivi a continué jusqu’en 2016. L’équipe de recherche s’est concentrée sur le risque d’apparition d’un nouveau cancer dans cette population.
Dans l’ensemble, l’équipe a constaté que le risque de voir de nouvelles tumeurs se former après la transplantation était semblable chez les personnes séropositives et les personnes séronégatives.
Détails de l’étude
Des scientifiques œuvrant dans 22 cliniques d’Espagne ont regroupé leurs données recueillies concernant des adultes séropositif∙ve∙s qui avaient reçu une greffe du foie. Aux fins de son analyse, l’équipe de recherche a comparé les données se rapportant à chaque personne séropositive à celles recueillies auprès de trois personnes séronégatives qui avaient reçu une greffe du foie. Les deux populations avaient un âge semblable et incluaient la même proportion d’hommes et de femmes. Les personnes qui ont vécu une récurrence du cancer du foie ou qui ont présenté ce que l’équipe a qualifié de « cancer de la peau non mélanome » n’ont pas été tenues en compte.
L’équipe a utilisé des données se rapportant à la santé de deux groupes : 272 personnes séropositives et 816 personnes séronégatives. Malgré un appariement soigneux des participant∙e∙s, les personnes séropositives étaient légèrement plus âgées (moyenne d’âge de 49 ans contre 46 ans). Elles étaient également plus susceptibles que les personnes séronégatives d’être porteuses du VHB, du VHC ou de ces deux virus.
La plupart (près de 80 %) des participant∙e∙s étaient des hommes cisgenres.
Résultats
Pendant cette étude espagnole, les deux médicaments immunosuppresseurs les plus utilisés à la suite d’une greffe étaient la cyclosporine et le tacrolimus. Selon l’équipe de recherche, les personnes séropositives étaient plus susceptibles de recevoir des schémas thérapeutiques fondés sur la cyclosporine, alors que les personnes séronégatives avaient tendance à recevoir le tacrolimus.
Risque de cancer
Au bout d’une période de 68 mois (5 ans et demi), la répartition des nouveaux cas de cancer était la suivante :
- personnes séropositives : 6 % (16 personnes)
- personnes séronégatives : 8 % (61 personnes)
Cette différence n’est pas significative d’un point de vue statistique.
En ce qui concerne les personnes séropositives qui ont présenté un nouveau cancer, l’équipe de recherche a noté qu’elles avaient un compte de CD4+ moyen de 374 cellules lors de leur admission à l’étude, et la plupart d’entre elles avaient une charge virale indétectable.
Les types de nouveaux cancers les plus courants (sans égard au statut VIH) étaient les suivants :
- lymphome non hodgkinien
- cancer de la tête et du cou
Une personne séropositive a présenté un cancer du poumon, comparativement à 13 personnes séronégatives.
Le risque de présenter un nouveau cancer après 10 ans était le suivant :
- personnes séropositives : 8 %
- personnes séronégatives : 10 %
Cette différence n’est pas significative d’un point de vue statistique.
Survie
Malheureusement, les taux de mortalité étaient relativement élevés chez les personnes ayant présenté un nouveau cancer, et leur survie a été écourtée. De l’avis de l’équipe de recherche, le faible taux de survie était attribuable à la détection tardive du cancer.
Après une moyenne de huit mois, soixante pour cent des participant∙e∙s qui ont fait l’objet d’un nouveau diagnostic de cancer sont décédé∙e∙s.
Voici les taux de survie des personnes ayant présenté un cancer :
Un an après le diagnostic
- personnes séropositives : 53 %
- personnes séronégatives : 46 %
Trois ans après le diagnostic
- personnes séropositives : 43 %
- personnes séronégatives : 37 %
Cinq ans après le diagnostic
- personnes séropositives : 43 %
- personnes séronégatives : 26 %
Ces différences entres les taux de survie au fil du temps chez les deux groupes à l’étude ne sont pas significatives d’un point de vue statistique.
Parmi les personnes séropositives, les mesures de laboratoire, comme le compte de CD4+ ou le rapport CD4/CD8 n’ont pas eu d’incidence considérable sur le risque de cancer après la transplantation. L’équipe de recherche a toutefois constaté que les personnes ayant un compte de cellules CD8+ plus élevé au moment de la greffe du foie ont couru subséquemment un plus grand risque de présenter un nouveau cancer.
L’âge est un facteur important en ce qui concerne le risque de cancer et la survie. À mesure que le système immunitaire vieillit, il s’affaiblit graduellement. Dans l’ensemble, l’équipe de recherche a constaté que chaque année de vieillissement correspondait à une augmentation de 4 % du risque de cancer. Cela ne veut pas dire que la plupart des personnes recevant une greffe du foie finissent par présenter un cancer en vieillissant. Cela signifie toutefois que leur risque augmente avec l’âge.
À retenir
Selon cette équipe de recherche, « La conclusion la plus importante de cette étude réside dans la confirmation que les personnes séropositives qui [ont reçu] une greffe du foie n’ont pas fait face à un risque accru de cancer, comparativement aux personnes séronégatives ».
Cette équipe de recherche ne disposait pas de données concernant l’usage d’alcool et de tabac et l’incidence éventuelle que ces substances auraient pu avoir sur le risque de cancer dans cette étude. Comme elle n’avait pas non plus de données se rapportant aux concentrations sanguines des immunosuppresseurs (cyclosporine, tacrolimus), l’équipe ne pouvait en tenir compte lorsqu’elle évaluait le risque de cancer. (On pourrait entre autres se demander si les concentrations de ces médicaments étaient plus élevées chez les personnes qui ont présenté subséquemment un cancer.)
Selon l’équipe de recherche, comme les personnes séropositives figurant dans cette étude « avaient une fonction immunitaire relativement bien préservée, il est possible que leur risque [global] de cancer soit modéré ».
Comme nous l’avons mentionné plus tôt, l’équipe de recherche a constaté que le diagnostic des nouveaux cancers a été posé lors d’un stade avancé de ceux-ci chez les participant∙e∙s. Ce constat souligne la nécessité de soumettre les receveur∙euse∙s de greffes d’organes à des tests de dépistage de cancer.
—Sean R. Hosein
Ressources
L’essentiel de l’hépatite C – CATIE
Changements dans la quantité de tissu cicatriciel hépatique après la guérison de l’hépatite C chez les personnes séropositives —TraitementActualités
Une grande étude américaine explore les risques de cancer chez les personnes séropositives – Nouvelles CATIE
Un faible rapport CD4/CD8 peut aider à prévoir le risque de cancer chez les personnes séropositives, selon une étude nord-américaine – Nouvelles CATIE
Une étude ontarienne examine les tendances en matière de cancer chez les personnes vivant avec le VIH – Nouvelles CATIE
Risque de deuxième cancer chez les personnes séropositives ayant survécu à un lymphome hodgkinien – Nouvelles CATIE
RÉFÉRENCE :
Herrero JI, Agüero F, Manzardo C et al. De novo cancer in liver transplant patients with human immunodeficiency virus infection: A Multicenter Nationwide Cohort Study. Clinical Infectious Diseases. 2026; sous presse.