- Une équipe néerlandaise a comparé des données se rapportant à des personnes qui ont commencé tôt ou tard un traitement contre le VIH (TAR)
- Sur 22 ans, les personnes qui ont commencé tôt le TAR ont vu leur risque de nombreux cancers baisser de 40 %
- Cette étude fournit encore des données probantes attestant les bienfaits de l’amorce précoce du TAR
Lorsqu’ils sont utilisés comme il se doit, les traitements contre le VIH (traitements antirétroviraux ou TAR) réduisent la quantité de VIH dans le sang. Au fil du temps, l’usage continu du TAR réussit d’ordinaire à réduire tellement la quantité de virus qu’il devient impossible de le détecter dans les échantillons de sang en utilisant les tests de laboratoire de routine. Cette inhibition du VIH permet au système immunitaire de se réparer presque intégralement. Par conséquent, moyennant des soins et un suivi continus, et toute chose étant égale par ailleurs, de nombreuses personnes séropositives sous TAR vivent jusqu’à un âge avancé de nos jours.
Le profil des cancers auxquels les personnes séropositives sont sujettes a évolué considérablement depuis 1996, année où le TAR a vu le jour au Canada et dans d’autres pays à revenu élevé. Nombre d’études ont révélé que le renforcement du système immunitaire qui se produit sous l’effet du TAR a donné lieu à une réduction importante des risques de cancers liés au sida.
Depuis 1996, toutefois, on assiste à une relative augmentation des risques de cancers non liés au sida. Ce changement est dû en partie au fait que les personnes séropositives vivent plus longtemps de nos jours, de sorte que leurs risques de certains cancers (non liés au VIH) augmentent. Une autre raison possible tient à la présence chez certaines personnes de co-infections virales qui deviennent chroniques. Bien que celles-ci soient de faible intensité dans de nombreux cas, il est impossible de les éradiquer. De plus, des études laissent croire à la présence de défauts immunologiques subtils qui persistent malgré l’usage du TAR.
Selon certaines études, le fait d’attendre que le compte de CD4+ soit faible pour amorcer le TAR causerait des dommages durables au système immunitaire, dommages que le TAR ne peut réparer pleinement. Notons que les études en question n’ont pas fourni de chronologie pour préciser ce qui constitue une infection par le VIH récente ou ancienne. Au lieu de cela, ces études se fient largement au compte de CD4+ des patient·e·s (et parfois à la charge virale aussi) en présumant qu’un compte faible (avant l’amorce du TAR) est associé à une infection par le VIH survenue il y a longtemps, alors qu’un compte de CD4+ plus élevé est associé à une infection récente.
Étude néerlandaise novatrice
En ce qui concerne la manière dont on définit une infection au VIH « récente » et une infection « ancienne » aux fins d’une étude scientifique, une équipe des Pays-Bas a fait quelque chose d’unique. L’équipe en question avait accès aux antécédents de dépistage du VIH d’un grand nombre de personnes faisant partie d’une cohorte appelée ATHENA. L’équipe a défini l’amorce précoce du TAR comme un traitement commençant dans l’année suivant l’acquisition du VIH; lorsque le TAR commençait après cette période, on parlait d’une amorce tardive du TAR.
Lors de la plus récente analyse de son étude, l’équipe néerlandaise s’est concentrée sur 1 858 personnes qui avaient commencé tôt le TAR et 17 995 autres qui l’ont commencé tard.
Les participant·e·s étaient des adultes recruté⋅e⋅s entre janvier 2000 et la fin de 2022.
L’équipe de recherche a exclu de son étude les personnes co-infectées par le virus de l’hépatite B ou le virus de l’hépatite C à cause du risque accru de cancer du foie qu’elles couraient. Étaient également exclues les personnes ayant des antécédents de cancer et celles atteintes de cancers définissant le sida (sarcome de Kaposi, lymphome non hodgkinien à cellules B, cancer du col de l’utérus), de cancers de la peau non mélaniques et de la maladie de Castleman.
En moyenne, les personnes qui ont commencé tôt le TAR étaient plus susceptibles d’avoir les caractéristiques suivantes :
- hommes gais, bisexuels et autres hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (89 % contre 59 %)
- âge plus jeune (34 ans contre 39 ans)
- compte de CD4+ plus élevé (478 cellules/mm3 contre 260 cellules/mm3 chez les personnes ayant commencé plus tard le traitement)
Résultats
Au cours de l’étude, l’équipe de recherche a constaté 25 cancers non liés au sida de différentes sortes chez les participant⋅e⋅s ayant commencé tôt le TAR, dont les plus courants étaient les suivants :
- cancer de l’estomac : trois cas
- mélanome : trois cas
En guise de contraste, notons que les personnes qui ont commencé tard le TAR ont présenté 869 cancers non liés au sida au cours de l’étude. Dans ce cas, les cancers les plus courants étaient les suivants :
- cancer du poumon : 130 cas
- cancer de la prostate : 110 cas
- cancer anal : 86 cas
Selon l’équipe de recherche, l’amorce précoce du TAR était associée à une « réduction approximative de 40 % des risques de cancers ne définissant pas le sida […] comparativement à l’amorce plus tardive du TAR ».
L’équipe a déterminé que les bienfaits de l’amorce précoce du TAR avaient lieu indépendamment des facteurs socioéconomiques ou de la période où le TAR a commencé (récemment ou plus loin dans le passé).
L’amorce précoce du TAR n’a pas eu d’incidence sur les cancers liés à l’obésité.
Pourquoi l’amorce précoce du TAR pourrait-elle être utile?
Comme elle n’a pas effectué de comparaisons du fonctionnement du système immunitaire chez les personnes ayant commencé tôt ou tard le TAR, l’équipe de l’étude ATHENA est incertaine quant à savoir pourquoi l’amorce précoce du TAR a procuré des bienfaits si considérables. Elle a cependant formulé les idées suivantes en se fondant sur les données de son étude :
- L’amorce précoce du TAR « réduit plus fortement l’impact du VIH sur [le vieillissement du système immunitaire] et l’inflammation et l’activation immunitaire persistantes, ce qui réduit leurs effets procarcinogènes »;
- L’amorce précoce du TAR aide à préserver la capacité du système immunitaire à détecter et à éradiquer les états précancéreux et les cancers;
- En renforçant le système immunitaire, il est possible que l’amorce précoce du TAR « favorise la clairance de [virus causant le cancer], et plus particulièrement celle du virus du papillome humain (VPH) ». Rappelons que ce dernier peut causer des cancers de l’anus, du col utérin, des lèvres, du pénis, de la gorge, de la langue, des amygdales, du vagin et de la vulve. Des études antérieures avaient associé un risque accru de cancer anal chez les personnes séropositives au fait d’avoir un compte de CD4+ relativement faible avant l’amorce du TAR.
À retenir
Il importe de souligner que cette étude néerlandaise n’était pas un essai clinique randomisé et contrôlé. Par conséquent, il est possible que des facteurs non mesurés aient causé une interprétation faussée des résultats. Notons, par exemple, que les données se rapportant au tabagisme et à la consommation problématique d’alcool étaient insuffisantes. L’équipe de recherche a toutefois effectué plusieurs sous-analyses pour tenter de réduire le risque de partis pris. Ces analyses ont confirmé son principal résultat, à savoir que l’amorce précoce du TAR est associée à une réduction des cas de cancers non liés au sida.
Comme les personnes atteintes d’hépatite B et d’hépatite C ont été exclues de cette étude, les résultats ne sont pas nécessairement pertinents par rapport aux personnes co-infectées par ces virus.
Néanmoins, cette étude souligne l’importance du dépistage du VIH et de l’amorce précoce du TAR chez les personnes recevant un résultat positif.
Selon l’équipe de recherche néerlandaise, l’infection par le VIH de stade avancé est encore courante aux Pays-Bas et compte pour « 46 % de tous les nouveaux diagnostics de VIH posés entre 2021 et 2023, les pourcentages étant plus élevés encore chez les hommes et les femmes hétérosexuel⋅le⋅s. La santé publique a encore comme priorité de faciliter l’accès au dépistage du VIH pour améliorer la probabilité d’un diagnostic précoce et d’un traitement immédiat, afin de réduire ainsi le risque futur [de cancer] ».
—Sean R. Hosein
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