- L’hépatite C chronique peut endommager le foie, par contre les traitements guérissent 95 % des infections
- La guérison de l’hépatite C réduit le risque de cancer du foie, sauf que la plupart des études ont porté sur des personnes séronégatives
- Une étude de six ans a montré que le risque de cancer du foie a diminué chez des personnes séropositives guéries de l’hépatite C
Comme les voies de transmission sont semblables, certaines personnes atteintes du VIH sont également infectées par le virus de l’hépatite C (VHC).
Le VHC peut causer une infection aiguë du foie, ainsi qu’une inflammation grave de cet organe. Faute de diagnostic ou de traitement, l’infection par le VHC risque de devenir une maladie chronique, et l’inflammation et les dommages au foie persistent. Au fil de nombreuses années, le VHC fait en sorte que le tissu sain du foie est remplacé par du tissu cicatriciel inutile. Au fur et à mesure que le tissu cicatriciel s’accumule et que l’organe se détériore, plusieurs symptômes risquent d’apparaître, dont les suivants : fatigue intense, accumulation de liquide dans l’abdomen, hémorragies internes, infections abdominales graves, jaunissement de la peau (jaunisse) et, subséquemment, problèmes de cognition et de mémoire. À la longue, il est possible que le foie cesse de fonctionner. De plus, l’accumulation de tissu cicatriciel augmente le risque de cancer du foie et de décès.
L’infection chronique par le VHC est diagnostiquée à l’aide de tests sanguins. Des tests sanguins additionnels et des échographies abdominales en révèlent plus long sur la santé du foie. Des traitements oraux en une seule prise par jour sont offerts au Canada et dans d’autres pays à revenu élevé. Ces traitements, à savoir les antiviraux à action directe ou AAD, sont très efficaces et permettent l’atteinte de taux de guérison de 95 % ou plus. Les AAD sont généralement bien tolérés et sans danger.
Lors d’études menées auprès de personnes guéries du VHC grâce aux AAD, des équipes de recherche ont constaté que ce type de traitement améliorait la santé du foie et réduisait le risque subséquent de cancer du foie. Notons cependant que la plupart des études examinant les conséquences de la guérison du VHC ont porté sur des personnes séronégatives.
Afin d’étudier le risque de cancer du foie chez des personnes séropositives guéries du VHC, une équipe de recherche a suivi l’état de santé de plusieurs milliers de personnes. Les participant⋅e⋅s vivaient au Canada (et étaient suivi⋅e⋅s dans d’importantes cliniques de Calgary et de Montréal), en Europe et aux États-Unis. L’équipe de recherche a nommé son étude la HepCAUSAL collaboration.
Sur une période de six ans suivant la guérison du VHC, l’équipe de recherche a estimé qu’environ 2,5 % des personnes séropositives pour le VIH présentant une quantité importante de tissu cicatriciel dans le foie ont fait l’objet d’un diagnostic de cancer hépatique. Le risque de cancer a diminué au fil du temps. Notons, à titre d’exemple, que le risque de cancer du foie se situait à moins de 0,4 % trois ans après la guérison du VHC.
Détails de l’étude
L’équipe de recherche a commencé à recueillir des données se rapportant à la santé des participant⋅e⋅s à partir de leurs dossiers médicaux et résultats de tests de laboratoire dès 2013. Elle s’est concentrée sur 3 824 personnes qui étaient co-infectées par le VIH et le VHC. De cette cohorte, 2 373 personnes ont suivi leur traitement par AAD jusqu’au bout. Notons que celles-ci avaient le profil moyen suivant lors de leur admission à l’étude :
- âge : 60 ans
- sexe assigné à la naissance : 92 % de garçons et 8 % de filles
- 48 % avaient des antécédents d’usage de drogues injectables
- 82 % avaient des antécédents de tabagisme
- compte de CD4+ : 473 cellules/mm3
- tout le monde avait une charge virale inférieure à 50 copies/ml
- durée de l’infection par le VHC : 11 ans
- sous-type du VHC le plus courant : génotype 1 (70 %)
- antécédents de traitement à l’interféron : 17 %
- ampleur de la cicatrisation du foie : 35 % avaient une quantité de tissu cicatriciel hépatique excessive (classé comme F3 par l’équipe de recherche); 65 % avaient encore plus de tissu cicatriciel ou la cirrhose (classé comme F4 par l’équipe)
- 38 % avaient du diabète
Après la guérison du VHC, les participant⋅e⋅s ont subi des échographies abdominales tous les six mois pour détecter la présence de nouvelles tumeurs. Chez certaines personnes, on a également mesuré le taux d’une protéine appelée alpha-fœtoprotéine dans leur sang. Notons que les taux élevés de cette protéine sont associés à un risque accru de cancer du foie.
Résultats
Après l’amorce du traitement par AAD, 43 nouveaux cas de cancer du foie et 301 décès ont été recensés au cours de la période à l’étude.
Selon l’équipe de recherche, environ 2,5 % des personnes séropositives qui ont guéri du VHC ont présenté un cancer du foie jusqu’à six ans après la guérison de l’hépatite C.
Notons cependant que ce chiffre global masque des changements qui se produisaient tout au long de l’étude, à savoir que le risque de cancer du foie diminuait et continuait de diminuer après la guérison. Le risque de cancer du foie était le plus élevé durant la première année suivant la guérison du VHC (0,81 %), puis a baissé jusqu’à moins de 0,34 % dès la troisième année suivant la guérison. Le risque était encore plus faible (0,1 %) six ans après la guérison.
À retenir
Les résultats de cette étude sont encourageants et confirment les tendances générales signalées lors d’études menées antérieurement auprès de personnes séronégatives guéries du VHC.
À l’époque qui a précédé l’arrivée des AAD, le traitement de choix de l’hépatite C consistait en des injections régulières d’interféron. Ce traitement était peu efficace, et les données de l’époque portent à croire que le risque de cancer du foie se situait à au moins 2 % jusqu’à une décennie après la guérison de l’hépatite C.
Cette étude révèle un déclin du risque de cancer du foie chez des personnes séropositives guéries de l’hépatite C grâce à l’administration d’AAD. Chose importante, l’équipe de recherche affirme que son analyse souligne l’importance vitale de soumettre les patient⋅e⋅s à un dépistage du cancer du foie « durant les quelques années suivant l’amorce d’un traitement par AAD ».
—Sean R. Hosein
Ressources
Des scientifiques encouragent le dépistage simultané de trois virus : VIH, VHB, VHC – Nouvelles CATIE
L’interruption des soins pour le VIH et l’hépatite C augmente le risque de décès, révèle une étude canadienne – Nouvelles CATIE
Une équipe albertaine trouve des taux élevés d’hépatite C et de syphilis concomitantes durant la grossesse – Nouvelles CATIE
En Angleterre, un service de santé « à guichet unique » atteint des taux élevés de guérison de l’hépatite C – Nouvelles CATIE
Des interventions font baisser les taux d’hépatite C chez des hommes gais et bisexuels vivant avec le VIH – Nouvelles CATIE
RÉFÉRENCES
- van Santen DK, Chalouni M, Berenguer J et al. Risk of hepatocellular carcinoma after direct-acting antiviral treatment for hepatitis C virus infection in people with HIV. Clinical Infectious Diseases. 2025; sous presse.
- Ioannou GN, Beste LA, Green PK et al. Increased risk for hepatocellular carcinoma persists up to 10 years after HCV eradication in patients with baseline cirrhosis or high FIB-4 scores. Gastroenterology. 2019 Nov;157(5):1264-1278.e4.