- Les bactéries qui causent certaines formes de méningite s’apparentent à celles responsables de la gonorrhée
- Des scientifiques du Québec ont examiné des données se rapportant à l’usage d’un vaccin contre la méningite en prévention de la gonorrhée
- Si les essais cliniques se révèlent prometteurs, un programme d’immunisation sera possible un jour
Le microbe qui cause la gonorrhée (Neisseria gonorrhoeae) se transmet le plus couramment lors des relations sexuelles anales, orales et vaginales sans condom. Ce microbe peut également se transmettre entre une mère et son bébé durant l’accouchement.
La gonorrhée cause de l’inflammation dans des tissus humides délicats, et cette inflammation peut servir de porte d’entrée à d’autres infections transmissibles sexuellement (ITS), dont le VIH.
La gonorrhée ne provoque pas de symptômes dans tous les cas. Elle peut toutefois causer des pertes urétrales et une sensation de brûlure au moment d’uriner. Certaines femmes éprouvent également de la douleur dans le bas de l’abdomen, ainsi que des saignements vaginaux entre les règles ou après les relations sexuelles. Qui plus est, la gonorrhée peut contribuer à la maladie inflammatoire pelvienne, à l’infertilité et à d’autres complications. Si la gonorrhée n’est pas traitée, les bactéries responsables risquent de nuire aux testicules et à la prostate.
Ces symptômes, l’inflammation et le risque d’autres infections soulignent la nécessité pour les personnes sexuellement actives de passer des examens réguliers et de se faire tester pour les ITS, dont la gonorrhée.
Traitement antibiotique
Depuis 1945, une gamme d’options thérapeutiques appelées antibiotiques ont été mises au point pour combattre la gonorrhée. Au fil du temps, cependant, le microbe qui cause cette infection a acquis graduellement la capacité de résister à de nombreux antibiotiques.
Un comité consultatif scientifique de l’Agence de la santé publique du Canada (ASPC) a publié des lignes directrices intérimaires sur le traitement de la gonorrhée.
Pour les adultes (et les jeunes de 10 ans et plus), le Comité recommande le traitement suivant pour « toutes les infections non compliquées (urétrales, endocervicales, vaginales, rectales et pharyngées) » :
- l’antibiotique ceftriaxone à 500 mg administré en une seule injection intramusculaire
La ceftriaxone est devenue le traitement de choix pour la gonorrhée dans de nombreux pays.
L’ASPC fournit de plus amples renseignements sur le traitement de la gonorrhée ici.
La gonorrhée au Canada
Selon une équipe de scientifiques du Québec, « le fardeau de la gonorrhée [au Canada] s’alourdit depuis une décennie, le taux déclaré ayant presque triplé entre 2010 et 2019 ». Et d’ajouter l’équipe, « les hommes représentent 56 % des cas diagnostiqués et la tranche d’âge la plus fréquemment touchée est celle des 15 à 39 ans, qui représente 82 % du total des cas ».
Vaccin contre la méningite pour réduire le risque de gonorrhée
Face aux taux grimpants de gonorrhée et au déclin des options de traitement efficace, de plus en plus de scientifiques évaluent actuellement un vaccin mis au point initialement pour traiter les cas de méningite causés par des bactéries s’apparentant à celles responsables de la gonorrhée.
Le vaccin s’appelle 4CMenB (vendu sous le nom de Bexsero) et il est destiné à prévenir les complications causées par la Neisseria meningitis. Ce vaccin est sûr et réduit très efficacement le risque de méningite causée par cette bactérie.
Comme nous l’avons déjà mentionné, la gonorrhée est causée par une bactérie différente, mais semblable à celle responsable de la méningite, à savoir la Neisseria gonorrhoeae. Il n’existe à l’heure actuelle aucun vaccin conçu spécifiquement pour la prévention de la gonorrhée.
Bactérie sournoise
Il est difficile de fabriquer un vaccin contre la bactérie responsable de la gonorrhée parce qu’elle est capable d’inhiber la réponse immunitaire lancée contre elle. À cause de cette inhibition de la réponse immunitaire, le système immunitaire des personnes atteintes de gonorrhée ne peut habituellement acquérir de protection contre cette infection advenant des expositions ultérieures à la bactérie en cause.
Il n’empêche que l’intérêt pour le vaccin 4CMenB va croissant parce que, même s’il a été conçu et approuvé pour prévenir l’infection par la bactérie de la méningite, des études laissent croire que ce vaccin peut également réduire modérément le risque d’infection par la bactérie responsable de la gonorrhée. Notons que le vaccin 4CMenB contient des protéines qui ressemblent à celles présentes dans la Neisseria meningitis et la Neisseria gonorrhoeae.
Des expériences en laboratoire sur des cellules portent à croire que le vaccin 4CMenB incite le système immunitaire à produire des anticorps qui s’attaquent à la bactérie responsable de la gonorrhée. Des analyses d’échantillons de sang prélevés chez des personnes vaccinées par le 4CMenB ont révélé que les anticorps étaient importants pour réduire le risque de gonorrhée. Il semble aussi que ce vaccin stimule certaines cellules du système immunitaire, notamment les cellules T, de sorte que la réponse immunitaire se renforce.
Une équipe de scientifiques d’universités situées à Montréal et à Laval, ainsi que de l’Institut national de santé publique du Québec, ont examiné des données publiées et les résultats d’essais cliniques en cours où le vaccin 4CMenB est utilisé pour réduire le risque de gonorrhée.
Protection partielle
Selon l’équipe de recherche, le Québec a lancé une campagne de vaccination massive en 2009 (dans la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean) pour réduire le risque de maladie méningococcique en utilisant le vaccin 4CMenB. La campagne a permis d’atteindre 86 % des personnes âgées de six mois à 20 ans. La plupart des personnes figurant dans la campagne ont reçu deux doses du vaccin.
Selon l’équipe de recherche, après la vaccination, les autorités de la santé publique de la région ont observé « une baisse inattendue du nombre d’infections gonococciques chez les personnes de moins de 20 ans ». Aucune baisse des infections n’a été observée chez les personnes de plus de 20 ans (qui n’ont pas été visées par la campagne de vaccination). Malgré le déclin des diagnostics de gonorrhée chez les moins de 20 ans, les cas de chlamydiose (infection à Chlamydia) ont continué à grimper dans tous les groupes d’âge. Ces résultats laissent croire que le vaccin 4CMenB confère une protection croisée contre la gonorrhée.
Cette équipe de recherche québécoise a examiné des études semblables menées en Australie, à New York, à Philadelphie, en Oregon, dans le sud de la Californie et en Italie. Toutes les études en question ont donné à penser que le vaccin 4CMenB pouvait réduire le risque de gonorrhée de 35 % à près de 60 % pour une durée maximale de trois ans. L’équipe italienne a également constaté une réduction du risque de gonorrhée chez des personnes vivant avec le VIH.
Il importe de noter que toutes les études ci-dessus étaient des études par observation et ne pouvaient donc produire des données de grande qualité. Il reste que les études par observation peuvent être un bon point de départ et inspirer la conception d’essais cliniques plus probants.
L’équipe québécoise a également examiné et commenté des essais cliniques randomisés déjà terminés ou en cours où le vaccin 4CMenB était utilisé pour réduire le risque de gonorrhée (notons que les essais bien conçus de ce genre peuvent produire des données de plus grande qualité).
Lors d’un essai mené en France sous le nom de Doxyvac, on n’a trouvé aucune protection significative conférée par la vaccination. Cette étude a cependant porté sur un nombre relativement faible de personnes et était sans doute incapable de détecter une éventuelle protection induite par le vaccin. Notons aussi que cet essai clinique a pris fin prématurément.
D’autres essais se poursuivent dans plusieurs pays et devraient offrir des réponses claires sur l’effet protecteur conféré par le vaccin 4CMenB contre la gonorrhée.
Déploiement par la santé publique
Au Royaume-Uni, de nombreux cas de gonorrhée résistante au traitement ont été signalés depuis une décennie. Face aux taux élevés de gonorrhée dans ce pays, les autorités de la santé publique ont recommandé que le vaccin 4CMenB soit offert dans les cliniques de santé sexuelle aux personnes courant un risque élevé de gonorrhée. Des scientifiques britanniques prévoient recueillir des données se rapportant à ce programme au fur et à mesure de son déploiement. L’analyse de ces données aidera les décisionnaires de politiques à comprendre l’efficacité du vaccin 4CMenB comme moyen de réduire le risque de gonorrhée, la durée de la protection conférée et l’incidence éventuelle du vaccin sur l’acquisition de résistances aux antibiotiques par la bactérie à l’origine de la gonorrhée.
Le New York State Department of Health recommande également le vaccin 4CMenB aux personnes courant un risque élevé de gonorrhée.
L’équipe de recherche québécoise demande « à évaluer soigneusement l’intégration du vaccin 4CMenB dans les programmes de vaccination provinciaux et territoriaux financés par le secteur public pour les groupes à haut risque, y compris les données probantes scientifiques, les bénéfices attendus pour la santé, les répercussions budgétaires, le rapport coût/efficacité, la faisabilité et l’acceptabilité des différentes stratégies de vaccination ».
L’équipe de recherche souligne qu’« Il est toujours difficile d’extrapoler les résultats d’évaluations économiques spécifiques à un pays. Il serait donc intéressant de développer un modèle canadien ou d’adapter un modèle existant au contexte canadien. Une première étape consisterait à estimer la taille des groupes à haut risque et les taux d’infections par N. gonorrhoeae correspondants au Canada, ainsi que les moyens pratiques d’atteindre ces groupes à haut risque sans les stigmatiser ».
L’équipe fait également valoir que les résultats d’essais cliniques rigoureux seront disponibles dans les prochaines années « pour étayer, espérons-le, la pertinence d’une initiative canadienne de vaccination pour la prévention des infections à N. gonorrhoeae ».
—Sean R. Hosein
Ressources
Guide sur la gonorrhée : Traitement et suivi – Agence de la santé publique du Canada
Infections transmissibles sexuellement et par le sang : Guides à l’intention des professionnels de la santé – Agence de la santé publique du Canada
La gonorrhée – CATIE
Le nouvel antibiotique gépotidacine semble prometteur contre la gonorrhée – Nouvelles CATIE
TraitementActualités 245 – CATIE
RÉFÉRENCES :
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