- Les lignes directrices canadiennes sur l’hépatite B, qui couvrent le dépistage, la vaccination et le traitement, viennent d’être mises à jour
- Cette nouvelle version inclut des algorithmes permettant de créer des plans de traitement personnalisés
- Il existe un vaccin préventif et des traitements contre l’hépatite B, mais l’infection chronique reste incurable
Le virus de l’hépatite B (VHB) se transmet de façon semblable au virus de l’hépatite C (VHC) et au VIH. Les taux de nouvelles infections par le VHB continuent d’augmenter au Canada. On dénombre quelque 262 000 personnes vivant avec cette infection chronique au Canada, et, selon les estimations des scientifiques, près de 50 % d’entre elles ne savent pas qu’elles sont infectées. Faute de diagnostic et de traitement, l’hépatite B chronique peut causer de graves complications, y compris le cancer du foie. Il est possible de détecter le VHB à l’aide de tests sanguins, et l’infection est traitable.
Le Canada a souscrit à la stratégie de l’Organisation mondiale de la Santé qui vise à éliminer l’hépatite B comme menace pour la santé publique d’ici 2030. De plus, l’Agence de la santé publique du Canada a créé un plan d’action pour aider à réduire la propagation des maladies transmissibles sexuellement et par le sang (ITSS), dont le VHB.
Une équipe de prestataires de soins et de scientifiques chevronné⋅e⋅s de l’Association canadienne pour l’étude du foie (ACEF) et de l’Association pour la microbiologie médicale et l’infectiologie (AMMI) a formé un groupe de travail pour mettre à jour les lignes directrices sur l’hépatite B.
Les lignes directrices mises à jour regorgent de détails et sont destinées à une large gamme de prestataires de soins exerçant les disciplines suivantes :
- hépatologues
- spécialistes des maladies infectieuses
- prestataires de soins primaires
- infirmier⋅ère⋅s praticien⋅ne⋅s
- praticien⋅ne⋅s en santé publique
- spécialistes de laboratoire
Les lignes directrices contiennent de nombreux tableaux et algorithmes utiles permettant de faciliter la prise de décisions cliniques et en laboratoire. On peut consulter le document intégral ici.
Dans ce bulletin de Nouvelles CATIE, nous soulignons quelques éléments clés des lignes directrices.
Dépistage et suivi à long terme des personnes atteintes du VHB
Les lignes directrices recommandent que toute la population adulte du Canada passe un test de dépistage du VHB au moins une fois. On peut y lire ceci : « En concertation avec le patient, la présence d’une nouvelle activité ou d’un risque persistant d’infection par l’hépatite B devrait justifier un dépistage périodique si le patient n’est pas immunisé ». Comme le suivi à long terme des personnes atteintes du VHB est crucial, il est recommandé par les lignes directrices, et celles-ci offrent de l’information utile sur les différents tests utilisés, ainsi que sur le dépistage du cancer.
Vaccination contre le VHB
Le vaccin anti-VHB est très sûr et efficace. Les lignes directrices recommandent la vaccination pour tous les bébés (« idéalement à la naissance »). Elles recommandent également une vaccination « de rattrapage » pour les adultes qui n’ont jamais reçu la série complète d’inoculations contre le VHB ou qui ne connaissent pas clairement leurs antécédents de vaccination.
Traitement
Les lignes directrices recommandent un traitement standard pour l’infection chronique par le VHB. Ce dernier consiste en la prise quotidienne de l’un des médicaments suivants par voie orale : le TDF (fumarate de ténofovir disoproxil), le TAF (ténofovir alafénamide) ou l’entécavir. Dans certains cas, une forme à longue durée d’action d’interféron alpha appelée PEG-interféron (par injection hebdomadaire) peut également être utilisée.
Populations particulières
Les lignes directrices sur le VHB portent une attention spéciale sur des populations ou des circonstances particulières, y compris la grossesse et la co-infection par le VHB et d’autres virus, notamment le virus de l’hépatite D (VHD).
Grossesse
Les lignes directrices recommandent le dépistage du VHB pendant la grossesse et décrivent des circonstances particulières où l’offre d’un traitement est indiquée. Les personnes enceintes devraient également se faire offrir une évaluation pour détecter l’hépatite active, ainsi qu’un examen non invasif du foie (à savoir des échographies spécialisées commencées tôt dans la grossesse).
Voici ce que l’on peut lire dans les recommandations : « Toutes les [personnes] enceintes présentant une maladie hépatique avancée (c.-à-d. fibrose > F1) ou répondant aux critères de traitement usuels, quel que soit le risque de transmission [du parent] à l’enfant […], doivent se voir immédiatement proposer un traitement par [analogues nucléo(t)sidiques] sécuritaire pendant la grossesse (c.-à-d. TDF) ». Selon les lignes directrices, le TDF et le TAF peuvent être utilisés sans danger durant la grossesse. Elles stipulent également que les personnes qui suivaient un tel traitement avant de tomber enceintes devraient poursuivre ce dernier pendant la grossesse.
L’entécavir n’est pas recommandé durant la grossesse à cause du « manque de données de sécurité [sic] solides ». Comme l’usage du PEG-interféron n’est pas sans danger pendant la grossesse, ce médicament n’est pas recommandé pour les personnes enceintes.
Les lignes directrices affirment que « l’allaitement […] est sans danger et doit être encouragé; l’excrétion [d’analogues nucléo(t)sidiques] dans le lait […] est minime, et aucun cas de transmission du VHB par le lait […] humain n’a été signalé ».
On trouve de nombreuses autres recommandations sur les soins et le traitement du VHB pendant et après la grossesse dans les lignes directrices. On peut consulter celles-ci pour en savoir plus.
Enfants
Selon les lignes directrices, le nombre de cas d’infection par le VHB chez les enfants est « relativement faible » et en déclin « grâce à différentes mesures préventives contre la transmission verticale et à la vaccination ». Les lignes directrices abondent en renseignements sur l’évolution de l’infection par le VHB chez les enfants, ainsi que sur les options de suivi et de traitement convenant à cette population.
Co-infections
VHB et VHC
Comme les virus de l’hépatite B (VHB) et de l’hépatite C (VHC) partagent les mêmes voies de transmission, certaines personnes vivent avec cette co-infection qui augmente le risque de lésions hépatiques chroniques et de cancer du foie. Les lignes directrices recommandent que les personnes qui passent un test de VHB soient également testées pour le VHC, et vice versa. Il existe des traitements contre le VHC qui guérissent cette infection chez plus de 95 % des personnes atteintes. Les lignes directrices décrivent des facteurs qu’il faut prendre en considération pour traiter le VHB chez les personnes co-infectées par le VHC. Elles offrent également de l’information sur le suivi des personnes atteintes du VHB.
VHB et VHD
Le virus de l’hépatite D (VHD) se transmet de façon semblable au VHB, et nombre de personnes vivent avec ces deux virus. Selon les lignes directrices, le VHD « cause la forme la plus agressive d’hépatite virale chez l’humain ». Le VHD dépend du VHB pour survivre et compléter son cycle de vie. Les personnes qui ont déjà le VHB peuvent contracter le VHD; les deux infections peuvent aussi survenir simultanément.
Le VHD est relativement peu courant au Canada, mais on estime qu’entre 10 000 et 15 000 personnes vivent avec ce virus dans ce pays.
Un nouveau traitement contre le VHD appelé bulévirtide (Hepcludex) a été approuvé au Canada depuis la publication des lignes directrices mises à jour sur le VHB. Ce nouveau traitement est destiné aux personnes atteintes du VHD qui ne présentent aucun symptôme attribuable à la cicatrisation étendue du foie. Le bulévirtide est administré quotidiennement par injection sous-cutanée et est généralement bien toléré. Le fabricant, Gilead Sciences, a entamé des discussions avec des compagnies d’assurance privées dans le but de faire couvrir son médicament. Il est également possible que ce dernier soit subventionné à l’avenir par les ministères de la Santé provinciaux. Entretemps, les médecins dont les patient⋅e⋅s atteint⋅e⋅s du VHD ont urgemment besoin de se faire traiter peuvent en discuter avec leur agent⋅e de liaison médicale et scientifique chez Gilead Sciences. La compagnie mettra le médicament à la disposition des personnes concernées de façon limitée si les critères d’admissibilité sont satisfaits.
Même si le PEG-interféron n’est pas approuvé pour le traitement de l’infection chronique par le VHD, certain⋅e⋅s médecins en prescrivent des injections hebdomadaires pour un traitement de 48 semaines qui peut se révéler efficace.
Les analogues nucléo(t)sidiques prescrits contre le VHB n’exercent aucune action directe contre le VHD. Les lignes directrices affirment cependant ceci : « En théorie, la suppression agressive de la réplication du VHB et la prévention des poussées de VHB dans la co-infection par le VHD pourraient aider à réduire le risque de progression de la maladie hépatique ».
Les lignes directrices formulent des recommandations concernant le dépistage du VHB et du VHD. Elles contiennent également des renseignements détaillés concernant la prise en charge du VHD dans le contexte de la co-infection par le VHB.
VHB et VIH
Selon les estimations des scientifiques, plus de 65 000 personnes vivent avec le VIH au Canada, et entre 6 % et 8 % de celles-ci sont également porteuses du VHB. Chez les personnes ainsi co-infectées, le VIH peut accélérer l’endommagement du foie et accroître le risque de cancer.
Les lignes directrices recommandent que toutes les personnes vivant avec le VIH soient testées pour le VHB et, advenant un résultat négatif, qu’elles soient immunisées contre ce dernier.
Plusieurs médicaments sont actifs à la fois contre le VIH et le VHB, à savoir le TDF, le TAF et le 3TC. Comme ces derniers sont souvent utilisés dans le cadre de traitements d’association contre le VIH, les lignes directrices recommandent qu’ils soient inclus dans les traitements donnés aux personnes co-infectées.
De plus en plus, des associations de deux médicaments pour traiter le VIH arrivent sur le marché. Une telle bithérapie couramment utilisée est l’association cabotégravir + rilpivirine (les deux administrés par injection tous les deux mois après une période d’induction). Ni l’un ni l’autre de ces médicaments n’agit contre le VHB. Pour combattre ce dernier, les lignes directrices recommandent qu’un médicament anti-VHB soit ajouté au traitement des personnes co-infectées par le VIH et le VHB qui suivent ce genre de bithérapie (ou tout autre schéma thérapeutique n’incluant aucun médicament agissant contre le VHB).
À retenir
Les lignes directrices contiennent de nombreux détails concernant le dépistage, les soins et la prise en charge des personnes atteintes du VHB et des co-infections par le VHD, le VHC et le VIH. Le dépistage universel du VHB chez les adultes est vivement recommandé. Les lignes directrices offrent également des conseils sur la prise en charge de l’hépatite B durant la grossesse et chez les enfants. Elles recommandent aussi que les provinces et les territoires canadiens investissent dans « une surveillance accrue du VHB, [l’élargissement de l’accès aux tests de dépistage du VHB/VHD recommandés] et la mise en œuvre de tests de diagnostic au point de service, dans le cadre d’une approche centrée sur le patient visant à réduire les inégalités d’accès [sic] aux soins et aux traitements ».
—Sean R. Hosein
Ressources
Principes de base de l’hépatite B – CATIE
Les hépatites B et C au Canada : pourquoi le dépistage est essentiel – CATIE
RÉFÉRENCES :
- Clinical Practice Guidelines Committee Chair; Osiowy C; Panel Members; Alvarez F, Coffin CS, Cooper CL et al. The Management of Chronic Hepatitis B: 2025 Guidelines Update from the Canadian Association for the Study of the Liver and Association of Medical Microbiology and Infectious Disease Canada. Canadian Liver Journal. 2025 May 26;8(2):368-440.
- Wedemeyer H, Schöneweis K, Bogomolov P et al. Safety and efficacy of bulevirtide in combination with tenofovir disoproxil fumarate in patients with hepatitis B virus and hepatitis D virus coinfection (MYR202): a multicentre, randomised, parallel-group, open-label, phase 2 trial. Lancet Infectious Diseases. 2023 Jan;23(1):117-129.
- Degasperi E, Anolli MP, Jachs M et al. Real-world effectiveness and safety of bulevirtide monotherapy for up to 96 weeks in patients with HDV-related cirrhosis. Journal of Hepatology. 2025 Jun;82(6):1012-1022.