- Au Canada, au moins 122 000 personnes pourraient bénéficier de la prise de médicaments préventifs contre le VIH
- Selon les estimations, seulement 19 % des personnes en question ont recours à la prophylaxie pré-exposition (PrEP)
- Pour prévenir de nouvelles infections par le VIH au Canada, il faudra supprimer les obstacles à l’accès à la PrEP
Lorsqu’une personne prend des médicaments contre le VIH pour prévenir l’infection par ce virus, on dit qu’elle suit une prophylaxie pré-exposition ou PrEP.
En matière de PrEP, les options approuvées à l’heure actuelle incluent les suivantes :
- TDF + FTC (vendu en comprimé sous le nom de Truvada, ainsi qu’en versions génériques)
- TAF + FTC (vendu en comprimé sous le nom de Descovy)
- cabotégravir (administré par injection tous les deux mois après une période d’induction initiale)
Notons aussi qu’une formulation injectable à longue durée d’action du médicament lénacapavir sera approuvée à titre de PrEP plus tard cette année au Canada. De plus, d’ici plusieurs années, il est possible que la protection contre le VIH soit offerte sous forme de comprimés à longue durée d’action qu’il suffira de prendre une seule fois par mois.
Malgré ces progrès, des infections par le VIH continuent de se produire au Canada.
Des scientifiques affilié⋅e⋅s à l’Agence de la santé publique du Canada (ASPC), au Centre de recherche communautaire de Vancouver, à l’Université de Victoria et à l’Université McGill ont collaboré à une étude dont le but consistait à estimer la taille de populations spécifiques susceptibles de bénéficier de la PrEP. Dans la mesure du possible, l’analyse a également porté sur d’autres groupes de personnes qui pourraient bénéficier de la PrEP mais qui n’y ont pas recours.
L’équipe de recherche a utilisé des données de santé recueillies lors d’études canadiennes ou par des organismes de recherche s’intéressant à deux populations prioritaires touchées de façon disproportionnée par le VIH, à savoir :
- les hommes gais, bisexuels et autres hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (hommes gbHARSAH)
- les personnes qui s’injectent des drogues
Se fondant sur les lignes directrices canadiennes sur la PrEP, l’équipe de recherche a estimé la proportion de personnes à qui la PrEP pourraient convenir. (Notons que les sondages réalisés révélaient parfois si les gens utilisaient déjà la PrEP).
Résultats
Voici un résumé des principaux résultats de l’analyse des données effectuée par l’équipe de recherche (les chiffres qui suivent sont des estimations) :
- 99 300 hommes gbHARSAH pourraient bénéficier de la PrEP
- 22 400 personnes qui s’injectent des drogues pourraient bénéficier de la PrEP
Cela représente un total approximatif de 122 000 personnes.
Malgré ces chiffres, les données laissent croire que seulement 23 644 personnes (environ 19 %) avaient recours à la PrEP en 2021 (année de la dernière analyse des données effectuée par l’équipe de recherche).
Selon les estimations de l’équipe de recherche, au moment où les questionnaires étaient remplis, environ 67 % des hommes gbHARSAH qui auraient pu bénéficier de la PrEP y avaient recours, et aucune personne qui s’injectait des drogues ne s’en servait.
Obstacles à la PrEP
Selon l’équipe de recherche, d’autres études avaient permis de cerner « de nombreux obstacles » qui empêchaient des personnes admissibles d’utiliser la PrEP, dont les suivants :
- stigmatisation liée au VIH
- auto-perception d’un faible risque de contracter le VIH
- mauvaise conception de quelles personnes pourraient bénéficier de la PrEP
- obstacles dans les systèmes de santé
- problèmes d’observance thérapeutique (incapacité de prendre fidèlement ses comprimés de PrEP)
- préoccupations concernant les effets secondaires potentiels
L’équipe de recherche a affirmé que « l’élimination des obstacles pourrait accroître l’adoption de la PrEP parmi les personnes correspondant aux indications relatives à l’usage [de la PrEP] au Canada ».
Traitement comme prévention
L’équipe de recherche a souligné le travail effectué par des scientifiques de la Colombie-Britannique qui font la promotion d’une combinaison de stratégies destinées à diverses populations, notamment le traitement comme prévention (TasP) et la PrEP. Le TasP est efficace parce que la vaste majorité des personnes qui suivent un traitement contre le VIH (traitement antirétroviral ou TAR) comme il se doit parviennent à réduire la quantité de VIH dans leur sang au point où le virus n’est plus détectable par les tests de laboratoire de routine. Des essais cliniques rigoureusement conçus ont révélé que les personnes sous TAR dont la charge virale est indétectable ne peuvent transmettre le virus à leurs partenaires sexuel⋅le⋅s.
Il importe toutefois de noter qu’environ 11 % des personnes vivant avec le VIH au Canada ne savent pas qu’elles sont infectées. Ainsi, il faudra que le dépistage du VIH se fasse de manière plus étendue afin que les personnes séropositives puissent être traitées et que les personnes séronégatives à risque de contracter le VIH puissent se faire offrir la PrEP.
Cette équipe de recherche encourage les systèmes de santé à élargir l’accès à la PrEP en privilégiant des « approches faites sur mesure » afin de prévenir les nouvelles infections au Canada. Selon l’équipe, le déploiement d’équipes d’infirmier⋅ère⋅s chargé·e·s de surveiller et de distribuer la PrEP pourrait être utile. L’équipe encourage également les médecins de soins primaires à profiter d’initiatives éducatives centrées sur la PrEP afin de pouvoir répondre aux besoins insatisfaits révélés par la présente étude.
Selon l’équipe de recherche, des initiatives se rapportant à l’usage nuisible d’alcool et de drogues doivent être intégrées dans les programmes de soins liés à la PrEP afin que les personnes touchées puissent obtenir de l’aide.
Enfin, l’équipe de recherche a fait valoir que la PrEP injectable à longue durée d’action « offre un autre moyen potentiel d’élargir la couverture et de résoudre éventuellement les problèmes d’observance chez certaines populations prioritaires ».
Avancer vers le succès
Réduire le nombre de nouvelles infections par le VIH au Canada ne pourra se limiter à l’administration d’injections et à la prise de comprimés. À ce propos, l’équipe a fait la déclaration suivante :
« Des politiques efficaces en matière de PrEP, y compris critères d’admissibilité inclusifs, mécanismes de financement durables et modèles de délivrance accessibles, sont cruciales pour s’assurer que la PrEP profite aux personnes qui en ont besoin. On devrait intégrer la PrEP dans d’autres stratégies visant la prévention du VIH, dont le dépistage et le traitement, afin de maximiser son impact sur la santé publique. Des politiques bien conçues et inclusives en matière de PrEP peuvent accroître l’usage de la PrEP et améliorer l’observance, ce qui aidera ultimement à réduire la transmission du VIH partout au Canada ».
Les personnes qui s’injectent des drogues et les hommes gbHARSAH sont deux populations qui courent des risques particuliers à l’égard du VIH. Espérons que des études futures exploreront le déploiement de la PrEP auprès d’autres populations à risque.
—Sean R. Hosein
Ressources
Prescrire la PrEP et la PPE : Ligne directrice canadienne – CATIE et Réseau pancanadien pour des essais cliniques sur le VIH/sida et autres ITSS des IRSC (CTN+)
Publication d’un guide de pratique canadien mis à jour sur la prévention du VIH – Nouvelles CATIE
RÉFÉRENCES :
- Yang Q, Wu HX, Lachowsky N et al. Estimating the percentage and number of people with indications for HIV pre-exposure prophylaxis (PrEP) within two key populations, Canada, 2021. Canadian Journal of Public Health. 2026; sous presse.
- Jacobsen K, Babin C, Gormezano A et al. Willingness to disclose sexual orientation and gender identity on federal government surveys: A community-based research study with gay, bisexual, transgender, and queer men and nonbinary and Two-Spirit people in Canada. Canadian Journal of Public Health. 2026; sous presse.
- Williams A, Sorge J, Périnet S et al. Estimation de la taille de la population des personnes qui utilisent des drogues par injection au Canada, 2021. Relevé des maladies transmissibles au Canada. 2025 Oct 9;25(9):364-373.
- Oo MM, Karabelas-Pittman S, Hull M et al. Impact of “absolute” versus “relative” HIV risk communication on pre-exposure prophylaxis interest in Canada: a randomized survey. AIDS Care. 2025 Nov 19:1-12.
- Yeong SK, Ye M, Barrios R et al. Unsuppressed HIV viral load among people living with HIV by exposure category in British Columbia, Canada from 2005 to 2020: a population-based cohort study. BMC Global and Public Health. 2025 Oct 9;3(1):90.