- Le nombre de bébés nés avec la syphilis augmente au Canada
- Le dépistage précoce et l’amorce rapide d’un traitement aident à protéger le fœtus
- Une étude d’envergure ontarienne révèle que 20 % des grossesses se sont déroulées sans dépistage opportun de la syphilis
Les taux de nouveaux diagnostics de syphilis augmentent depuis 20 ans dans les pays à revenu élevé, et il sévit actuellement une épidémie de cette maladie au Canada. Le premier symptôme de la syphilis, soit l’apparition d’une lésion appelée chancre sur ou dans les organes génitaux, la bouche ou d’autres parties du corps, peut être indolore ou passer inaperçu. Les microbes qui causent la syphilis, soit les tréponèmes, se propagent rapidement à partir du site du contact initial. Ces microbes peuvent s’attaquer aux nerfs des oreilles et des yeux et causer ainsi des pertes auditives et visuelles. Au fil du temps, l’infection risque de causer des dommages à des organes vitaux, comme le cerveau, les os, le cœur et le système circulatoire, le foie et les reins. La syphilis peut également nuire au fœtus durant la grossesse. Même si les symptômes de la syphilis ressemblent souvent à ceux de nombreuses autres maladies, le diagnostic se fait facilement à l’aide d’un simple test sanguin. La plupart des personnes atteintes s’en remettent grâce à un seul cycle d’antibiotiques.
Syphilis congénitale
Au Canada, des rapports indiquent que le nombre de diagnostics de syphilis est à la hausse dans diverses populations, y compris chez les femmes en âge de procréer.
Cette augmentation des cas de syphilis a entraîné une hausse du nombre de bébés nés avec cette infection. La syphilis congénitale peut causer une gamme de problèmes qui nuisent gravement au fœtus et donnent lieu à des mortinaissances. Les bébés nés avec la syphilis risquent de présenter une variété de problèmes de santé graves, y compris la cécité, des pertes auditives et des troubles développementaux.
Des rapports portent à croire que les taux de syphilis congénitale augmentent également en Australie, aux États-Unis, au Portugal, en Espagne et dans d’autres parties d’Europe.
Prévention de la syphilis congénitale
Un élément critique de la prévention de la syphilis congénitale réside dans la réalisation d’un test de dépistage durant les trois premiers mois de la grossesse. La détection précoce et l’amorce rapide d’un traitement contre la syphilis dès ce stade de la grossesse sont associées à une réduction du risque de syphilis congénitale.
Une équipe de scientifiques de l’Ontario et du Québec ont examiné des informations se rapportant à la santé recueillies à partir de bases de données ontariennes. Elle s’est concentrée spécifiquement sur les dépistages de la syphilis effectués à tout moment de la grossesse et du processus d’accouchement.
Pour la période allant de janvier 2018 à décembre 2023, l’équipe de recherche a trouvé des données se rapportant à 551 706 grossesses. La moyenne d’âge des personnes enceintes dans cette étude était de 31 ans.
Dans l’ensemble, 92 % des femmes ont passé un test de dépistage de la syphilis. L’équipe a toutefois constaté que 20 % des femmes n’ont pas fait l’objet d’un tel test durant le premier trimestre de la grossesse.
Résultats
Quatre-vingt-douze pour cent des femmes figurant dans cette étude ont été testées pour la syphilis à un moment donné de la grossesse ou de l’accouchement. Voici la répartition des tests de dépistage de la syphilis :
- premier trimestre : 86 %
- deuxième trimestre : 12 %
- troisième trimestre : 2 %
- pendant l’accouchement : 0,6 %
(Parce qu’ils ont été arrondis, la somme des chiffres n’est pas 100).
Idéalement, le dépistage de la syphilis a lieu durant le premier trimestre, et à nouveau plus tard dans la grossesse. Dans cette étude, un dépistage de la syphilis n’a été effectué plus d’une fois durant la grossesse que dans 10 % des cas.
L’équipe de recherche a constaté que la proportion de grossesses n’ayant pas fait l’objet d’un dépistage de la syphilis était la plus élevée dans le Nord-Ouest de l’Ontario.
Comprendre les circonstances influant sur l’accès aux soins et au dépistage de la syphilis
Selon l’équipe de recherche, de nombreux facteurs peuvent rendre les personnes enceintes vulnérables à la syphilis et ériger des obstacles à l’accès rapide aux soins. À titre d’exemple, notons que l’équipe a affirmé que « les personnes enceintes risquent d’hésiter à dévoiler des facteurs de risque personnels, comme la précarité du logement ou l’usage de substances à cause d’expériences de stigmatisation et de la crainte de l’intervention des services de protection de la jeunesse ». D’après l’équipe, « on devrait privilégier la réduction des méfaits et des approches exemptes de jugement pour prendre soin des personnes enceintes qui utilisent des substances; la prestation de soins complets pourrait nécessiter l’aiguillage vers un counseling en matière de dépendances ou des ressources communautaires offrant interventions et soutien psychosociaux ».
Dans les cas où l’accès aux soins prénataux d’une personne enceinte est limité ou retardé, l’équipe de recherche recommande que le dépistage de la syphilis soit effectué lorsqu’une occasion se présente, comme dans les situations suivantes :
- lors du test de grossesse
- dans le cadre des soins primaires ou lors d’une consultation dans une clinique sans rendez-vous
- dans les centres de santé sexuelle
- dans les cliniques offrant de l’aide aux personnes aux prises avec un trouble lié à l’usage de substances
- dans les cliniques offrant des services de santé mentale
L’équipe de recherche encourage le recours aux services de dépistage aux points de service, car cela peut faciliter une mise sous traitement immédiate. Selon l’équipe, cette sorte de dépistage « pourrait convenir aux personnes courant un risque élevé d’échapper au suivi et devrait être envisagé dans les contextes communautaires (par exemple, les organismes de réduction des méfaits, les refuges) et dans le cadre d’interventions de proximité ciblant les populations itinérantes ».
Personnes manquantes
Cette équipe de recherche a utilisé des bases de données qui abritaient des renseignements se rapportant aux personnes couvertes par l’Assurance-santé de l’Ontario (OHIP). Toute personne qui n’était pas couverte au début de l’étude ou pendant les trois années précédant le moment de la conception a été exclue de l’étude.
L’équipe de recherche a effectué subséquemment une analyse distincte (analyse de sensibilité) de certaines des grossesses exclues. Elle a constaté que les personnes exclues de l’étude principale étaient peu susceptibles d’avoir passé un test de dépistage de la syphilis durant la grossesse. Selon l’équipe, un grand nombre des personnes non testées « incluaient des individus habitant des quartiers comptant une forte proportion de personnes racisées et de nouveaux arrivants. Cette population risque de faire face à des obstacles à l’obtention de la couverture OHIP, et même les personnes couvertes risquent d’être moins susceptibles d’obtenir des soins par les voies d’accès traditionnelles à cause de nombreux facteurs, dont le statut socioéconomique, les différences culturelles, les barrières linguistiques, les difficultés liées à la navigation au sein du système de santé et la peur de la stigmatisation et de la discrimination ».
À retenir
L’équipe de recherche a souligné qu’« une grossesse sur cinq n’a pas fait l’objet d’un dépistage opportun de la syphilis, ce qui indique la présence de lacunes dans la couverture ». Pour combler ces lacunes, l’équipe réclame le dépistage de la syphilis à faible seuil d’accès durant la grossesse, ainsi que l’accès immédiat au traitement lorsque le dépistage révèle la présence de l’infection. D’affirmer l’équipe : « la prévention de la syphilis congénitale dans le contexte de l’incidence croissante de la syphilis nécessitera le renforcement de l’accès universel au dépistage et la mise en œuvre d’interventions novatrices centrées sur l’équité en matière de santé publique ».
—Sean R. Hosein
Ressources
Infections transmissibles sexuellement et par le sang : Guides à l’intention des professionnels de la santé – Agence de la santé publique du Canada
Mise en garde contre la hausse des mortinaissances liées à la syphilis à Winnipeg – Nouvelles CATIE
Points de vue des premières lignes : syphilis congénitale – Point de mire sur la prévention
Une étude albertaine souligne l’importance du dépistage de la syphilis pour les personnes qui utilisent des stimulants – Nouvelles CATIE
Dépistage et traitement précoces de la syphilis nécessaires pour prévenir les mortinaissances – Nouvelles CATIE
Des scientifiques aux États-Unis encouragent le dépistage des complications neurologiques liées à la syphilis – Nouvelles CATIE
RÉFÉRENCES :
- Featherstone A, Willms H, Ospina MB et al. Uptake of prenatal syphilis screening and its determinants in Ontario, Canada: a population-based retrospective cohort study. CMAJ. 2026 May 18;198(19):E725-E736.
- Moseley P, Bamford A, Eisen S et al. Resurgence of congenital syphilis: new strategies against an old foe. Lancet Infectious Diseases. 2024 Jan;24(1):e24-e35.
- Lukehart SA. Chapter 187. Syphilis. Dans : Longo DL, Fauci AS, Kasper DL, Hauser SL, Jameson L, Loscalzo J, Holland SM, Langford CA. Harrison’s Principles of Internal Medicine, 22e New York, NY : McGraw-Hill; 2025.
- European Centre for Disease Control. Congenital syphilis – Annual Epidemiological Report for 2024. 21 May 2026. Disponible à l’adresse : https://www.ecdc.europa.eu/en/publications-data/congenital-syphilis-annual-epidemiological-report-2024