Un guide pratique du traitement antirétroviral pour les personnes vivant avec le VIH

5.1 Vivre longtemps avec le VIH et la trithérapie

Lorsque le premier traitement du VIH est arrivé, personne ne savait vraiment s’il serait efficace ou pendant combien de temps. De nos jours, grâce aux progrès réalisés, il semble que le traitement réussisse mieux que nous avions osé l’espérer au début. De nombreux experts prédisent que le traitement du VIH permettra aux personnes séropositives de connaître une espérance de vie quasi-normale. Le temps le dira—et certains sont plus sceptiques que d’autres—une chose est sûre : les personnes séropositives vivent maintenant plus longtemps que jamais auparavant.

Évidemment, si on vit plus longtemps, on doit composer avec les conséquences du vieillissement, ainsi qu’avec les effets à long terme du traitement et de la présence constante du VIH dans le corps. La relation entre le vieillissement, le VIH et le traitement antirétroviral fait l’objet de nombreuses études, et on ne parvient pas toujours clairement à déterminer lequel est à l’origine de certains problèmes de santé. Nous savons toutefois qu’en vieillissant, les personnes vivant avec le VIH risquent davantage de souffrir de maladies cardiovasculaires, de maladies rénales, d’amincissement des os et de certains types de cancer.

Certaines personnes séropositives sont sujettes à la lipodystrophie, appelée familièrement « lipo ». Il s’agit d’une perte (lipoatrophie) ou d’une accumulation (lipohypertrophie) visible de graisse corporelle. Dans les cas de lipoatrophie, on observe une perte de graisse au niveau du visage, des bras, des jambes et des fesses, ce qui donne à la personne touchée une apparence émaciée et des veines visibles dans les membres. La lipohypertrophie se caractérise par une accumulation de graisse dans les seins, le ventre ou à la base de la nuque. Cette accumulation coïncide parfois avec la perte de graisse dans d’autres régions du corps.

Un grand nombre de personnes s’inquiètent de développer la « lipo » parce que le problème se voit facilement. Bien que de nombreuses personnes pensent que la lipo est strictement un effet secondaire du traitement, elle est plus probablement causée par une combinaison de la toxicité des médicaments et des effets à long terme de l’infection au VIH. Les experts ne comprennent pas complètement les causes de la lipodystrophie, ni les moyens de la traiter. Il n’empêche qu’ils ont identifié le d4T, et dans une moindre mesure l’AZT, comme deux médicaments susceptibles de causer la lipoatrophie. C’est pour cette raison qu’on a souvent recours à d’autres analogues nucléosidiques, classe du d4T et de l’AZT, pour les remplacer.

Pendant neuf ans, ma devise a été : « Si ce n’est pas cassé, à quoi bon le réparer? » Ainsi, malgré une lipodystrophie qui s’aggravait, je m’accrochais à la combinaison qui me gardait en vie. Même si ma charge virale était encore indétectable, ma médecin m’encourageait à faire un changement. Comme il était de plus en plus évident que le d4T était responsable de mes joues creuses et de mes bras et jambes squelettiques, elle voulait que je remplace le d4T.
Maggie

Les maladies cardiovasculaires englobent de nombreuses affections touchant le cœur et les vaisseaux sanguins, y compris la coronaropathie, la crise cardiaque et l’accident vasculaire cérébral (AVC). Pour nombre de personnes séropositives, comme pour n’importe quel autre fumeur, le tabagisme est le facteur qui accroît le plus le risque de maladies cardiovasculaires. Le risque augmente aussi avec l’âge pour tout le monde, même s’il existe de nombreux autres facteurs de risque. Un de ces facteurs, soit un taux élevé de cholestérol dans le sang (surtout du cholestérol LDL), a suscité beaucoup d’intérêt dans le domaine du VIH parce que de nombreux antirétroviraux (y compris plusieurs inhibiteurs de la protéase) sont susceptibles d’augmenter les taux de cholestérol. Les autres facteurs de risque comprennent le surpoids, des antécédents familiaux de maladies cardiovasculaires, le diabète, le manque d’activité physique, la consommation d’alcool, l’hypertension et un régime alimentaire riche en matières grasses.

Les personnes vivant avec le VIH devraient limiter le plus possible leurs facteurs de risque de maladies cardiovasculaires. Elles peuvent le faire en choisissant des médicaments antirétroviraux qui ne font pas augmenter les taux de cholestérol, en mangeant sainement, en adoptant un programme d’exercices modérés et en surveillant leur consommation d’alcool. Pour les fumeurs, arrêter de fumer est le moyen le plus efficace qui soit pour réduire les risques. Si ces mesures ne suffisent pas, vous pouvez également utiliser des médicaments pour faire baisser votre cholestérol.

Comme certaines personnes recevant un traitement contre le VIH ont un taux élevé de sucre sanguin (glucose sanguin ou glycémie), il est probable qu’un test de glycémie fera partie de vos tests de laboratoire réguliers.Rappelons que les mêmes stratégies qui aident à protéger la santé du cœur sont utiles pour contrôler la glycémie. Si votre glycémie vous préoccupe, vous devrez peut-être porter une attention particulière à votre alimentation.Dans les cas plus graves,des médicaments pour contrôler la glycémie pourraient être indiqués.

L’amincissement des os est un autre problème qui survient souvent avec l’âge, surtout chez les femmes ménopausées. À mesure que les os perdent graduellement des minéraux—principalement du calcium—ils deviennent moins denses et plus poreux, un peu comme une éponge.Un amincissement trop rapide des os peut entraîner l’ostéopénie et, dans les cas plus graves, l’ostéoporose. Lorsque ces affections sont présentes, les os se fragilisent et se cassent plus facilement.L’ostéoporose est courante chez les hommes et les femmes qui vivent avec le VIH depuis longtemps. La perte osseuse est indolore et peut passer inaperçue jusqu’à ce qu’une fracture se produise.

L’ostéodensitométrie (mesure de la densité osseuse) permet de voir si les os s’amincissent. Demandez à votre médecin s’il est possible d’en subir une dans votre localité. Si vous en faites une dès maintenant, votre médecin pourra suivre les changements qui risquent de se produire à l’avenir. Idéalement, on effectue une première mesure (« de référence ») au moment du diagnostic de VIH, puis d’autres à intervalles réguliers par la suite.

La vitamine D3 est importante pour la santé des os, et une carence en celle-ci peut favoriser des pertes osseuses. Les études ont permis de constater que la carence en vitamine D3 est très courante chez les personnes séropositives, et de nombreux experts recommandent la prise régulière de suppléments de cette vitamine. Parlez à votre médecin pour en savoir plus.