Un guide pratique du traitement antirétroviral pour les personnes vivant avec le VIH

4.2 Faire durer un traitement efficace

Comment maintenir l’efficacité du traitement—et l’importance d’éviter les échecs

Quels que soient les médicaments particuliers que vous choisissez, il faut que vous les preniez pour qu’ils soient efficaces. C’est normal, direz-vous, mais ce n’est pas toujours facile de se rappeler de prendre ses médicaments tous les jours à la bonne heure. Or il est très important de respecter l’horaire de votre traitement parce que ces médicaments quittent le corps très rapidement. Il faut que les médicaments antirétroviraux soient toujours présents dans le sang en quantité suffisante pour supprimer le virus. L’objectif de votre horaire de prise de pilules consiste à maintenir des taux de médicaments suffisants dans votre sang. Si vous manquez des doses, il n’y aura plus assez de médicaments dans votre sang pour maîtriser le virus.

Et il y a pire : lorsque les taux de médicaments baissent, le risque de résistance médicamenteuse augmente. (Nous expliquons comment cela se produit à l’Annexe E.) Ainsi, si vous développez une résistance à un médicament, il n’agira plus jamais pour vous. Vous et votre médecin trouverez peut-être une autre option, mais il est préférable de préserver l’efficacité de votre traitement actuel que d’épuiser toutes vos options.

Votre médecin et votre pharmacien auront sans doute des conseils pratiques à vous donner pour vous aider à suivre votre traitement, alors n’oubliez pas d’en discuter avec eux avant de commencer. Voici quelques conseils et astuces utiles :

  • Beaucoup de médecins et pharmaciens recommandent à leurs patients de s’exercer avec des bonbons (Smarties ou pastilles à la menthe, etc.) pendant quelques semaines avant de commencer le traitement. Cela peut sembler simpliste, mais si vous oubliez de prendre vos bonbons, vous saurez d’avance que vous risquez d’avoir des problèmes d’observance thérapeutique.
  • Une fois par semaine, divisez vos pilules en doses quotidiennes et rangez-les dans un pilulier (parfois appelé dosette) ayant des compartiments pour chaque jour de la semaine. Certaines pharmacies emballent les comprimés dans des plaquettes alvéolées correspondant à vos posologies particulières.
  • Si vous avez de la difficulté à prendre vos pilules à l’heure prescrite, songez à porter une montre munie d’une alarme ou à régler l’alarme sur votre cellulaire. Vous pourriez aussi porter un téléavertisseur conçu spécifiquement pour les médicaments (parlez-en à votre pharmacien). Ces appareils peuvent être particulièrement utiles lors des voyages. (De nos jours, la plupart des médicaments demeurent efficaces même si vous ne les prenez pas à la même heure précise chaque jour. Renseignez-vous sur votre marge de manœuvre à cet égard auprès de votre médecin.)
  • Essayez d’insérer votre horaire de prise de médicaments à votre routine quotidienne. Gardez vos médicaments là où vous risquez le moins de les oublier—près de votre lit, dans une armoire de cuisine que vous ouvrez fréquemment ou à tout autre endroit sûr où vous les verrez souvent.
  • Renseignez-vous sur la façon de ranger correctement vos pilules—certains médicaments doivent être réfrigérés. Vérifiez la date de péremption sur l’étiquette de temps en temps.
  • Pour éviter de manquer de médicaments, gardez-en en réserve dans les endroits où vous allez fréquemment, comme chez des proches, au travail (pourvu que vous ne craigniez pas qu’ils soient découverts accidentellement). Si vous partez en voyage, apportez le nombre de pilules dont vous aurez besoin durant votre absence, plus quelques doses supplémentaires en cas d’imprévu.

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Fais en sorte que les médicaments s’adaptent à ta vie, et non le contraire. —Daniel

Si vous avez de la difficulté à prendre vos médicaments comme il faut, n’hésitez pas à demander de l’aide. Les conseils pratiques ci-dessus pourraient vous être utiles. Peut-être souffrez-vous de dépression ou d’un problème de drogue ou d’alcool. Ces problèmes auront un impact sur bien plus que votre observance thérapeutique, alors il est important de les reconnaître et de rechercher des solutions.

Si toutes les astuces au monde ne parviennent pas à vous aider à suivre votre traitement, il vous faudra peut-être essayer une autre combinaison. Il est important d’identifier le problème afin de ne pas répéter les mêmes erreurs. Les questions suivantes vous aideront :

  • Avez-vous eu de la difficulté à respecter une posologie biquotidienne (deux prises par jour) à cause de votre emploi du temps chargé? Si oui, une posologie uniquotidienne (une prise par jour) pourrait résoudre le problème.
  • Avez-vous manqué des doses à cause d’un effet secondaire spécifique? Il pourrait y avoir des moyens de gérer cet effet secondaire, ou vous pourriez choisir un autre médicament moins susceptible de causer le même problème.
  • Est-ce que tout va bien la semaine, puis tout chamboule la fin de semaine? Un peu de réflexion stratégique pourrait vous aider à garder le cap même quand vous êtes « sur le party ». Ou peut-être est-il temps d’examiner votre consommation d’alcool et de drogues pour déterminer si elle vous cause des problèmes.

Vous avez peut-être l’impression de vous faire disputer quand on vous parle d’observance, mais sachez que ce n’est pas la fin du monde si vous manquez occasionnellement une dose. Il n’y a pas lieu de paniquer si vous vous endormez trop tôt, si vous n’avez plus de médicaments au travail ou si vous oubliez tout simplement de temps en temps. Faites de votre mieux en sachant qu’une bonne observance permettra à votre combinaison d’agir le plus longtemps possible et de vous procurer le maximum de bienfaits à long terme.

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Parle à ton médecin et trouve une combinaison qui convient à ton emploi du temps.Si tu n’arrives pas à trouver une combinaison qui convient à ton mode de vie, tu auras toujours des problèmes d’observance.
Troy

S’assurer que les médicaments sont compatibles

Vous faites beaucoup d’efforts pour assurer l’efficacité de votre traitement. Ce serait décourageant de découvrir qu’il est en train d’échouer malgré vos efforts et votre observance quasi-parfaite. Pourtant cela peut se produire lorsqu’un médicament exerce un effet inattendu sur un autre. Des effets secondaires appelés interactions médicamenteuses risquent d’avoir lieu si un médicament empêche le corps d’absorber, d’utiliser ou d’évacuer comme il faut un autre médicament. Dans certains cas, l’interaction peut s’avérer utile. Dans d’autres, elle risque de créer un problème.

Les interactions médicamenteuses ont de nombreux effets différents. Dans certains cas, un médicament peut ralentir la dégradation d’un autre dans le corps. Le taux de celui-ci risque donc d’augmenter, ce qui pourrait augmenter son efficacité, mais au prix de l’intensification des effets secondaires, voire même d’une toxicité. Certaines interactions médicamenteuses ont l’effet contraire : un médicament accélère la dégradation d’un autre. Dans ce cas, l’efficacité de celui-ci risque de diminuer. Si le médicament en question est un médicament antirétroviral, il y a risque de résistance virale (voir l’Annexe E).

Certaines interactions ont également un impact sur le risque d’effets secondaires. Si deux médicaments ont tendance à causer le même effet secondaire, la prise des deux agents en même temps risque d’accroître l’intensité de l’effet secondaire en question. À titre d’exemple, mentionnons que le ddI et le d4T—deux médicaments assez vieux—ont tendance à causer la neuropathie périphérique (lésions nerveuses touchant les mains et les pieds). Comme la combinaison de ces médicaments augmente le risque de neuropathie, le ddI et le d4T ne devraient jamais faire partie de la même combinaison. (Heureusement, ces deux médicaments sont rarement prescrits au Canada, que ce soit seuls ou en combinaison, parce qu’il existe aujourd’hui de nombreux autres médicaments qui se tolèrent mieux.)

Les interactions médicamenteuses ne sont pas toujours évidentes. Elles prennent diverses formes : certaines se produisent immédiatement après que les médicaments sont combinés, alors que pour d’autres, on ne remarque aucun problème évident avant quelques semaines ou plus longtemps.

Il n’existe aucun moyen infaillible d’éviter toutes les interactions médicamenteuses. La plupart des études n’ont examiné que les interactions entre deux médicaments à la fois, et un grand nombre de personnes en prennent beaucoup plus. Quand on ajoute la possibilité d’interactions entre divers médicaments, aliments et plantes médicinales, on voit combien l’enjeu est compliqué. Il n’empêche que vous pouvez prendre plusieurs mesures pour veiller à ce que votre combinaison de traitements comporte le moins de dangers possibles :

  • Assurez-vous que votre médecin et votre pharmacien sont au courant de tout ce que vous prenez—médicaments sur ordonnance et en vente libre, plantes médicinales et suppléments nutritifs, etc. Pour votre prochaine visite, songez à mettre tous les produits que vous prenez dans un sac et montrez-les à votre médecin. Si vous savez que vos rendez-vous sont habituellement trop courts pour le faire, demandez un rendez-vous spécial plus long.
  • Votre pharmacien peut vous aider à éviter les interactions médicamenteuses. Souvent, les pharmaciens sont les membres les mieux informés de votre équipe de soins en ce qui a trait aux médicaments. De plus, ils peuvent habituellement prendre le temps de revoir vos ordonnances, surtout si vous le leur demandez. La plupart des pharmacies disposent maintenant de logiciels informatiques qui les mettent en garde contre les interactions médicamenteuses potentielles, mais il leur faut une liste complète de tout ce que prenez.
  • Certaines interactions médicamenteuses risquent de passer inaperçues si vous avez plus d’un médecin ou si vous utilisez plus d’une pharmacie. Si vous vous faites prescrire des médicaments par plus d’un médecin, avisez chacun d’entre eux de tous les médicaments que vous prenez. Et, dans la mesure du possible, procurez-vous tous vos médicaments à la même pharmacie.
  • Vous n’avez pas besoin de faire vérifier les interactions lors de chaque rendez-vous,mais seulement lorsque votre traitement change. Réexaminez votre liste chaque fois qu’on vous prescrit un nouveau médicament ou que vous décidez d’essayer un nouveau supplément à base de plantes médicinales ou un produit en vente libre. Vous voudrez peut-être montrer à nouveau à votre médecin tout ce que vous prenez.
  • Enfin, il existe un excellent site Web (www.aidsmeds.com— en anglais et espagnol seulement) où vous pourrez vous renseigner davantage sur les interactions médicamenteuses. À partir de la page d’accueil, cliquez sur « My Cool Tools », puis sur « Check My Meds ». Après avoir entré le nom de tous vos médicaments, suppléments nutritionnels, plantes médicinales et même quelques aliments (comme le pamplemousse et l’ail cru, sources connues de certaines interactions), cliquez sur « Check interactions » pour savoir où vous en êtes. Vous pouvez aussi contacter CATIE pour en savoir plus.

Il y a certains médicaments qui ne doivent en aucun cas être utilisés ensemble. Dans un tel cas, la seule solution consiste à ne plus utiliser l’un ou l’autre. Dans d’autres cas, il est possible de continuer d’utiliser vos médicaments, à condition d’apporter certaines modifications.

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Quand faut-il cesser le traitement?

Nous le dirons très simplement : selon l’état actuel des connaissances, le traitement anti-VIH doit durer toute la vie. Nous savons que le VIH peut se tapir à l’intérieur des cellules infectées pendant très longtemps, et il suffit de quelques cellules infectées pour réactiver le processus de réplication du virus lorsqu’on arrête le traitement—pensez à un feu presque éteint qui reprend à partir d’une seule braise.

J’ai décidé d’arrêter de prendre mes médicaments. J’ai averti mon médecin, et il me l’a déconseillé, mais j’avais envie de retrouver un peu de vie. J’ai fini par comprendre que si je ne prenais pas mes médicaments, je mourrais.J’ai mis trois mois pour décider que je voulais vivre, puis j’ai recommencé à prendre mes médicaments.
Paul

Qu’en est-il de prendre des pauses? La liste des avantages est évidente : moins de pilules, moins de dépenses, moins d’effets secondaires et un répit par rapport à la prise constante de médicaments. Certaines personnes ont essayé de prendre des « congés thérapeutiques », soit d’arrêter temporairement leur traitement, mais nous savons qu’à cause du risque élevé de résistance médicamenteuse, ce n’est pas une bonne idée (voir l’Annexe E).

Plusieurs essais cliniques d’envergure ont examiné ce qui se passait lorsqu’on procédait à des interruptions « structurées » ou planifiées du traitement. Lors de ces expériences, les patients cessaient de prendre leurs antirétroviraux pour une certaine période de temps ou en fonction de leur compte de CD4. L’idée était la suivante : tant que le compte de CD4 se maintenait au-dessus d’un certain niveau, les patients pouvaient arrêter leur traitement sans danger et sans tomber malades.

Malheureusement, et à la surprise de nombreuses personnes, les interruptions de traitement se sont avérées plus nuisibles qu’utiles pour de nombreuses personnes vivant avec le VIH. Dans le cadre d’un essai d’envergure, les personnes qui avaient interrompu leur traitement étaient près de trois fois plus susceptibles de mourir ou de contracter des infections graves que les personnes qui poursuivaient leur traitement sans interruption. De plus, le risque de nombreux autres problèmes de santé—cancer, infections potentiellement mortelles, crise cardiaque, AVC, lésions rénales et hépatiques—avait augmenté chez les personnes qui avaient interrompu leur traitement. Bien que l’interruption du traitement ne nuise pas nécessairement à tout le monde—cela peut être relativement sans danger pour les patients ayant un compte de CD4 élevé, par exemple—cette stratégie n’est pas généralement recommandée à cause des risques potentiels. Toute personne qui envisage d’interrompre son traitement devrait en discuter longuement avec son médecin avant de le faire.

Ainsi, il est essentiel d’agir avec prudence lorsqu’on souhaite abandonner tous les médicaments d’une combinaison, afin d’assurer qu’aucune résistance médicamenteuse ne se crée.

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