Un guide pratique du traitement antirétroviral pour les personnes vivant avec le VIH

3.1 La santé globale : Au-delà de la trithérapie

Quand vous vivez avec le VIH, rester en bonne santé ne se résume pas à la prise de médicaments antirétroviraux, même si ces derniers constituent évidemment un élément crucial du traitement. En fait, nous sommes parfois tellement fixés sur les questions de traitement que nous perdons de vue l’essentiel. Une approche « globale » permet de considérer le corps, le cerveau et l’esprit comme un ensemble.

Quelques éléments fondamentaux—manger sainement, se reposer suffisamment, faire régulièrement de l’exercice, porter attention à sa santé émotionnelle et sexuelle—sont très utiles pour vous aider à rester en santé. Ces stratégies établissent une base forte et saine à partir de laquelle vous pourrez mieux composer avec votre maladie chronique et favoriser la réussite du traitement lorsqu’il deviendra nécessaire.Tous ces éléments devraient faire partie de votre plan permanent pour bien vivre avec le VIH, que vous preniez actuellement des médicaments antirétroviraux ou pas.

J’aime manger sainement. J’aimerais faire encore mieux mais malheureusement, ça coûte beaucoup plus cher. Je fais de mon mieux en achetant des choses plus abordables : un peu de laitue, une tomate et du brocoli. Je prends aussi des multivitamines.
—Robyn

Une bonne alimentation

On est ce qu’on mange, dit le dicton, et une saine alimentation revêt une importance particulière pour les personnes vivant avec le VIH. Les besoins nutritionnels des personnes séropositives sont plus importants parce que leur corps doit travailler plus fort pour combattre l’infection chronique causée par le virus. Le VIH risque également de causer des carences en certains nutriments importants, même lors des stades précoces de l’infection durant lesquels le compte de CD4 est encore élevé. En plus d’accélérer la progression de l’infection au VIH, ces carences peuvent causer de nombreux symptômes. Comme pratiquement tous les nutriments connus sont importants pour un aspect ou un autre de la réponse immunitaire, il est bon de maintenir une bonne alimentation.

Alors, qu’est-ce que ça veut dire en termes pratiques? En premier lieu, il s’agit de choisir le plus souvent possible des aliments qui sont bons pour vous. Autrement dit, une alimentation équilibrée et variée. Voici quelques conseils pour vous aider à planifier vos menus quotidiens :

  • Mangez 7 portions de fruits et légumes de couleurs différentes chaque jour.
  • Ajoutez 6 à 8 portions de produits céréaliers (choisissez des glucides complexes non raffinés, tels que le riz brun et les pains, les craquelins et les pâtes de grains entiers).
  • Ajoutez 2 à 3 portions de produits laitiers (lait, yogourt, kéfir) et/ou des substituts (lait de soya ou d’amande).
  • Ajoutez 2 à 3 portions de viande (viande rouge, volaille, poisson) et/ou des substituts (œufs, légumes, tofu, noix).
  • Arrosez le tout de 2 à 3 cuillerées à table de matières grasses et d’huiles; choisissez de bons gras (gras monoinsaturés, comme l’huile d’olive ou de canola) plutôt que des huiles partiellement hydrogénées et des gras « trans ».
  • Buvez beaucoup de liquides bons pour la santé (eau, jus sans sucre, tisanes, etc.; évitez les boissons très sucrées ou remplies de produits chimiques).

Il est également important de veiller à la salubrité des aliments que vous mangez et à la qualité de l’eau que vous buvez. Les personnes immunodéprimées sont plus vulnérables aux maladies causées par des aliments contaminés par des bactéries. Soyez particulièrement prudent lorsque vous voyagez.

Deuxièmement, il est important de prendre des suppléments alimentaires appropriés. Une présence suffisante dans votre alimentation des différents nutriments peut contribuer à ralentir la progression de l’infection au VIH, améliorer vos chances de survie à long terme et réduire ou éliminer un grand nombre des symptômes et effets secondaires des médicaments (fatigue, problèmes de peau, neuropathie, diarrhée et autres troubles digestifs). Pour commencer, choisissez une multivitamine avec minéraux qui vous procure les micronutriments essentiels (comme les vitamines A, B et D3, des minéraux et des minéraux en trace), ainsi que des antioxydants (les vitamines E et C, l’acide alpha-lipoïque, la N-acétyl-cystéine, le sélénium, les caroténoïdes mixtes et la coenzyme Q10).

Dans sa publication intitulée Un guide pratique de la nutrition, CATIE décrit en détail les besoins nutritionnels des personnes vivant avec le VIH.Vous la trouverez en ligne sur le site Web de CATIE ou vous pouvez en commander un exemplaire gratuit auprès du Centre de distribution de CATIE ou au 1-800-263-1638.

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Quand je m’entraîne, je me sens revivre. Au gym, j’ai l’occasion de bavarder avec des gens, alors je me réjouis toujours d’y aller. Mes deux médecins m’ont dit qu’embaucher un entraîneur et commencer à faire de l’exercice étaient les deux choses les plus intelligentes que j’aie jamais faites. Ça me donne l’impression d’être un gagnant.
—Joe

L’exercice

Même si tout le monde n’est pas capable de courir un marathon, les personnes séropositives peuvent tirer de nombreux bienfaits de toutes sortes d’activités différentes. En plus de renforcer votre système immunitaire, l’activité physique régulière vous aidera à maintenir votre masse musculaire, à améliorer votre santé cardiaque et pulmonaire, à gérer votre stress et à combattre la dépression. Faites preuve de modération au début et choisissez à la fois des activités aérobiques (marche, aviron, natation, course à pied, patin ou tout autre exercice qui accélère le rythme cardiaque) et des exercices contre résistance (musculation avec poids et haltères, par exemple). Vous pouvez combiner ces activités dans un exercice, comme l’entraînement en circuit, mais il y en a bien d’autres.

Chaque matin quand je me lève, je fais brûler de la sauge—c’est un rituel indien qui me permet de purifier l’énergie autour de moi. Je fais brûler la sauge dans un coquillage, et son odeur est très sucrée. J’ai appris cela auprès de personnes des Premières nations du Canada. Ce rituel m’aide à soulager ma dépression et à maintenir une attitude positive. Il me fait comprendre qu’hier est fini et que je peux commencer une nouvelle journée. —Minneh

Les thérapies complémentaires

Le terme thérapies complémentaires décrit une grande gamme de pratiques différentes. La définition la plus simple est peut-être la suivante : une médecine complémentaire est toute pratique à visée thérapeutique qui n’est pas considérée comme un élément de la médecine conventionnelle occidentale (c’est-à-dire les soins que vous recevez typiquement de la part de votre médecin, dans les cliniques VIH et à l’hôpital). Les thérapies complémentaires s’ajoutent à la médecine conventionnelle occidentale et ne sont pas utilisées en lieu et place de celle-ci. Les deux pratiques se complètent, et vous pouvez vous en servir à votre guise. On se sert aussi des termes médecines douces, médecines complémentaires, médecines parallèles et d’autres encore pour décrire ces approches thérapeutiques.

Il existe de nombreuses sortes de thérapies complémentaires, telles que l’aromathérapie, le yoga, les plantes médicinales et l’homéopathie.Certaines pratiques,telles que le massage et d’autres approches fondées sur le toucher, sont surtout axées sur le corps physique. Il reste que même une thérapie physique comme le massage peut exercer de profonds effets sur votre santé mentale et émotionnelle en facilitant la détente et la maîtrise du stress. De nombreuses autres thérapies complémentaires visent à vous aider non seulement sur le plan physique, mais aussi sur les plans mental, émotionnel et spirituel.

CATIE a publié deux ouvrages qui examinent ces sujets plus en détail : Un guide pratique des thérapies complémentaires et Un guide pratique des plantes médicinales. Vous les trouverez en ligne, sur le site Web de CATIE ou vous pouvez en commander un exemplaire gratuitement auprès du Centre de distribution de CATIE ou au 1-800-263-1638.

Programmer son esprit pour améliorer sa santé

L’esprit a le pouvoir extraordinaire d’aider le corps à guérir, et le pouvoir de l’espoir est une des meilleures armes dont vous disposez pour accroître vos chances de survie.Toute stratégie qui permet d’atténuer le stress, de créer l’espoir et de maintenir une attitude positive—que ce soit le yoga, la méditation, la pensée positive, les affirmations, la prière, le massage, les groupes de soutien ou quoi que ce soit d’autre—peut être d’une aide précieuse.

Je ne me considère pas comme une victime. Je sais que j’ai une place dans l’univers et que le VIH n’est qu’un seul aspect de ma vie. J’ai enfin fait la paix avec le VIH. Il fait son truc, je fais le mien—on peut vivre ensemble.
—Devan

La dépression et la consommation de drogues

Il arrive à tout le monde d’avoir des moments de dépression ou de tristesse.Toutefois, certaines personnes n’arrivent pas à se débarrasser de leur tristesse ou désespoir, et ceux-ci s’accompagnent souvent d’une baisse d’énergie, de troubles du sommeil, de l’alimentation ou de la concentration. Dans les cas extrêmes, certaines personnes songent même à se faire du mal ou à se suicider.

Cette maladie, que l’on appelle dépression, est courante chez les personnes vivant avec le VIH. Un grand nombre d’entre elles se sentent déprimées à un moment de leur vie.Comme d’autres troubles psychologiques, la dépression nuit à la qualité de vie d’une personne et à l’aptitude du système immunitaire à lutter efficacement contre le VIH. De plus,les personnes déprimées ont plus de difficulté à respecter leurs routines habituelles, comme prendre leurs médicaments à une heure fixe, ou même manger et dormir.

La dépression ne se résume pas toujours à un sentiment de tristesse. Elle peut aussi causer de l’irritabilité, de l’agitation et de la nervosité. Certaines personnes souffrant de dépression perdent l’appétit et du poids, tandis que d’autres mangent excessivement et prennent du poids. Alors, si vous vous sentez déprimé ou si votre caractère change, parlez-en à votre médecin.

Si vous êtes déprimé, vous pouvez trouver de l’aide. La bonne nouvelle est que la majorité des personnes déprimées se sentent mieux grâce à des soins et à un traitement appropriés. Il est important de rechercher du soutien auprès d’un médecin ou d’un conseiller, afin que le problème puisse être diagnostiqué et traité.

Lorsque je prenais soin d’un ami qui était accro au crystal meth, je me suis laissé tenter et j’en suis devenu dépendant moi aussi. Cela a continué pendant un an. Mon ami est parti depuis 14 mois et je ne consomme plus. Arrêter le crystal meth n’a pas été facile, mais j’ai réussi grâce au soutien de ma famille et de mes amis. —Damien

L’alcool et les drogues font partie de la vie de beaucoup de gens. Certaines personnes ont simplement du plaisir à boire quelques verres ou aiment atténuer le stress du quotidien en faisant la fête la fin de semaine. Il reste que l’alcool et les drogues peuvent devenir un problème, surtout s’ils vous empêchent de prendre bien soin de vous, par exemple en vous amenant à sauter quelques prises d’antirétroviraux, à prendre des risques sexuels que vous regretterez plus tard, à dépenser de l’argent dont vous avez besoin pour d’autres choses ou à négliger votre santé de toute autre manière. De plus, les drogues risquent d’interagir avec vos médicaments, ce qui pourrait causer de graves problèmes (voir S'assurer que les médicaments sont compatibles). Il faut parler de cette question avec votre médecin ou pharmacien.

Le stress et les défis associés au VIH poussent certaines personnes séropositives à consommer davantage d’alcool et de drogues. Il se peut que les drogues les aident à faire face à leur diagnostic, mais, à la longue, elles risquent de les empêcher de surmonter leurs véritables problèmes. Les drogues et l’alcool créent aussi une dépendance physique et psychologique chez certaines personnes; quand cela arrive, il faut de l’aide professionnelle pour arrêter. Si vous consommez de l’alcool ou de la drogue, il est important d’en parler honnêtement avec votre médecin. (Si cela n’est pas possible, essayez de trouver un conseiller à qui vous pouvez parler en toute franchise. De nombreux organismes de lutte contre le sida peuvent vous diriger vers des ressources fiables.) Si la drogue ou l’alcool commence à compromettre votre santé physique ou mentale, votre vie sociale ou votre situation financière, ou si vos proches commencent à s’inquiéter pour vous, il est peut-être temps de remettre votre consommation en question. Vous pouvez trouver de l’aide; n’ayez pas peur d’en demander si vous croyez en avoir besoin. Il existe dans plusieurs régions des programmes de traitement de la toxicomanie destinés aux personnes qui veulent reprendre le contrôle de leur consommation de drogues ou d’alcool.

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Le tabagisme est un des plus grands problèmes affectant la santé des personnes séropositives. Vous savez déjà sans doute que la cigarette cause, entre autres, le cancer du poumon et des maladies pulmonaires et augmente grandement le risque de crise cardiaque et d’accident vasculaire cérébral. Le fait d’être porteur du VIH rend la cigarette plus dangereuse encore pour votre santé. Si vous fumez, faites votre possible pour arrêter. Votre médecin pourra vous aider.