En quoi consiste le programme?
Le programme de dépistage mobile des ITSS à SWAN Vancouver (SWAN) permet aux immigrantes, aux migrantes et aux personnes de genre divers qui se livrent au travail du sexe en intérieur de se faire tester pour les infections transmissibles sexuellement et par le sang, comme le VIH, les hépatites B et C ainsi que la syphilis, directement sur leur lieu de travail. Le test est gratuit et administré de manière anonyme; il a pour objectif d’offrir des services à bas seuil d’accessibilité aux personnes qui pourraient se heurter à des obstacles pour accéder à des espaces de soins de santé plus traditionnels. Le programme fonctionne en partenariat avec le Centre des maladies infectieuses de Vancouver (Vancouver Infectious Diseases Centre, ou VIDC), dont le personnel aide à assurer le suivi et à fournir des soins.
SWAN Vancouver fait la promotion des droits, de la santé et de la sécurité des immigrantes, des migrantes et des personnes de genre divers qui se livrent au travail du sexe en intérieur en offrant des services de première ligne et en menant des initiatives systémiques de défense de ces droits. Cela comprend les services permettant d’aborder les préoccupations de la clientèle à l’égard de la loi, de l’immigration et de la sécurité.
Raison d’être du programme
Le programme de dépistage mobile des ITSS a été créé pour réduire les obstacles que rencontrent les immigrantes, les migrantes et des personnes de genre divers qui se livrent au travail du sexe en intérieur pour accéder à des services de dépistage. En effet, cette communauté peut être confrontée à de nombreux obstacles pour y accéder, notamment la stigmatisation et la discrimination au sein du système de santé, les barrières linguistiques, les enjeux liés à la confidentialité ainsi que le souhait d’éviter des situations qui pourraient compromettre leur statut d’immigration ou entraîner une arrestation, voire une expulsion du pays.
Le programme a été élaboré en réponse aux commentaires du groupe consultatif de SWAN, qui se compose de femmes et de personnes de genre divers ayant une expérience vécue. Ces personnes orientent les programmes et les approches de défense des droits de l’organisme. L’objectif du programme vise à décentraliser les services en les offrant là où les membres de la communauté travaillent et à aborder les obstacles liés à la sécurité et à la confidentialité. Le projet pilote du programme a été lancé en août 2025 grâce au financement de l’Autorité provinciale des services de santé (Provincial Health Services Authority).
Mise en œuvre du programme
Le programme de dépistage mobile des ITSS permet d’offrir des services de dépistage directement sur les lieux de travail, plus précisément là où la communauté se livre au travail du sexe en intérieur (p. ex., salons de massage, appartements, condos ou tout autre endroit où les participant·e·s se sentent le plus à l’aise). Le programme utilise un modèle de transfert des tâches. Selon ce modèle, le personnel de SWAN (des prestataires non cliniques) effectue ou facilite les tests de dépistage sur les lieux de travail, avant de transporter les échantillons au laboratoire à des fins d’analyse. Pour soutenir ce projet, SWAN collabore avec le Centre des maladies infectieuses de Vancouver (VIDC), dont le personnel travaille avec celui de SWAN afin d’aider les personnes à accéder au traitement et à le suivre jusqu’à son terme lorsque nécessaire.
Le programme utilise un modèle d’intervention de proximité. Il a débuté en offrant des services de dépistage des ITSS sur des lieux de travail où le matériel nécessaire pour la réduction des méfaits (p. ex. condoms [internes et externes], lubrifiant, équipement de protection individuelle [gants, masques, désinfectant pour les mains, lingettes désinfectantes], matériel pour une utilisation à moindres risques des substances) était déjà distribué par SWAN. Le programme s’est depuis élargi pour inclure d’autres lieux de travail. Les séances qui se déroulent sur ces lieux de travail sont planifiées et un rappel avec une heure d’arrivée approximative est envoyé la veille. Le programme se rend sur les mêmes lieux de travail selon un cycle de trois à six mois pour répéter la séance qui est promue de diverses manières, notamment dans le SWANzine trimestriel, dans la communauté, grâce à des aiguillages venant d’autres programmes de SWAN et au bouche-à-oreille. Un service de dépistage sans rendez-vous est également offert au bureau de SWAN pendant les heures normales d’ouverture pour les personnes qui préfèrent passer un test à cet endroit.
Le personnel de SWAN apporte tout le matériel nécessaire pour effectuer des tests de dépistage de l’infection à Chlamydia, de la gonorrhée, des hépatites B et C, du VIH et de la syphilis. Lorsque le personnel de SWAN arrive sur les lieux de travail, les participant·e·s peuvent lui demander quels tests de dépistage ils et elles souhaitent passer. Les participant·e·s peuvent utiliser un pseudonyme et une date de naissance différente de la leur pendant la séance de dépistage pour protéger leur confidentialité. Ils et elles doivent cependant se souvenir de ces renseignements pour pouvoir être orienté∙e∙s vers les soins en cas de résultat positif. Si le ou la participant·e utilise un pseudonyme, un membre du personnel de SWAN inscrit le nom choisi et la date de naissance indiquée sur une carte de rappel. Un numéro de téléphone valide ou une autre méthode de communication doit être fournie pour que le personnel puisse faire un suivi auprès de la personne en cas de résultat positif.
Le test de dépistage du VIH, des hépatites B et C et de la syphilis se fait grâce aux tests basés sur des gouttes de sang séché (GSS); cette méthode consiste à prélever quelques gouttes de sang par piqûre au doigt. Le Laboratoire national de services de référence pour le VIH (LNSRV) — Programme GSS — a donné une formation portant sur la manière de recueillir et de transporter les échantillons au personnel de SWAN. Les tests basés sur des GSS sont soit autoadministrés ou administrés par le personnel. Le test de dépistage des hépatites B et C, ainsi que du VIH, comprend un test de confirmation qui est effectué à l’aide de la carte de goutte de sang séché. En revanche, le test de dépistage de la syphilis ne permet pas de la confirmer et un prélèvement sanguin supplémentaire est nécessaire pour confirmer une nouvelle infection. Le personnel de SWAN aide les membres de la communauté à accéder à ce test dans les cliniques locales. Le test de dépistage de l’infection à Chlamydia et de la gonorrhée s’effectue à partir d’un échantillon d’urine.
Après la collecte des échantillons, le personnel de SWAN les apporte au laboratoire de santé publique du Centre de contrôle des maladies de la Colombie-Britannique (BC Centre for Disease Control [BCCDC]), où ils sont traités. Les échantillons de GSS sont ensuite envoyés au Laboratoire national de microbiologie à Winnipeg pour y être traités; les échantillons d’urine sont quant à eux analysés par le Laboratoire de santé publique du BCCDC. Les résultats sont disponibles dans les deux à quatre semaines. Le BCDCC remet les résultats au personnel du VIDC qui les transmet à son tour au personnel de SWAN pour pouvoir soutenir et faire le suivi avec les membres de la communauté.
Tous les membres du personnel de première ligne de SWAN parlent plusieurs langues et peuvent aider à offrir des services d’interprétation au besoin pendant le suivi en cas de résultat positif au test. Le personnel de SWAN et celui du VIDC travaillent main dans la main pour avertir les personnes participantes des résultats positifs et faciliter l’accès aux soins et au traitement.
Les rendez-vous de suivi sont généralement effectués par téléphone et peuvent être offerts dans plusieurs langues (p. ex. mandarin, cantonais, japonais ou anglais). Un·e médecin ou un·e infirmier·ière du VIDC et un membre du personnel de SWAN participent à ces appels, le personnel de SWAN assurant l’interprétation au besoin. Le VIDC peut également organiser, sans frais, une échographie du foie pour les membres de la communauté lorsque cela est nécessaire.
Les médicaments nécessaires au traitement sont fournis gratuitement aux personnes qui en ont besoin. Pour assurer la distribution confidentielle des médicaments, le personnel de SWAN peut les récupérer au VIDC et les remettre aux participant·e·s sur simple demande. Les personnes dont le résultat est positif au VIH ou à l’hépatite C peuvent être orientées vers le VIDC ou vers la Clinique Oak Tree pour recevoir un traitement et des soins continus. Le personnel de SWAN peut également offrir un soutien continu en orientant les membres de la communauté vers d’autres services et prestataires de soins de santé et en les accompagnant à leurs rendez-vous afin de leur fournir des services d’interprétation et un soutien émotionnel.
Ressources nécessaires
- Matériel nécessaire pour les tests basés sur les GSS et ceux basés sur l’urine (p. ex., lancettes, tampons alcoolisés, gants sans latex, cartes de gouttes de sang séché, cartes de prélèvement sanguin, contenants pour échantillons d’urine, sacs à déchets à risque biologique, glacière, blocs réfrigérants, contenants en plastique)
- Manuel portant sur les tests de dépistage pour guider le personnel tout au long du processus
- Un partenariat avec un prestataire de services cliniques pour la délivrance d’ordonnances d’analyse et tout service thérapeutique nécessaire
- Des véhicules pour transporter le matériel
- Formation du personnel non clinique portant sur la réalisation des prélèvements et le transport des échantillons
Évaluation
De septembre 2025 à mars 2026, 94 personnes ont eu accès aux tests de dépistage dans le cadre du programme. Parmi ces personnes, 177 tests ont été réalisés (84 tests basés sur les GSS et 93 tests basés sur l’urine). Le taux de dépistage a augmenté à partir de janvier 2026, car le bouche-à-oreille a commencé à fonctionner et la nouvelle s’est ébruitée.
Le programme utilise un formulaire de rétroaction anonyme destiné à la clientèle; il permet de recueillir des informations sur le sentiment de sécurité, le respect de la vie privée et la facilité d’utilisation du programme. Il comporte aussi des questions ouvertes portant sur les améliorations potentielles du programme. La rétroaction est facultative et le formulaire est disponible en anglais, en chinois simplifié et en japonais. Au total, 32 réponses ont été reçues. Les principales raisons pour lesquelles les répondant∙e∙s ont indiqué avoir eu recours au programme sont les suivantes :
- la commodité (p. ex., c’est le programme qui s’adapte aux gens et à leur horaire, et non l’inverse);
- la sécurité et la confidentialité;
- le fait que le service est gratuit/qu’il n’y a pas de frais médicaux;
- l’offre de soins et de soutien bienveillants, sans jugement et axés sur l’accompagnement.
Des commentaires supplémentaires recueillis dans le cadre du sondage indiquent que quelques répondant∙e∙s souhaitent que le programme comprenne plus de services généraux en santé reproductive et en gynécologie (p. ex., le dépistage par prélèvement pour la vaginose bactérienne et les infections des voies urinaires), mais aussi que le dépistage du cancer du col de l’utérus soit effectué.
Difficultés
- L’équipe de SWAN se compose de personnel non clinique n’ayant pas de formation formelle en soins de santé, ce qui a nécessité une période d’apprentissage au début du programme. Il a fallu du temps pour définir les meilleurs processus concernant l’étiquetage, le transport et le dépôt des échantillons ainsi que le remplissage des demandes d’analyse de laboratoire.
- Alors que le programme avait dépassé sa phase pilote, l’équipe de SWAN a dû décider comment l’offrir durablement. C’est une petite équipe et bon nombre de ses membres participent déjà à des programmes de première ligne. La capacité du personnel et le financement peuvent constituer des défis importants et doivent être pris en considération.
Expériences tirées
- Veiller à ce que le rôle de chaque membre du personnel soit clairement défini dans le processus de dépistage. Cette approche peut simplifier le processus et permettre au personnel de se sentir plus à l’aise en connaissant précisément ses responsabilités. Le processus de dépistage peut se dérouler à un rythme rapide et comporter plusieurs éléments mobiles; attribuer clairement les tâches permet donc d’éviter de manquer certaines choses.
- Prévoir une personne-ressource travaillant dans le domaine des soins de santé clinique qui puisse répondre aux questions et soutenir le personnel, particulièrement lorsque celui-ci ne possède pas d’expérience clinique.
- Il est important de porter une attention particulière à la façon dont le matériel de dépistage et les fournitures de réduction des méfaits sont transportés vers et depuis les différents endroits, afin d’assurer la discrétion et de protéger la confidentialité des participant·e·s.
- Préparer un manuel sur le dépistage le plus tôt possible, car il est essentiel d’avoir un document de référence sous la main auquel le personnel peut se référer. Le manuel de dépistage de SWAN est un document vivant qui est constamment mis à jour.
- Être réaliste quant au nombre d’endroits où il est possible d’offrir ces tests de dépistage et à quelle fréquence ils peuvent être offerts. Le personnel de SWAN a consacré beaucoup de temps à composer les horaires, à décider des endroits et des horaires les plus appropriés pour organiser les séances pour qu’elles soient aussi efficaces et réalistes que possible. La planification des horaires permet également de s’assurer de l’acheminement en temps opportun des échantillons au laboratoire.
- Connaissez les besoins de votre communauté et adaptez votre approche en conséquence. L’équipe de SWAN a adapté ses méthodes afin d’être plus flexible; pour cela, elle a offert les tests au bureau pendant les heures de bureau habituelles aux membres de la communauté qui trouvaient cette option plus pratique. L’équipe a également commencé à apporter des mini trousses de dépistage (c.-à-d. des trousses contenant le matériel nécessaire pour une seule personne) lors de ses visites de proximité et ses livraisons de matériel, pour que les gens puissent voir à quoi il ressemblait et pour effectuer un test lors des visites d’intervention de proximité.
- Puisque les tests basés sur les GSS pourraient être une nouvelle approche pour certaines personnes, il pourrait être utile de les introduire graduellement (c.-à-d. les gens pourraient commencer par les tests basés sur l’urine uniquement si cette méthode les met plus à l’aise). Les informations concernant les tests basés sur les GSS peuvent être remises en main propre pour que les personnes puissent voir le matériel, poser des questions à ce sujet et prendre une décision en fonction de ce qu’elles se sentent à l’aise de faire.
- L’apprentissage et le réapprentissage font partie du processus — c’est normal de se tromper. Abordez le programme en vous attendant à un processus d’apprentissage. Vous ferez des fautes, mais l’important est de savoir les reconnaître, d’en tirer des leçons et d’aller de l’avant.
Ressources
- Formulaire de suivi (en anglais)
- Questions pour le sondage de rétroaction (en anglais)
Personne-ressource
Chantel Lee
Coordinatrice des projets communautaires
SWAN Vancouver
chantel@swanvancouver.ca