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Projet HEAL, programme de dépistage de l’hépatite C et d’arrimage aux soins 


San Francisco, Californie, É.-U.
2021

Le Projet HEAL (Hepatitis C Engagement and Accessible Linkage) a fait passer des tests et a soigné les personnes sans-abri ou mal-logées ayant eu accès à des services d’un réseau de centres de santé communautaire, de refuges et de centres de réduction des méfaits. Ayant recours à un coordonnataire de soins et à du personnel infirmier praticien à temps plein, ce programme a réussi à engager les personnes marginalisées dans leurs soins pour traiter l’hépatite C. Des 6 767 personnes ayant fait un test, 6,5 % ont été diagnostiquées d’une infection. Parmi ces dernières, 85 % ont été arrimées aux soins. Cette étude suggère que les personnes sans-abri sont plus susceptibles de participer à des soins pour traiter leur hépatite C lorsque ces derniers sont intégrés aux services auxquels elles ont déjà accès au sein de leur communauté. 

Description du programme

Le Projet HEAL a été lancé par Los Angeles Christian Health Centers, un organisme dirigeant un réseau de cliniques et de sites satellites qui fournissent des services de santé dans les quartiers à faible revenu de la région métropolitaine de Los Angeles. Le Projet HEAL a été créé pour offrir des services de dépistage, de traitement et de coordination de soins liés à l’hépatite C dans 11 sites œuvrant auprès de communautés mal desservies, et qui travaillent principalement avec des personnes sans-abri ou mal-logées. Ces sites sont associés à d’autres services communautaires, comme des refuges, des centres de réduction des méfaits et des cliniques pour les personnes récemment sorties de prisons. 

Entre octobre 2016 et mars 2019, on a testé pour l’hépatite C toutes les personnes admissibles visitant des centres de santé, conformément aux recommandations émises par les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies des États-Unis. Les critères d’admissibilité incluaient : être né entre 1945 et 1965 et présenter des facteurs de risque pour l’hépatite C, comme la consommation de substances. Lorsqu’une personne obtenait un résultat positif pour l’hépatite C du laboratoire de dépistage, son échantillon subissait automatiquement un test de confirmation.

Pour les personnes obtenant un diagnostic confirmé d’hépatite C active, un système électronique de tenue des dossiers médicaux envoyait une alerte automatisée à un coordonnataire de soins à temps plein. Le coordonnataire de soins communiquait par téléphone avec chaque personne ayant obtenu un résultat positif dans les trois jours pour fixer un rendez-vous médical. Si une personne ne pouvait pas être jointe par téléphone, le coordonnataire de soins envoyait jusqu’à deux lettres à l’adresse fournie par la personne (parfois une case postale ou l’adresse d’un refuge). Le coordonnataire de soins visitait également les refuges du quartier pour essayer d’établir un lien avec les personnes qui n’avaient pas pu être contactées par téléphone ou par la poste.

Lors du rendez-vous médical, la clinique évaluait l’admissibilité et l’état de préparation de la personne face au traitement. De plus, le personnel abordait les questions concernant la couverture d’assurances et la prise en charge. Le personnel infirmier praticien s’occupait du traitement et effectuait les examens diagnostiques, comme une évaluation du foie, les vaccinations contre l’hépatite A et B et des analyses sanguines additionnelles. Les clients nécessitant un traitement plus complexe, comme ceux présentant une cirrhose décompensée ou une co-infection à l’hépatite B, étaient aiguillés vers un spécialiste du foie ou du système digestif qui n’était pas affilié au programme.

Pendant le traitement, toutes les deux semaines, le coordonnataire de soins communiquait par téléphone avec chaque client pour vérifier son observance thérapeutique et le seconder dans le renouvellement de son ordonnance. Ils fixaient également des rendez-vous pour faire tester leur charge virale à la quatrième, à la huitième et à la douzième semaine de traitement. On demandait aux personnes n’ayant pas de téléphone de retourner à la clinique aux deux semaines et on leur donnait une carte de rendez-vous indiquant la date à laquelle se présenter pour un test de dépistage à la fin du traitement. Au besoin, les clients pouvaient récupérer leurs renouvellements de médicaments à la clinique lors de leurs visites aux deux semaines.  

Conclusions

Dépistage et arrimage aux soins

Entre octobre 2016 et mars 2019, le Projet HEAL a fait passer un test de dépistage à 6 767 personnes à partir de 11 sites, parmi ces personnes 11 % (769/6 767) ont obtenu un résultat positif aux anticorps pour l’hépatite C. Les personnes ayant obtenu un test positif étaient principalement des hommes (73 %), soit noirs (34 %) ou hispaniques (38 %).

Parmi les personnes ayant obtenu un test positif, 58 % (443/769) étaient atteintes d’une infection confirmée à l’hépatite C. Environ 85 % (375/443) de ces personnes sont retournées pour obtenir leurs résultats de laboratoire et elles ont été arrimées aux soins. Parmi celles prises en charge, 46 % (173/375) n’avaient aucune connaissance jusqu’à ce moment-là de leur statut d’hépatite C.

Traitement

Le programme de traitement s’est déroulé de mars 2017 à mars 2019, et 59 clients ont commencé le traitement. Parmi ces derniers, 90 % n’avaient jamais suivi de traitement contre l’hépatite C. Trente-neuf pour cent avaient déjà utilisé des drogues injectables (personne n’a utilisé de drogues durant l’étude). Parmi les personnes ayant commencé le traitement, 95 % (56/59) l’ont terminé; une personne a abandonné le traitement et deux autres ont été perdues lors du suivi.

Parmi les clients ayant terminé le traitement, il a été confirmé que 49 d’entre eux avaient été guéris à la suite du traitement. Sept personnes ont été perdues lors du suivi avant que la guérison après le traitement ait pu être confirmée, même si, tout au cours de la durée du traitement, elles avaient présenté une suppression virale.

Une différence relativement importante séparait le nombre de personnes arrimées aux soins et le nombre de personnes qui avaient commencé le traitement (seulement 59 des 375 qui avaient été arrimées aux soins avaient commencé le traitement). Les auteurs ont attribué cette différence au nombre restreint de prestataires formés pour offrir le traitement contre l’hépatite C et aux enjeux entourant l’admissibilité à une couverture du traitement par Medicaid.

Qu’est-ce que cela signifie pour les prestataires de services?

Cette étude démontre que les soins communautaires liés à l’hépatite C sont efficaces pour faire participer les populations sans-abri ou mal-logées et les guérir. La clé de la réussite de ce programme résidait dans le fait qu’un coordonnataire à temps plein réussissait à faire participer les personnes tout en les appuyant au long de leur traitement. Puisqu’il n’est pas facile de joindre par téléphone ou par la poste nombre de personnes sans-abri ou mal-logées, il est crucial que des interventions supplémentaires de proximité dans les sites communautaires, comme les refuges, aient lieu.

Aux soins liés à l’hépatite C, il est également efficace d’intégrer de la réduction des méfaits, des services communautaires et d’hébergement. Les personnes marginalisées présentent un risque élevé de contracter l’hépatite C et, souvent, elles ne sont pas engagées dans le système de soins de santé et on ne pourrait les joindre autrement. L’intégration des soins liés à l’hépatite C peut accroître la commodité et réduire la stigmatisation à laquelle ces personnes font face dans d’autres milieux de soins de santé. Effectuer un dépistage à grande échelle s’est révélé important, d’autant plus que plusieurs clients ne connaissaient pas leur statut d’hépatite C et n’auraient autrement pas choisi de passer un test.

Bien que tout s’y prédisposait, seulement un nombre relativement faible de personnes ont commencé le traitement lors de cette étude (59 sur les 375 personnes arrimées aux soins). Cela s’explique en partie par un manque de prestataires formés pour offrir le traitement de l’hépatite C. Toutefois, des solutions, comme le fait de partager les services de prestataires entre les sites et d’accroître le nombre de prestataires non spécialisés (p. ex. des infirmières praticiennes) à être formés pour offrir le traitement de l’hépatite C, pourraient aider à résoudre ce problème.

En outre, le faible nombre de personnes ayant commencé le traitement était dû au fait que le régime public d’assurance-maladie ne couvrait que les personnes présentant des dommages hépatiques avancés. Cependant, depuis que cette étude s’est déroulée, de nombreuses régions ont allégé les restrictions, assouplissant les critères d’admissibilité pour que plus de personnes soient traitées. Au Canada, le traitement est dorénavant couvert par les régimes publics d’assurances-maladie pour la plupart des personnes.

Ressources connexes

Check Hep C – sommaire de données probantes

Arrimage aux soins de l’hépatite C par l’entremise d’une infirmière de liaison à la clinique des maladies infectieuses de l’Université de Virginie - sommaire de données probantes

Programme de lutte contre l’hépatite C « Connais ton statut » au sein de la Première Nation Ahtahkakoop – étude de cas

Dépistage de l’hépatite C au point de service par des travailleurs communautaires pairs – sommaire de données probantes

Références

Benitaz T, Fernando S, Amini C et al. Geographically focused collocated hepatitis C screening and treatment in Los Angeles’s Skid Row. Digestive Diseases and Sciences. 2020;65:3023–3031.