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Le programme de sites satellites de réduction des méfaits 

Centre de santé communautaire Parkdale Queen Ouest
Toronto, ON
2020

Mise en œuvre du programme

Le Programme de sites satellites de réduction des méfaits est offert depuis deux sites du CSCPQO. Les TSS sont établis dans des immeubles résidentiels de la région de service du CSCPQO. Ils distribuent du matériel de réduction des méfaits et fournissent de l’éducation (p. ex., à propos des pratiques d’injection plus sécuritaires) et des informations (p. ex., des recommandations à des intervenants communautaires et des alertes concernant les cas de mauvaises drogues) à leurs voisins dans les immeubles prioritaires (c.-à-d. les sites satellites).

Les immeubles prioritaires pour l’offre de soutien en réduction des méfaits ont été identifiés par le biais d’une évaluation des besoins en collaboration avec des membres de la communauté. On a maintenant recours à diverses autres sources d’information afin de déterminer quels sont les immeubles prioritaires, entre autres :

  • des équipes de travailleurs de rue;
  • les données des services d’urgence de Toronto concernant les appels en situation de surdose, afin de repérer les « points chauds » où du soutien est requis;
  • la communication avec les clients et membres de la communauté qui ont recours à des services du CSCPQO; et
  • des consultations continues avec l’ensemble de la communauté de personnes qui consomment des drogues, par le biais d’un groupe consultatif communautaire (GCC).

Le GCC conseille le CSCPQO pour toutes les facettes du programme, ce qui fait en sorte que celui-ci a continuellement « une oreille au sol ». Le GCC se compose de membres de populations prioritaires dans la communauté ainsi que de représentants et de pairs intervenants d’organismes partenaires. Il compte entre 8 et 12 membres et se réunit sur une base trimestrielle.

Les employés du programme sont des TSS qui habitent dans les immeubles prioritaires identifiés. On recrute des TSS par le biais du bouche-à-oreille et de recommandations formulées par des membres de la communauté. Il arrive également qu’on choisisse des TSS parce qu’ils se rendent dans l’un ou l’autre des deux sites du CSCPQO afin de se procurer de grandes quantités de matériel pour leurs amis et/ou voisins. Le processus du recrutement inclut la publication d’une offre d’emploi ainsi qu’une entrevue. Le coordonnateur du programme et les TSS actifs s’occupent du recrutement (p. ex., l’annonce des postes à pourvoir et la tenue des entrevues). Les TSS sont des individus de confiance bien connus des communautés dont ils font partie et ils sont très familiers avec le milieu local de la drogue.

Au moment où nous rédigeons cet article, le programme du CSCPQO compte 10 TSS actifs, qui fournissent tous les mêmes services essentiels à partir de leur lieu de résidence :

  • distribution de matériel de réduction des méfaits;
  • distribution de trousses de naloxone;
  • formation à la réponse aux surdoses;
  • recommandations d’autres services (p. ex., orientation vers des soins primaires, vers une assistance juridique pour des besoins de logement et vers des pairs navigateurs en matière de santé pouvant accompagner un client lors d’un rendez-vous);
  • soutien et éducation en matière de pratiques plus sécuritaires d’injection, y compris pour la prévention du VIH et de l’hépatite C, les soins des veines et la prévention des infections cutanées;
  • partage d’information importante et pressante à connaître (p. ex., des informations sur des lots de drogues contaminées, des recommandations de services communautaires et, pour les travailleurs du sexe, des informations sur des listes de « mauvais clients »).  

De plus, certains TSS permettent à des clients dignes de confiance de consommer des drogues dans leur résidence, offrant ainsi une supervision de la consommation de drogues à des fins de sécurité en cas de surdose ou d’autre effet indésirable. Certains TSS deviennent des pairs leaders, c.-à-d. des TSS dont les heures de travail et les responsabilités sont élargies (p. ex., pour organiser des événements de promotion de la santé dans des immeubles résidentiels).

Une fois par semaine, les TSS vont se procurer le matériel de réduction des méfaits qu’ils distribuent. Leurs tâches incluent de consigner le nombre de personnes qu’ils rencontrent et les quantités de matériel qu’ils distribuent dans des feuillets hebdomadaires de statistiques anonymes. Ils établissent eux-mêmes leur horaire de travail; celui-ci peut être flexible et vise souvent des plages horaires externes aux heures d’ouverture du centre de santé communautaire proprement dit. On s’attend à ce qu’un TSS passe chaque semaine entre quatre et six heures à distribuer du matériel. Toutefois, les TSS ne travaillent pas sur appel et on fait des efforts pour qu’ils ne soient pas sollicités à excès, dans leur rôle.

Généralement, les personnes entendent parler du programme par le bouche-à-oreille. La plupart des TSS travaillent dans la discrétion afin de protéger leur propre vie privée, mais certains d’entre eux choisissent de faire connaître leurs services par divers moyens (p. ex., en affichant un dépliant sur leur porte) s’ils s’en sentent à l’aise.

L’obtention de l’appui de la direction ou de l’exploitant d’un immeuble résidentiel n’est nécessaire que lorsque le TSS a l’impression que cela serait utile et que la demande serait bien reçue. Des immeubles identifiés se montrent parfois réceptifs à accueillir un TSS en raison du rôle d’aidant que celui-ci peut jouer (p. ex., pour favoriser la mise au rebut sécuritaire des seringues ou pour renverser des surdoses). L’obtention de l’appui des fournisseurs de logement peut faire l’objet d’une démarche à long terme et continue. De plus, le coordonnateur du programme, des pairs leaders ou d’autres travailleurs de proximité effectuent un travail d’approche auprès de certains immeubles afin d’accroître leur appui ou de répondre à des idées erronées au sujet de la réduction des méfaits.

Comme les TSS jouent un rôle informel, en utilisant leurs propres réseaux, il n’y a pas de protocole d’entente formel entre le programme et les immeubles où les TSS travaillent. Il est toutefois fréquent que des initiatives de promotion de la santé (p. ex., un événement portes ouvertes, une foire de santé dans le hall d’entrée d’un immeuble) ou de soins infirmiers sur place soient organisées dans certains immeubles afin de développer des relations avec leurs responsables et de présenter des programmes de réduction des méfaits. Pour des événements de proximité plus formels, on développe un protocole d’entente.

Les TSS travaillent à titre d’entrepreneurs indépendants. Ils reçoivent des honoraires en reconnaissance de leur temps (entre 60 et 90 dollars par semaine, selon leurs responsabilités et le nombre d’heures de travail). Pour toute réunion additionnelle de l’équipe ou activité de formation ou d’orientation, on les rémunère au taux de 15 $/heure. Le paiement est lié aux ententes de financement actuelles du programme.

Formation et soutien des travailleurs de sites satellites

Le programme met à profit l’expertise et l’expérience des TSS en offrant des formations continues à l’équipe ainsi que d’autres occasions de formation. Les TSS doivent suivre diverses formations au cours de la période de familiarisation des premiers mois de service, puis périodiquement. Une série d’entre six et huit formations et ateliers obligatoires en équipe est donnée chaque année aux TSS. Les thèmes abordés incluent notamment :

  • la manipulation sécuritaire et la mise au rebut appropriée des seringues;
  • la formation pour répondre aux surdoses de stimulants et d’opioïdes, y compris l’utilisation de naloxone;
  • l’évaluation et la communication des limites; la déontologie du travail basé sur les pairs;
  • la résolution de conflit et le désamorçage de crise;
  • la prévention, le dépistage et le traitement du VIH et de l’hépatite C;
  • l’offre de recommandations efficaces et de voies d’accès aux soins;
  • les droits juridiques en lien avec les forces policières et la Loi sur les bons samaritains secourant les victimes de surdose; et
  • les droits des travailleurs du sexe.

Au besoin, on organise des séances de formation sur d’autres thèmes (p. ex., des exposés sur des cas non typiques de surdose, l’écoute active).

Le soutien à l’endroit des TSS, en particulier dans le contexte de la crise actuelle des surdoses et de la contamination des drogues, est un élément crucial et central du programme. Le coordonnateur du programme consulte les TSS individuellement, chaque semaine, en plus de leur offrir du soutien pour le fonctionnement de leurs sites satellites et pour affirmer leurs limites et négocier celles-ci avec les clients. Du soutien additionnel est fourni lorsque cela est nécessaire (p. ex., faire face à des conflits avec des propriétaires, ou à des questions juridiques). Le coordonnateur du programme organise régulièrement des réunions d’équipe afin de discuter de problèmes rencontrés par les TSS, d’y répondre et de créer un espace pour composer avec la douleur liée à la perte d’autres membres de la communauté.