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Le programme d’éducation, de sensibilisation et de marketing social ethnoculturels lié à l’hépatite C 

CATIE
Ontario
2015

Mise en œuvre du programme

Approche de développement communautaire

Ce programme a utilisé une approche participative ancrée dans la communauté. Des dirigeants communautaires ont été engagés dès le départ et on a entrepris des travaux dans des endroits où la communauté était déjà engagée. Des partenariats avec des organisations qui desservent les immigrants et les nouveaux arrivants sont un aspect fondamental du programme d’éducation, de sensibilisation et de marketing social ethnoculturels lié à l’hépatite C. Des preuves probantes suggèrent que les activités de promotion de la santé dans les communautés ethniques et culturelles minoritaires devraient utiliser cette approche.

CATIE a utilisé un certain nombre de stratégies pour appuyer des activités de promotion de la santé dans chacune des communautés. CATIE a établi des conseils consultatifs communautaires formés de représentants de chacune des quatre communautés pour guider le programme à tous ses stades. Pour plus de renseignements sur les conseils consultatifs communautaires, veuillez consulter l’élément de programme « Développer des partenariats avec les communautés ». CATIE a également embauché et formé des animateurs bilingues qui parlaient à la fois anglais et une des quatre langues du programme pour animer des ateliers, assister à des événements communautaires et être le visage du programme dans leurs communautés; forgé des relations avec des lecteurs critiques médicaux et communautaires bilingues pour s’assurer que les ressources éducatives étaient appropriées et exactes; amené des membres de la communauté à participer à un dialogue critique au sujet des médias; et a offert ses ateliers à titre pilote aux membres de la communauté afin de s’assurer qu’ils correspondaient à leurs besoins.

Éducation et sensibilisation

Les activités du programme d’éducation et de sensibilisation comprennent deux ateliers de base (Santé des immigrants et hépatite C et Connaissance des médias et en santé), des événements de sensibilisation communautaires et un partenariat avec la Ligne d’information sur le sida et la santé sexuelle du Bureau de santé de Toronto, qui a une portée provinciale et fait des recommandations vers des sites de dépistage partout en Ontario dans 16 langues, y compris les quatre langues prioritaires du programme.

Ateliers

CATIE a élaboré et offert deux ateliers de base pour les clients dans le cadre de ce programme : Santé des immigrants et hépatite C et Connaissance des médias et en santé. Les ateliers sont organisés par les coordonnateurs de programme de CATIE en collaboration avec ses partenaires communautaires.

Des subventions pour la nourriture, le transport en commun et la garde d’enfants sont toujours disponibles aux participants afin d’encourager une participation à grande échelle comprenant les femmes, les familles et les jeunes. Les ateliers ont lieu dans des espaces et des organisations communautaires qui sont familiers aux clients. Ils sont animés par des formateurs bilingues et sont offerts en chinois simplifié, en ourdou, en pendjabi et en tagalog.

Ateliers : accent sur les connaissances en santé

Il était important pour CATIE de tenir compte du contexte dans lequel il réalise ses initiatives d’éducation et de sensibilisation pour joindre les personnes visées. Pendant toute la planification de ce projet, CATIE a reconnu que l’amélioration des connaissances en santé devait aller plus loin que la transmission d’information sur la santé, bien que cela demeure une tâche fondamentale pour la sensibilisation.

De façon générale, l’amélioration des connaissances en santé s’effectue le mieux par des formes de communication personnelles et des activités de sensibilisation communautaires.1 Les initiatives visant à améliorer les connaissances en santé intègrent des approches participatives à la communication et abordent les inégalités structurelles. Les approches participatives aux communications sur la santé comprennent un certain nombre d’activités :2

  • Faire participer les groupes vulnérables et à risque aux efforts de communication sur la santé et les autonomiser
  • Forger des partenariats interorganisationnels afin d’appuyer les efforts d’intervention
  • Fournir une formation et un soutien appropriés aux consommateurs et aux fournisseurs
  • Concevoir des messages et des ressources culturellement appropriés pour les efforts de communication
  • mettre l’accent sur la famille et la communauté lorsqu’on livre les messages et qu’on les renforce
  • fournir aux consommateurs des choix et des options pour promouvoir leur santé

Dans ses discussions sur les connaissances en santé et ses travaux visant à renforcer les capacités d’amélioration de ces connaissances, CATIE met l’accent sur le fait que les connaissances en santé aident les gens à avoir une plus grande confiance en soi lorsqu’ils prennent des décisions fondées sur l’information qu’ils ont reçue et leur donnent la capacité de demander du soutien ou des tests de dépistage, ou encore d’éduquer, d’aider les autres ou de travailler avec les autres.3 CATIE reconnaît que les gens qu’il joint par l’entremise de ses initiatives peuvent se retrouver dans des situations où ils auront à défendre leurs propres intérêts pour obtenir un test, un traitement ou du soutien.

Comprendre les connaissances en santé chez les immigrants et les nouveaux arrivants représente un défi puisqu’il faut tenir compte de différents points de vue culturels à l’égard du monde, de la science et de la santé. Ces différents points de vue peuvent mener à différentes interprétations du risque et de la stigmatisation entourant une maladie. Bon nombre des ressources de santé offertes aux immigrants et aux nouveaux arrivants au Canada ne mettent l’accent que sur la médecine occidentale, sans reconnaître les autres cultures de soins et de guérison. La promotion des connaissances en santé suppose de comprendre les « différentes réalités » des fournisseurs de services et des immigrants et de trouver la meilleure façon pour eux de communiquer entre eux.

Tout au long du projet, CATIE a reconnu qu’une communauté sait ce qui lui convient le mieux et, une fois qu’on leur fournit des ressources et de l’information, les membres de la communauté peuvent aller de l’avant où et quand ils sont prêts.

Le rôle des animateurs bilingues

Sur une période de quatre ans, le programme a embauché 16 animateurs bilingues provenant des quatre communautés pour offrir les deux ateliers principaux et assister aux événements communautaires. Les animateurs d’ateliers bilingues sont d’importants courtiers culturels très engagés dans le programme. Ils transmettent de l’information qui tient compte de la dimension culturelle dans des endroits diversifiés de la communauté.

Les animateurs du programme et les lecteurs critiques médicaux et communautaires bilingues reçoivent des honoraires pour leur travail. Le projet embauche principalement des animateurs qui sont eux-mêmes des immigrants ou des nouveaux arrivants et qui peuvent détenir un emploi précaire, être non qualifiés (ne pas être en mesure d’utiliser les compétences acquises de par leur formation) ou ne plus occuper un emploi qui correspond à leurs études. Le travail spécialisé est rémunéré comme tel. C’est une importante occasion pour les animateurs de continuer à mettre leurs études à profit et pour CATIE de leur offrir une expérience de travail canadienne et une référence.

Les animateurs bilingues potentiels sont recrutés dans des organisations partenaires et par l’entremise du site Web provincial de recherche d’emploi pour nouveaux arrivants.

Renforcement soutenu des capacités pour les animateurs bilingues

Les candidats sélectionnés pour devenir animateurs sont invités à l’atelier annuel de deux jours organisé par CATIE à l’intention des formateurs. Les animateurs déjà en poste se joignent au groupe le deuxième jour de la formation pour partager leurs expériences et recevoir des mises à jour. Pendant la formation, le programme de base de l’atelier Santé des immigrants et hépatite C est offert, accompagné d’une explication et d’une discussion des choix qu’a faits CATIE concernant le contenu, la séquence, l’approche, le choix des mots et les apprentissages principaux pour chaque activité. On donne également aux animateurs le temps de travailler à leur présentation personnelle pour encadrer leur expérience et expliquer pourquoi ils font ce travail. Il y a aussi une séance sur le dévoilement personnel pendant l’animation d’un atelier – plus précisément comment ils peuvent partager leur vécu en tant qu’immigrants, en tant que personnes vivant avec une maladie liée à la santé sexuelle ou à la consommation de substances et autres expériences personnelles; cette séance est animée par un éducateur de CATIE vivant avec le VIH et possédant une vaste expérience de ce genre de travail axé sur les pairs.

Une séance est réservée pour préparer les animateurs à répondre aux questions délicates portant sur le sexe, la santé sexuelle, la consommation de substances illicites et la réduction des méfaits. Des analogies de la gestion du risque et de la prévention sont fournies aux animateurs, puis on leur donne le temps de réfléchir et d’assimiler ces idées à leur manière. Ils trouvent souvent leurs propres histoires et parlent de choses qu’ils auraient aimé avoir apprises plus tôt sur la santé sexuelle et la consommation de substances illicites. Ils font le lien entre ces idées et leurs propres pratiques religieuses et discutent de la manière dont ils gèrent le risque et prennent leur propre santé en main. Grâce à cette formation, les animateurs ont pu discuter de sujets difficiles dans des contextes religieux avec des membres musulmans, sikhs et chrétiens de leurs communautés.

Après avoir suivi la formation, les nouveaux animateurs commencent par co-animer au moins deux ateliers avec un animateur expérimenté. Les coordonnateurs du programme assistant à chaque atelier afin de fournir une rétroaction aux animateurs. Une fois que les nouveaux animateurs animent des ateliers par eux-mêmes, on embauche des interprètes si les coordonnateurs de programme de CATIE ne parlent pas la langue dans laquelle l’atelier est offert. Leur présence permet aussi aux coordonnateurs du programme d’aider les animateurs à répondre à des questions qui dépassent les connaissances des animateurs. Lorsqu’on a recours à des interprètes, ils traduisent les questions pour les participants et les coordonnateurs du programme de façon professionnelle. Les évaluations fournissent une rétroaction et le coordonnateur fait le point avec l’animateur après chaque atelier.

Le sexe, la consommation de substances illicites et la stigmatisation dans les communautés ethnoculturelles

Les quatre communautés qui sont au centre du programme sont conservatrices sur le plan social et culturel. Les pratiques entourant le sexe et la drogue ne sont pas souvent discutées ouvertement au sein des familles ou dans leurs communautés.

Il est donc plus difficile de discuter du sexe et de la consommation de substances illicites dans l’atelier Santé des immigrants et hépatite C. Le rôle des animateurs bilingues de CATIE devient plus précieux dans ce contexte. Étant membres des mêmes communautés culturelles et locuteurs natifs de la langue, les animateurs sont dans une position unique – en tant que courtiers culturels – pour discuter de questions touchant les relations sexuelles plus sécuritaires et la consommation de substances illicites sans choquer les sensibilités culturelles de leur communauté. CATIE offre également des ateliers séparés pour les hommes et pour les femmes s’il y a lieu.

Chaque année, au moment d’organiser la formation à l’intention des animateurs bilingues de CATIE, une séance est consacrée à préparer les animateurs à aborder ces questions de façon appropriée.

Atelier sur la santé des immigrants et l’hépatite C

L’atelier Santé des immigrants et hépatite C a été offert à titre pilote à plusieurs organismes communautaires et leurs clients. Par l’entremise de ce processus, il est devenu clair qu’il était nécessaire d’aborder des questions plus larges, y compris le stress lié à l’établissement, la santé des immigrants et l’accès aux soins de santé en ce qui touche l’hépatite C.

Une discussion abordant les réalités liées à l’établissement au Canada et la possibilité que les participants puissent avoir besoin de prendre un peu de temps pour s’occuper de leur santé s’est avérée beaucoup plus intéressante qu’une simple séance d’information sur l’hépatite C. Une heure de l’atelier est consacrée à la santé des immigrants et une heure à l’hépatite C. Les deux parties de l’atelier sont ancrées dans des études de cas et la discussion. Pour plus de détails, consulter la section « Matériel du programme »  de la présente étude de cas.

Le contenu de l’atelier Santé des immigrants et hépatite C a été approuvé par les conseils consultatifs communautaires pour ce projet. Bien que les renseignements sur l’hépatite C ne changent pas d’un atelier à l’autre, les coordonnateurs du programme et les animateurs bilingues travaillent avec l’organisme-hôte pour adapter l’information en fonction des besoins de la communauté cible.

Ateliers sur la connaissance des médias et en santé

Pendant l’élaboration de la campagne médiatique (voir la section ci-dessus), des ateliers Connaissance des médias et en santé ont été offerts en vue de renforcer les capacités de chaque communauté d’examiner les médias et leurs messages d’un œil critique. Cela a donné aux membres de la communauté une occasion unique de réfléchir à la manière dont leur communauté est ciblée en tant que marché et à la manière dont on fait la promotion de leur propre santé par des produits. Des annonces publicitaires et des communiqués d’intérêt public provenant du pays de la communauté hôte et du Canada ont été diffusés pour le groupe. Des outils de persuasion comme la flatterie, la répétition, la peur et l’humour ont été identifiés dans les messages sur la santé et examinés avec un œil critique.

Après avoir assisté aux ateliers, les participants ont indiqué qu’ils préféraient les messages sur la santé qui préconisaient une action directe comme l’obtention d’un test de dépistage et le renforcement de la communauté et de la famille, au lieu d’une approche fondée sur la peur ou les conséquences des maladies chroniques à long terme. Ces constatations ont servi à guider l’élaboration de la campagne médiatique.

Événements de sensibilisation communautaires

Dans le cadre des activités d’éducation et de sensibilisation, on a cerné des occasions d’établir des tables de sensibilisation à des événements communautaires pour distribuer de l’information aux membres individuels de la communauté. Les animateurs bilingues de CATIE sont présents aux tables afin de s’assurer que l’information est fournie aux membres de la communauté dans leur langue maternelle. Ces événements sont d’excellentes occasions de sensibiliser le public à l’hépatite C.

Partenariats pour l’éducation et l’arrimage aux services

Le programme de CATIE est important pour sensibiliser les quatre communautés prioritaires, mais il n’est pas conçu pour aiguiller les personnes intéressées vers des services de santé ou pour répondre à des questions dans d’autres langues. Une fois que les gens suivent un atelier, lisent l’un des dépliants de CATIE ou voient l’une des annonces publicitaires de CATIE, ils ont besoin d’un endroit pour faire un suivi s’ils veulent se faire tester ou poser d’autres questions.

Le programme a forgé un partenariat officiel avec la Ligne d’information sur le VIH et la santé sexuelle du Bureau de santé de Toronto pour assurer une continuité dans les aiguillages et l’information. Cette ligne d’information fournit des conseils gratuits et anonymes sur le VIH, l’hépatite et la santé sexuelle partout en Ontario. Doté d’un personnel capable de fournir des services en 16 langues, ce service offre un soutien supplémentaire aux membres de la communauté qui ont des questions après avoir été exposés à la campagne médiatique, aux ressources et aux ateliers. Le personnel de la ligne d’information peut également aiguiller les gens vers des sites de dépistage partout dans la province.

Occasions ciblées de renforcement des capacités dans les communautés ethnoculturelles

CATIE organise aussi des occasions ciblées de renforcement des capacités avec des partenaires communautaires clés afin de forger des relations et de travailler avec des populations spécifiques. Ces types d’occasions ont permis à CATIE de resserrer les liens avec les quatre communautés et ont aidé des organisations à intégrer des éléments sur la santé ou l’hépatite C à leur travail.

En 2014, CATIE a tenu une séance de formation des pairs en vue de renforcer les capacités liées à l’hépatite C pour les clients et le personnel des organismes ethno-spécifiques de lutte contre le VIH de Toronto. En 2015, un forum pour la communauté philippine a été organisé en partenariat avec trois organismes communautaires. C’était l’occasion de distribuer aux nouveaux arrivants de l’information sur la recherche et les questions centrales pour cette communauté au Canada et d’établir des liens entre cette information aux résultats de santé et à la prévention.

Les futurs projets de renforcement des capacités comprennent des conférences à l’intention des fournisseurs de services d’origine chinoise et sud-asiatique en Ontario.

Élaboration et distribution de ressources éducatives multilingues sur la santé

Dans le cadre de ce programme, CATIE a aussi élaboré des ressources imprimées et en ligne conçues pour des communautés culturelles et linguistiques spécifiques. Le site Web multilingue de CATIE comprend de l’information sur la prévention, la transmission et le dépistage de l’hépatite C, dont un dépliant intitulé « Ce que vous devriez savoir sur l’hépatite C », qui contient des renseignements de base sur la prévention, la transmission et le dépistage de l’hépatite C. Un casse-tête sur l’hépatite A, B et C a été mis au point comme outil d’atelier interactif pour donner aux participants des façons multiples de distinguer les différentes caractéristiques de l’hépatite A, B et C. Le casse-tête contient de l’information, des couleurs et des indices spatiaux pour indiquer au participant comment le résoudre.

Bien que la composante d’éducation et de sensibilisation du programme ne soit offerte que dans les quatre langues prioritaires (chinois simplifié, ourdou, pendjabi et tagalog), CATIE offre ses ressources éducatives sur la santé et les renseignements sur son site Web dans sept autres langues (hindi, bengali, tamil, vietnamien, espagnol, français et arabe) en plus de l’anglais. Pour plus de renseignements sur le processus de traduction que suit CATIE pour assurer l’exactitude du contenu, veuillez consulter l’élément de programme intitulé « Traduction et lecture critique ».

Campagne médiatique

Dans le cadre du programme, CATIE a élaboré une campagne médiatique visant à sensibiliser le public à l’hépatite C au sein des quatre communautés prioritaires.

CATIE a travaillé avec une agence de publicité pour élaborer des messages sur la santé pour la campagne médiatique initiale. Ces messages ont d’abord été mis à l’essai auprès des conseils consultatifs communautaires et des participants à l’atelier Connaissance des médias et en santé. La campagne médiatique initiale de CATIE privilégiait les messages sur la santé et ceux qui s’adressaient à la communauté et à la famille, en ayant soin d’éviter les messages axés sur la peur ou la honte.

Depuis 2012, des annonces sont publiées dans des journaux, des revues, à la radio et en ligne chaque année dans le cadre de la campagne et sont régulièrement adaptées et mises à jour. Du contenu éditorial a également été produit pour les quatre communautés, dont des articles, des entrevues à la radio et des émissions télévisées. 

  • 1. Nutbeam D. « Health literacy as a public health goal: a challenge for contemporary health education and communication strategies into the 21st century. » Health Promotion International. 2006;15(3):259-267.
  • 2. Kreps G, Sparks L. « Meeting the health literacy needs of vulnerable populations. » Patient Education and Counseling. 2008;71(3):328-332.
  • 3. Zanchetta MS, Poureslami IM. « Health literacy within the reality of immigrants culture and language. » Canadian Journal of Public Health. 2006 May;92(2):S26-30.