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Programme de lutte contre l’hépatite C « Connais ton statut » au sein de la Première Nation Ahtahkakoop 

Centre de santé Ahtahkakoop

2020

Mise en œuvre du programme

Ce programme est déployé dans une collectivité des Premières Nations et il est destiné principalement à la population autochtone. Les services offerts au centre de santé Ahtahkakoop sont ancrés dans la collectivité et fondés sur une approche du mieux-être autochtone. Ce programme propose des approches et des mesures de soutien respectueuses des valeurs culturelles qui tiennent compte des traumatismes historiques, intergénérationnels et actuels.

Ce programme offre des services de dépistage et de traitement de l’hépatite C exempts de toute stigmatisation et conformes à une approche holistique. Les principales composantes du programme sont les suivantes :

  • services de sensibilisation et d’information;
  • activités de dépistage;
  • accès au traitement de l’hépatite C au centre de santé;
  • consultation avec une infirmière visant à préparer les clients au traitement de l’hépatite C;
  • instauration du traitement;
  • soins de suivi et soutien communautaire.

La capacité du centre de santé à offrir des services spécialisés dans son cadre rural est le fruit d’un partenariat avec un infectiologue établi à Regina. Cet infectiologue se rend régulièrement dans la collectivité et peut diriger et superviser le traitement, aussi bien en personne que par les moyens de la télémédecine.

Planification du programme

Suivant le modèle du programme « Connais ton statut », la première étape de la planification de ce programme a consisté à évaluer la réceptivité de la collectivité et à obtenir son soutien. Cela a pris la forme de réunions et de groupes de discussion avec des personnes directement touchées par l’hépatite C et qui utilisent des drogues injectables, et d’autres membres de la collectivité, notamment les Aînés, les dirigeants communautaires et le personnel du centre de santé. Ces réunions ont permis de faire le point sur les aspects suivants :

  • le niveau actuel des connaissances sur l’hépatite C dans la collectivité;
  • l’expérience passée des personnes atteintes d’hépatite C vis-à-vis du système de santé;
  • les éléments indispensables au programme pour répondre aux besoins des clients.

L’étape suivante a consisté à organiser trois séances de planification de plusieurs jours avec les Aînés, les dirigeants communautaires, les personnes directement touchées et le personnel du centre de santé, y compris l’infectiologue itinérant. Lors de ces séances de planification, les participants ont :

  • élaboré un plan de mise en œuvre et de travail;
  • évalué les ressources nécessaires et celles qui existaient déjà dans la collectivité;
  • désigné les possibles partenaires du programme et déterminé leurs rôles;
  • soulevé les aspects organisationnels relatifs aux flux de travail et aux processus concernant le personnel du centre de santé.

Les responsables du programme se sont efforcés de convaincre les dirigeants et les autres membres de la collectivité de l’importance de la lutte contre l’hépatite C et les ont étroitement associés au processus de planification. En conséquence, le chef de la Première Nation Athahkakoop s’est fait le champion et le défenseur du programme auprès de la collectivité. 

Services de sensibilisation et d’information

Une autre composante clé du programme concerne les services de sensibilisation et l’information de la collectivité. Le programme dispose de deux intervenants de proximité qui établissent des liens avec les personnes à risque au sein de la collectivité et leur fournissent de l’information sur le dépistage et le traitement de l’hépatite C, la réduction des méfaits et les méthodes d’injection sécuritaires. Une grande partie des services de sensibilisation sont assurés par le biais du programme de réduction des méfaits et d’aiguilles et de seringues mis en œuvre en centre de santé. D’autres liens sont établis au moyen de visites à domicile ou de séances d’information lors d’activités communautaires, comme celles sur la santé du foie dont nous reparlerons ci-dessous.

Le centre invite également les membres de la collectivité à passer prendre un petit-déjeuner informel le lundi matin. Le personnel des services de sensibilisation et les autres employés du centre de santé échangent et établissent des contacts avec les participants, dont la plupart sont très marginalisés et possiblement exposés au risque d’infection par l’hépatite C. De telles occasions permettent au personnel de nouer des relations avec les membres de la collectivité, ce qui est souvent le premier pas lorsqu’il s’agit d’informer les clients et de les amener à se soigner.

Activités de dépistage

Le programme comprend des activités de dépistage et d’information qui ont lieu au centre de santé. Ces activités sont annoncées comme des « journées pour la santé du foie » pour éviter la stigmatisation qui peut être associée à l’hépatite C. Elles sont publicisées par le biais d’affiches, des médias sociaux, de la radio locale et du bouche-à-oreille. Lors de ces journées, les participants visitent six stations consécutivement :

  • Inscription et information : Les intervenants de proximité et des pairs s’occupent des formalités d’inscription des participants. Les infirmières ou les intervenants de proximité dispensent de l’information et des consultations initiales aux personnes qui attendent de remplir les documents d’inscription. Un agent guide les participants pour les faire circuler progressivement entre les différentes stations.
  • Signes vitaux et pesée : Les infirmières mesurent les signes vitaux et procèdent à une première évaluation de santé afin d’établir le dossier médical de référence des participants.
  • Dépistage de l’hépatite C au point de service : Une infirmière utilise un test de dépistage au point de service pour déterminer si une personne est porteuse d’anticorps dirigés contre le virus de l’hépatite C. Un test de dépistage effectué au point de service permet d’obtenir des résultats sur place. Si un participant sait qu’il a déjà obtenu un résultat positif au test de dépistage des anticorps, il saute cette étape et passe directement à la station suivante.
  • Test de confirmation : Si une personne obtient un résultat positif au test de dépistage des anticorps anti-hépatite C durant l’activité, une infirmière prélève un échantillon de sang et l’envoie à un laboratoire externe en vue d’autres analyses. Ce test permet de déterminer si la personne est actuellement atteinte d’une infection chronique, de mesurer la quantité de virus dans le sang (charge virale) et d’identifier la souche du virus (génotype) présente. L’infirmière peut également commander des tests supplémentaires, notamment le test de dépistage du VIH. 
  • Autres évaluations de santé et vaccinations : Une infirmière de santé communautaire accueille ensuite la personne pour répondre à ses besoins de santé autres que ceux liés à l’hépatite C. Il s’agit souvent de lui administrer les vaccins nécessaires.
  • Échographie du foie : Une infirmière effectue un examen supplémentaire pour évaluer la santé du foie des participants à l’aide d’un FibroScan, un appareil à ultrasons portable. Les personnes dont le test de dépistage de l’hépatite C est négatif peuvent également passer une échographie, car elles présentent peut-être des lésions hépatiques non liées à l’hépatite C comme la stéatose hépatique. 

Ces activités de dépistage durent une journée entière et ont lieu tous les trois mois. Jusqu’à 70 personnes peuvent se présenter pour passer un test de dépistage lors de ces journées. Les participants passent généralement 10 minutes ou moins à chaque station. Ces journées sont un moyen important de rejoindre des personnes qui, autrement, ne se présenteraient pas au centre de santé ou ne passeraient pas de tests de dépistage de l’hépatite C, et de leur faciliter l’accès aux soins.

Une infirmière attend les résultats d’un test de dépistage de l’hépatite C au point de service. Les résultats du test sont connus au bout de 20 minutes environ. (Photo : Conor Ashleigh, 2019)

Traitement de l’hépatite C

Après la journée de dépistage, une infirmière du centre de santé contacte les personnes qui ont passé un test de confirmation pour leur communiquer les résultats. L’infirmière invite les personnes qui ont obtenu un résultat positif à se présenter au centre de santé pour un suivi. En consultation avec l’infectiologue, l’infirmière effectue les tests supplémentaires nécessaires, établit un bilan en vue du traitement et évalue leur disposition à se faire soigner. Après en avoir discuté ensemble, le client et l’équipe de soins peuvent décider de repousser le traitement. Cette décision peut être fondée sur des facteurs tels que l’instabilité des conditions de logement, des problèmes de santé mentale ou d’autres considérations pouvant influer sur l’observance du traitement. L’équipe de soins ne repoussera pas le traitement au seul motif que le patient fait actuellement usage de drogues, mais elle en tiendra compte au même titre que les facteurs énumérés ci-dessus.

L’infectiologue et l’infirmière chargée du traitement élaborent un plan de soins en étroite collaboration avec les clients. (Photo : Conor Ashleigh, 2019)

Si le client est prêt à recevoir un traitement, l’infirmière et le client établissent un plan de soins qui est instauré dès que possible. Le client décide de la fréquence à laquelle il prend ses rendez-vous et reçoit ses médicaments. Pour certains, notamment ceux qui bénéficient également du programme d’aiguilles et de seringues, cela peut se faire quotidiennement, ou bien deux fois par semaine pour ceux qui nécessitent moins de soutien. Le client rencontre l’infectiologue au moins deux fois, au début et à la fin du traitement. Cet infectiologue se déplace au centre de santé tous les trois mois, mais il est également disponible pour des consultations par télémédecine. Le client est par ailleurs en contact avec d’autres professionnels du centre de santé, par exemple des infirmières, entre ces consultations avec l’infectiologue.

Pendant que le client est en traitement, le personnel du programme lui propose des rendez-vous, des conseils sur le traitement et un service de soutien par les pairs. La plupart des membres de l’équipe chargée du programme sont issus de la collectivité et s’identifient comme Autochtones. Cela permet au client de se sentir bienvenu et à l’aise dans ses rapports avec l’équipe. D’autres formes de soutien sont accessibles au centre de santé, ou auprès de la collectivité, ce qui comprend :

  • consultations en santé mentale;
  • aide au logement et services sociaux;
  • counseling en matière de dépendances;
  • programmes de distribution de méthadone et de suboxone;
  • soutien de la part d’Aînés ou de guérisseurs autochtones.

Si nécessaire, les responsables du programme orientent les participants vers des services de désintoxication ou de traitement des dépendances hors de la collectivité.