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TraitementSida : 178

Numéro de volume : 22, Nombre de numéro : 3

2010 mars/avril

I AGENTS ANTI-VIH - F. Changements étonnants dans la graisse corporelle des patients recevant du darunavir en monothérapie

L’exposition à l’analogue nucléosidique d4T (stavudine, Zerit) et, dans une moindre mesure, à l’AZT (zidovudine, Retrovir), peut causer des pertes de graisse sous-cutanée (celle située directement sous la peau). Lorsque cette couche de graisse disparaît, on parle de lipoatrophie. La perte de graisse sous-cutanée peut modifier l’apparence d’une personne en donnant une apparence gonflée aux veines des bras et des jambes et en causant l’émaciation du visage (joues et tempes creuses).

Dans les pays à revenu élevé, on a couramment recours à des analogues nucléosidiques plus sûrs, notamment les suivants :

  • ténofovir + FTC dans une seule pilule appelée Truvada
  • abacavir + 3TC dans une seule pilule appelée Kivexa

Des chercheurs œuvrant dans plusieurs cliniques hospitalières de France mènent actuellement une étude appelée Monoi (ANRS 136). Leur objectif consiste à comparer les effets d’une monothérapie au darunavir-ritonavir à ceux de combinaisons antirétrovirales complètes contenant ce même duo. Les résultats préliminaires de l’essai Monoi laissent croire que les participants sous monothérapie ont bénéficié d’une augmentation statistiquement significative du volume de graisse dans leurs membres. Nous parlons davantage de cette découverte intrigante plus loin.

Détails de l’étude

Aux fins de l’essai Monoi, les chercheurs ont recruté des patients sous multithérapie dont la charge virale était inférieure à 50 copies/mL et les ont affectés au hasard à deux groupes pour recevoir l’un des traitements suivants :

  • darunavir-ritonavir 600-100 mg deux fois par jour (monothérapie)
  • darunavir-ritonavir 600-100 mg deux fois par jour et deux analogues nucléosidiques (multithérapie)

Dans le cadre d’une sous-étude de l’essai Monoi (144 participants sur 225), on a eu recours à des scans DEXA pour évaluer les membres et d’autres parties du corps. Soulignons qu’on a parfois recours aux évaluations de la graisse des membres lors de certains essais afin de déterminer s’il y a des pertes ou des gains de graisse sous-cutanée. Des scans DEXA ont été effectués comme suit :

  • monothérapie – 67 personnes
  • multithérapie – 74 personnes

Le profil moyen des participants ayant subi des scans DEXA était le suivant :

  • 22 % de femmes, 18 % d’hommes
  • âge – 45 ans
  • période écoulée depuis le diagnostic de séropositivité – 12 ans
  • poids – 70 kg (154 lbs)
  • indexe de masse corporelle (IMC) – 24
  • volume total de graisse dans les membres – 5 kg

Résultats—changements dans la graisse des membres

Au cours de l’étude, les chercheurs ont constaté les changements suivants dans la graisse des membres dans chaque groupe :

  • monothérapie – gain de 340 g
  • multithérapie – perte de  20 g

Cette différence est significative du point de vue statistique.

Les changements suivants ont été observés au cours de l’étude dans la graisse du tronc :

  • monothérapie – gain de 730 g
  • multithérapie – gain de 600 g

Cette différence n’est pas significative du point de vue statistique.

On a constaté une perte d’au moins 20 % du volume de graisse dans les membres dans les proportions suivantes :

  • monothérapie – 2 % (1 personne sur 67)
  • multithérapie – 11 % (8 personnes sur 74)

Cette différence n’est pas significative du point de vue statistique.

Résultats—lipides et sucre

Les différences entre les taux sanguins de triglycérides et de cholestérol des deux groupes n’étaient pas signficatives du point de vue statistique.

Le taux de sucre (glycémie) a baissé chez les patients sous multithérapie, alors qu’il a augmenté légèrement chez le groupe affecté à la monothérapie. Cette différence est significative du point de vue statistique.

Analyses poussées

Tenant compte de plusieurs facteurs, les chercheurs ont constaté que les personnes qui avaient perdu de la graisse sous-cutanée avaient tendance à être plus jeunes (moyenne de 39 ans) que les personnes n’ayant subi aucune perte de graisse sous-cutanée (moyenne de 46 ans). Vu la relative faiblesse du nombre de personnes ayant perdu de la graisse, il n’est pas clair si ce résultat est significatif sur le plan clinique ou s’il s’agit d’une découverte accidentelle.

L’équipe de recherche a également trouvé que les participants qui avaient pris de la graisse dans la partie profonde de leur abdomen étaient plus susceptibles d’avoir eu une quantité importante de graisse abdominale au début de l’étude, comparativement aux personnes qui n’avaient pas tendance à accumuler de la graisse abdominale.

Les combinaisons de médicaments qu’avaient pris les participants avant de s’inscrire à l’essai Monoi ne semblent pas avoir eu d’impact sur les changements subséquents dans leur composition corporelle.

Mise en perspective

L’essai Monoi se poursuit et on doit attendre que l’analyse des données de deux ans soit faite pour voir si les changements observés durant la première année se maintiendront.

Même si une augmentation de 340 grammes du volume de graisse dans les membres grâce à la monothérapie est intrigante, il n’est pas clair si une telle augmentation serait remarquée par les personnes recevant ces médicaments, du moins au cours de la première année du traitement. On doit s’étonner du fait qu’on ait observé une augmentation du volume de graisse chez des personnes qui ne prenaient pas de combinaison d’analogues nucléosidiques sûrs. Si cette tendance se maintient, ce sera peut-être nécessaire de la confirmer dans le cadre d’une étude plus grande et de plus longue durée. Le nombre de personnes ayant subi des pertes de graisse dans l’essai Monoi est relativement faible : huit cas dans le groupe multithérapie et un seul cas dans le groupe monothérapie. Les résultats intérimaires de l’essai Monoi sont étonnants et intéressants et pourraient stimuler un débat parmi les chercheurs. On attend avec impatience les données de deux ans.

RÉFÉRENCES :

  1. Valantin M-A, Flandre P, Kolta S, et al. Fat tissue distribution changes in HIV-infected patients with viral suppression treated with darunavir/ritonavir monotherapy versus 2 NRTI + darunavir/r in the Monoi-ANRS 136 randomized trial: results at 48 weeks. In: Program and abstracts of the 17th Conference on Retroviruses and Opportunistic Infections, 16-19 February 2010, San Francisco, U.S. Abstract 721.
  2. Degris E, Delpierre C, Sommet A, et al. Longitudinal study of body composition of 101 men with lipodystrophy: DXA criteria for lipodystrophy evolution. Journal of Clinical Densitometry. 2010; in press.

Date d'affichage : 2010 May 14

Hosein SR

 

Toute décision concernant un traitement médical particulier devrait toujours se prendre en consultation avec un professionnel ou une professionnelle de la santé qualifié(e) qui a une expérience des maladies liées au VIH et des traitements en question. POUR EN SAVOIR PLUS