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TraitementSida : 177

Numéro de volume : 22, Nombre de numéro : 2

2010 février

I. EFFETS SECONDAIRES ET COMPLICATIONS - E. Le ténofovir et les reins

Le médicament anti-VIH ténofovir (Viread et dans Atripla et Truvada) est un élément efficace de nombreuses multithérapies anti-VIH.

Le ténofovir est métabolisé par les reins. On connaît quelques cas rares où ce médicament a provoqué un dysfonctionnement rénal grave. Pour en savoir plus sur ce problème, des chercheurs d'un organisme de santé américain appelé Kaiser Permanente ont examiné une base de données contenant de l'information sur des personnes séropositives qui avaient commencé un traitement anti-VIH comportant ou non du ténofovir. Ils ont trouvé que la santé rénale de certains patients sous ténofovir avait amorcé un déclin détectable et considérable.

Détails de l'étude

Les chercheurs ont revu le contenu de bases de données de la Californie, du Maryland, de la Virginie et de Washington, DC. Tous les participants avaient commencé une multithérapie entre janvier 202 et janvier 2006. Au total, l'analyse effectuée par les chercheurs a porté sur 964 personnes séropositives recevant du ténofovir et 683 autres qui ne prenaient pas ce médicament.

Le ténofovir peut endommager une partie des reins appelée tubules rénaux. Les dommages ainsi causés peuvent provoquer un dysfonctionnement rénal proximal, ce qui peut réduire l'efficacité de la filtration du sang et entraîner la perte de nutriments essentiels et les problèmes suivants :

  • présence de protéine détectable dans l'urine (protéinurie)
  • présence de sucre dans l'urine (glucosurie)
  • taux anormalement faible du minéral phosphore dans le sang (hypophosphatémie)
  • présence de phosphore dans l'urine (phosphaturie)
  • présence d'acide dans le sang (acidose sérique)
  • taux anormalement faible de potassium dans le sang

Les chercheurs ont vérifié le DFGe (débit de filtration glomérulaire estimé) des participants pour se faire une idée du niveau de fonctionnement des reins. Ensuite, ils ont réparti les participants dans les deux groupes suivants :

  • exposition au ténofovir – 964 personnes
  • ténofovir en réserve – 683 personnes

Outre la prise (ou non) du ténofovir, les deux groupes se ressemblaient grosso modo et présentaient le profil moyen suivant :

  • 14 % de femmes, 86 % d'hommes
  • âge – 30 ans
  • compte de CD4+  – 205 cellules
  • charge virale en VIH – 63 000 copies
  • DFGe – 100

Résultats

Une forte proportion de participants des deux groupes a bénéficié d'une suppression virale, comme suit :

Après un an :

  • exposition au ténofovir – 94 %
  • ténofovir en réserve – 97 %

Après deux ans :

  • exposition au ténofovir  – 93 %
  • ténofovir en réserve – 96 %

Ces différences entre les deux groupes sont significatives du point de vue statistique. Il importe toutefois de se rappeler que les combinaisons comportant du ténofovir avaient déjà fait preuve d'une puissante activité anti-VIH lors de plusieurs essais cliniques randomisés. Ce résultat est donc curieux et inattendu et devrait être interprété avec prudence.

Fonction rénal

La créatinine est un produit de déchet qui est évacué du sang par les reins. Lorsque ces derniers fonctionnent mal, le taux de créatinine sanguin peut augmenter. Dans cette étude, on observait plus fréquemment des augmentations modestes du taux de créatinine chez les patients sous ténofovir. On doit cependant souligner que les cas où le taux de créatinine a augmenté considérablement ne concernaient pas que les patients recevant ce médicament. En effet, les personnes chez qui le taux de créatinine a beaucoup augmenté avaient tendance à présenter les caractéristiques suivantes :

  • âge avancé
  • faible compte de CD4+ (moins de 50 cellules)

L'incidence du dysfonctionnement tubulaire proximal était significativement plus élevée (8 %) chez les personnes recevant du ténofovir que chez les autres (4 %). De plus, ce problème est devenu plus fréquent au fil du temps, le risque de dysfonctionnement tubulaire proximal ayant augmenté comme suit chez les patients sous ténofovir :

  • semaine 26 – augmentation de 19 % du risque relatif; pas significatif du point de vue statistique
  • semaine 44 – augmentation de 19 % du risque relatif; pas significatif du point de vue statistique
  • semaine 52 – augmentation de 95 % du risque relatif; significatif du point de vue statistique
  • semaine 104 – augmentation de 500 % du risque relatif; significatif du point de vue statistique

Vingt-et-un pour cent (21 %) des personnes sous ténofovir ont cessé de prendre celui-ci à cause du dysfonctionnement rénal proximal.

Mise en perspective

Les résultats de cette étude sont intéressants, mais il faut tenir compte d'un nombre de points avant de tirer des conclusions hâtives :

  • Il s'agit d'une étude de cohorte; comme telle, elle est utile pour détecter des associations, mais elle ne permet pas de prouver que le ténofovir a causé les problèmes rénaux détectés. (Rappelons que le risque de faire une interprétation biaisée des résultats est plus élevé avec les études de cohorte, donc il est difficile de formuler des conclusions définitives.)
  • Les associations découvertes dans le cadre d'une étude de cohorte, également appelée étude par observation, peuvent être explorées en profondeur lors d'essais cliniques ultérieurs conçus de manière plus rigoureuse, tel un essai clinique randomisé. Il reste que les données des essais cliniques laissent croire que le ténofovir est efficace et sans danger pour la plupart des personnes suivant une multithérapie.

Il n'est pas clair pourquoi le ténofovir était associé à davantage de problèmes dans cette analyse, comparativement aux autres essais menés sur ce médicament. Il est possible que l'équipe Kaiser n'ait pas été capable de tenir compte de facteurs comme la prise d'autres médicaments susceptibles de nuire aux reins, tels que les suivants :

  • plusieurs antibiotiques
  • plusieurs antiviraux
  • plusieurs antifongiques
  • nombre d'analgésiques, y compris l'acétaminophène (Tylenol) et l'ibuprofène (Advil, Motrin)

Pour consulter une liste plus exhaustive de médicaments susceptibles de nuire aux reins, lisez le feuillet d'information de CATIE sur le ténofovir à l'adresse suivante :

www.catie.ca/feuillets.nsf/all/5BE572F8A1B0A9D985256C2F005B205A?OpenDocument

RÉFÉRENCES :

1. Horberg M, Tang B, Towner W, et al. Impact of tenofovir on renal function in HIV-infected, antiretroviral-naive patients. Journal of Acquired Immune Deficiency Syndromes. 2010 Jan 1;53(1):62-9.

2. Sax PE, Tierney C, Collier AC, et al. Abacavir-lamivudine versus tenofovir-emtricitabine for initial HIV-1 therapy. New England Journal of Medicine. 2009 Dec 3;361(23):2230-40.


Date d'affichage : 2010 March 23

Hosein SR

 

Toute décision concernant un traitement médical particulier devrait toujours se prendre en consultation avec un professionnel ou une professionnelle de la santé qualifié(e) qui a une expérience des maladies liées au VIH et des traitements en question. POUR EN SAVOIR PLUS