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Nouvelles-CATIE : Bulletins de nouvelles concis sur le VIH/sida

Le chardon-Marie—un secours possible pour les personnes atteintes d’hépatite C


Le chardon-Marie est une plante utilisée depuis des millénaires comme remède traditionnel européen pour les maladies gastro-intestinales et hépatiques. Cette plante contient de nombreux composés dont certains sont à l’étude dans le cadre d’expériences en laboratoire sur des cellules. Dans le cadre de ces expériences, des extraits de chardon-Marie semblent avoir des propriétés anti-inflammatoires, anticancéreuses et antioxydantes. De plus, certains des extraits ont une activité antivirale contre le virus de l’hépatite C (VHC). Toutes ces propriétés ont suscité un intérêt accru pour cette plante, ainsi que des recherches poussées.

Des chercheurs à Vienne en Autriche ont mené de petits essais cliniques faisant appel à une formulation intraveineuse d’un extrait de chardon-Marie, la silibinine, chez des patients souffrant d’hépatite C qui ne répondaient pas au traitement classique. Leurs résultats sont quelque peu étonnants et laissent croire que la silibinine a une activité puissante contre le VHC chez certaines personnes. Il reste beaucoup de travail à faire pour confirmer et étoffer ces résultats.

Détails de l’étude

Pour l’étude, 36 volontaires (5 femmes et 31 hommes) ont été recrutés. Tous souffraient d’une mono-infection au VHC et, antérieurement, le traitement habituel du VHC, soit une combinaison de l’immunostimulant interféron et de l’antiviral ribavirine, s’était avéré inefficace. La moyenne d’âge des sujets était de 50 ans et la plupart étaient infectés par une des souches de VHC difficiles à traiter, soit le génotype 1. Environ 55 % de ces personnes avaient subi des dommages au foie allant de modérés à graves.

L’équipe de chercheurs administrait aux participants différentes doses intraveineuses de silibinine hautement purifiée, vendue sous le nom de Legalon Sil (fabriqué par Madaus GmbH, à Cologne en Allemagne), pendant une à deux semaines, suivie de la combinaison d’interféron et de ribavirine. De plus, après avoir cessé d’administrer de la silibinine intraveineuse aux participants, les chercheurs leur ont donné une formulation orale d’un mélange d’extraits de chardon-Marie appelé silymarine. Cette formulation orale était administrée trois fois par jour. À ce jour, la plupart des participants ont reçu la silymarine et l’interféron-ribavirine pendant au moins 24 semaines et l’étude se poursuivra pendant 24 semaines encore.

Résultats

Des doses élevées—15 ou 20 mg/kg/jour—de silibinine seule, administrée par voie intraveineuse, entraînaient une diminution significative (entre 100- et 10,000-fois) des niveaux de VHC. L’ajout d’interféron-ribavirine faisait chuter davantage les niveaux de VHC.

Chez deux des cinq participants ayant reçu 15 mg/kg/jour de silibinine intraveineuse, le niveau de VHC a chuté sous le seuil de détection, soit la limite inférieure de quantification fixée à 15 unités internationales (UI). Cinq des neuf participants qui ont reçu la dose de 20 mg/kg/jour ont également vu leur niveau de VHC tomber sous le seuil des 15 UI.

Après 12 semaines de ce traitement combiné, un total de huit participants  présentaient encore de très faibles niveaux de VHC (moins de 15 UI).

Innocuité

En général, la silibinine par voie intraveineuse était bien tolérée. Huit participants se sont plaints des symptômes suivants (certains participants avaient plus d’un symptôme), chacun étant décrit comme « léger » :

  • douleur abdominale (cinq personnes)
  • diarrhée (deux personnes)
  • nausée (une personne)
  • céphalée (deux personnes)
  • douleurs articulaires (une personne)

Tous les participants ayant reçu des doses élevées de silibinine intraveineuse ont signalé une sensation de chaleur lors de la perfusion de la préparation; cet effet s’estompait après 30 minutes.

L’intraveineuse contre l’orale

Lors de cette étude, la silibinine administrée par voie intraveineuse semblait avoir une puissante activité anti-VHC. Cependant, selon l’équipe de chercheurs, les doses orales d’extraits de chardon-Marie n’avaient pas le même effet. L’équipe soupçonne que cela est vraisemblablement dû au métabolisme important que subissent ces extraits au niveau de l’intestin et du foie. Des études antérieures avaient montré que l’administration orale d’extraits de chardon-Marie donnait lieu à de très faibles niveaux d’extraits actifs dans le sang. Ces niveaux sont beaucoup plus bas que ceux notés lors d’expériences en laboratoire sur des cellules hépatiques. Ainsi,  il n’est pas étonnant qu’une autre étude ait découvert que le chardon-Marie administré par voie orale n’avait pas d’effet sur les niveaux de VHC chez l’humain. Les recherches futures porteront vraisemblablement sur l’utilisation d’extraits très purifiés de chardon-Marie administrés par voie intraveineuse.

Le protocole utilisé lors de l’étude de Vienne est quelque peu lourd—une perfusion intraveineuse sur une période de quatre heures, tous les jours. L’équipe autrichienne étudie cependant différents horaires, notamment cinq jours consécutifs chaque semaine et peut-être une utilisation répétée et plus longue de la silibinine intraveineuse chez les personnes ayant une réponse partielle au traitement. D’autres études sont requises pour déterminer la dose optimale et les interactions possibles avec d’autres médicaments. Des chercheurs en Autriche et aux États-Unis espèrent mener une étude plus vaste sur la silibinine par voie intraveineuse, suivie d’un traitement par interféron-ribavirine chez des personnes dont l’infection au VHC n’a pas été éliminée antérieurement grâce au traitement classique.

Notes sur les extraits

La silymarine est le nom donné à un mélange de composés appelés flavonoïdes qui se trouvent dans le chardon-Marie. Le principal composé de la silymarine est la silibinine (un mélange à part égale de silibinine A et de silibinine). Parmi les autres composés présents dans la silymarine, mentionnons :

  • silydianine
  • isosilychristine
  • isosylibine A
  • isosylibine B
  • taxifoline

Il est probable que d’autres équipes de recherche exploreront l’activité de ces composés contre un large éventail d’affections.

Remerciement

Nous remercions le Professeur Peter Ferenci, MD, de l’université médicale de Vienne pour ses commentaires utiles et sa révision.

—Sean R. Hosein

RÉFÉRENCES :

  1. Ramasamy K, Agarwal R. Multitargeted therapy of cancer by silymarin. Cancer
    Letters. 2008 Oct 8;269(2):352-62.
  2. Wu JW, Lin LC, Tsai TH. Drug-drug interactions of silymarin on the perspective of pharmacokinetics. Journal of Ethnopharmacology. 2009 Jan 21;121(2):185-93.
  3. Schrieber SJ, Wen Z, Vourvahis M, et al. The pharmacokinetics of silymarin is altered in patients with hepatitis C virus and nonalcoholic fatty liver disease and correlates with plasma caspase-3/7 activity. Drug Metabolism and Disposition. 2008 Sep;36(9):1909-16.
  4. Seeff LB, Curto TM, Szabo G, et al. Herbal product use by persons enrolled in the hepatitis C Antiviral Long-Term Treatment Against Cirrhosis (HALT-C) Trial. Hepatology. 2008 Feb;47(2):605-12.
  5. Ferenci P, Scherzer TM, Kerschner H, et al. Silibinin is a potent antiviral agent in patients with chronic hepatitis C not responding to pegylated interferon/ribavirin therapy. Gastroenterology. 2008 Nov;135(5):1561-7.

Date d'affichage: 01/27/2009

 

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