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Nouvelles-CATIE : Bulletins de nouvelles concis sur le VIH/sida

Une étude britannique porte un regard sur la multithérapie et le cancer


Depuis plus de 25 ans, des chercheurs au Chelsea and Westminster Hospital de Londres recueillent des données relatives à la santé des personnes séropositives qui se font soigner dans cet établissement. Ce travail leur a permis d’établir une énorme base de données portant sur plus de 11 000 personnes vivant avec le VIH (PVVIH). Ces chercheurs ont récemment analysé leurs données dans le cadre d’une étude axée sur les cancers non liés au sida.

Les résultats de cette étude portent à croire que les PVVIH courent de nos jours un risque accru de faire un cancer non lié au sida. Il semble de plus que le fait d’avoir un compte de CD4+ sous la barre des 200 cellules à un moment donné de sa vie soit un facteur de risque important à cet égard. Autre constat troublant, l’équipe de chercheurs a découvert un lien entre la classe de médicaments anti-VIH appelés analogues non nucléosidiques (INNTI) et un risque accru d’un cancer particulier. Nous abordons cette question en détail plus tard dans cet article.

Détails de l’étude

Les chercheurs ont passé en revue les données relatives à la santé de 11 112 personnes séropositives en s’intéressant en particulier aux cas de cancers non liés au sida. Un cancer de ce genre s’est déclaré chez un total de 150 personnes qui avaient le profil moyen suivant :

  • 5 % de femmes, 95 % d’hommes
  • âge – 37 ans
  • milieu ethnoracial : 81 % de Blancs, 3 % de Noirs, 16 % d’origine non spécifiée
  • environ 50 % avaient fait l’objet d’un diagnostic de sida
  • compte de CD4+ le plus faible documenté – 104 cellules

Résultats

Environ 1 % (150 personnes) des sujets ont présenté un cancer non lié au sida.

L’équipe n’a relevé aucun risque accru de cancers non liés au sida avant 1996, année où la multithérapie antirétrovirale a vu le jour au Royaume-Uni. Toutefois, le risque de ce genre de cancer a doublé après 1996.

Facteurs de risque

Les chercheurs ont déterminé que deux facteurs étaient associés à l’augmentation du risque d’être atteint d’un cancer non lié au sida :

  • compte de cellules CD4+ – un compte de CD4+ qui a glissé sous la barre des 200 cellules à un moment donné du passé était associé à une augmentation de 67 % du risque de cancer
  • analogues non nucléosidiques (INNTI) – l’utilisation d’un INNTI était associée à une augmentation de 45 % du risque de cancer

Cancers spécifiques

L’équipe de chercheurs a examiné les tendances de l’incidence des cancers non liés au sida. Nous résumons ci-dessous ce qu’ils ont découvert au sujet de certains cancers spécifiques.

Cancer anal

L’incidence de ce type de cancer était 100 plus élevée que l’incidence habituelle observée chez les personnes séronégatives. De plus, le risque de ce type de cancer est demeuré élevé d’un bout à l’autre de l’étude. Un compte de CD4+ qui a déjà chuté à moins de 200 cellules était lié à un risque accru de ce genre de cancer.

Cancer du foie

L’incidence du cancer du foie était environ cinq fois plus élevée que ce qui s’observe généralement chez les personnes séronégatives. Cependant, ce cancer est devenu plus fréquent à partir de 2002 seulement. Il va sans dire que la co-infection par les virus de l’hépatite B ou C fait augmenter le risque de cancer du foie, mais les chercheurs n’ont pas été en mesure de cerner d’autres facteurs de risque possibles.

Cancers de la tête et du cou

Ce terme désigne les cancers qui se produisent dans la bouche, le nez ou la gorge. Les chercheurs ont remarqué une tendance à la hausse de l’incidence de ces cancers. Le virus du papillome humain, une infection transmissible sexuellement, aurait été à l’origine de plusieurs de ces cancers.

Cancer du poumon

Les cancers touchant cet organe sont devenus considérablement plus nombreux après 1996. De nos jours, le risque de cancer du poumon est deux fois plus élevé chez les PVVIH qu’il ne l’était dans le passé. Les facteurs de risque possibles comprennent une infection au VIH de longue durée et un compte de CD4+ ayant glissé sous la barre des 200 cellules. Cependant, vu le faible nombre de personnes atteintes de ce genre de cancer, ces facteurs de risque n’étaient pas considérés comme significatifs du point de vue statistique.

Maladie de Hodgkin

Les chercheurs observent des cas de ce cancer du système immunitaire depuis le début des années 80 chez des personnes atteintes du sida. Dans l’étude dont il est question ici, le risque de ce genre de cancer était 13 fois plus élevé que ce qui s’observe habituellement chez les personnes séronégatives. L’utilisation d’analogues non nucléosidiques doublait pour sa part le risque de maladie de Hodgkin.

D’autres cancers non liés au sida

Ces chercheurs britanniques n’ont observé aucune augmentation significative du risque des cancers touchant les organes suivants :

  • cerveau
  • rein
  • prostate
  • peau
  • testicules

Résultats clés

  1. Dans cette étude, on a constaté une « augmentation globale modeste » de l’incidence des cancers non liés au sida.
  2. Cette augmentation est survenue quelques années après l’introduction de la multithérapie, mais la situation semble s’être stabilisée depuis.
  3. Un compte de CD4+ qui a glissé sous la barre des 200 cellules à un moment donné du passé augmentait le risque de plusieurs cancers non liés au sida.

Qu’en est-il des analogues non nucléosidiques?

Étant donné la conception particulière de son étude, cette équipe britannique ne peut écarter complètement la possibilité d’une interprétation biaisée des résultats. De plus, l’étude était conçue d’une manière qui limitait le mandat de l’équipe à la simple recherche d’associations – ils n’étaient pas en mesure de prouver des liens de cause (prise d’INNTI) à effet (cancer). Ainsi, quoique intéressante, l’observation d’une association entre l’utilisation d’INNTI et la maladie de Hodgkin n’est pas concluante. L’équipe britannique reconnaît cette limitation et invite d’autres chercheurs à évaluer les effets cancérigènes éventuels des INNTI dans le cadre d’autres études.

Si cette équipe britannique avait relevé une association entre les analogues nucléosidiques (INTI) et le cancer, on aurait trouvé une telle découverte plus plausible parce qu’on sait depuis longtemps que les INTI endommagent les cellules, provoquent des mutations dans l’ADN et, dans quelques expériences sur des animaux, augmentent le risque de certains cancers.

De façon générale, les INNTI sont des médicaments sûrs et efficaces lorsqu’ils sont utilisés dans le cadre d’un traitement d’association contre le VIH/sida. Et il est à noter qu’aucune autre équipe de recherche n’a découvert de lien entre l’usage d’INNTI et l’apparition d’un cancer. Il est tout à fait possible que l’association observée par l’équipe britannique, quoique statistiquement significative, soit erronée. Compte tenu de la conception de l’étude et de ces autres bémols, il n’y a pas lieu de s’alarmer à l’heure actuelle.

Il reste que l’observation d’un lien possible entre le cancer et l’exposition aux INNTI devrait inciter la communauté médicale et les chercheurs à prendre les mesures suivantes :

  • Mener des expériences de laboratoire sur des cellules pour évaluer indépendamment les effets cancérigènes éventuels d’INNTI couramment utilisés : névirapine (Viramune) et éfavirenz (Stocrin, Sustiva). L’étravirine (Intelence), un INNTI récemment approuvé, n’a pas été associée au cancer lors des études sur des animaux et des cellules et est trop nouveau pour avoir joué un rôle important dans l’étude britannique.
  • Les responsables d’autres bases de données d’envergure, notamment la DAD de l’Union européenne et celle de la Veteran’s Administration (VA) aux États-Unis, devraient passer en revue les cas de cancers recensés afin de déterminer s’il y a un lien possible avec les INNTI.

—Sean R. Hosein

RÉFÉRENCES :

  1. Friedman-Kein A. Disseminated Kaposi’s sarcoma syndrome in young homosexual men. Journal of the American Academy of Dermatology. 1981 Oct;5(4):468-71.
  2. Stern RG, Gamsu G, Golden JA, et al. Intrathoracic adenopathy: differential feature of AIDS and diffuse lymphadenopathy syndrome. American Journal of Roentgenology. 1984 Apr;142(4):689-92.
  3. Bonnet F and Chêne G. Evolving epidemiology of malignancies in HIV. Current Opinion in Oncology. 2008 Sep;20(5):534-40.
  4. Powles T, Robinson D, Stebbing J, et al. Highly Active Antiretroviral Therapy and the Incidence of Non-AIDS-Defining Cancers in People With HIV Infection. Journal of Clinical Oncology. 2009; in press.

Date d'affichage: 01/20/2009

 

Toute décision concernant un traitement médical particulier devrait toujours se prendre en consultation avec un professionnel ou une professionnelle de la santé qualifié(e) qui a une expérience des maladies liées au VIH et des traitements en question. POUR EN SAVOIR PLUS