Réseau canadien d'info-traitements sida Savoir, ça aide... Appelez-nous au 1-800-263-1638 ou écrivez-nous
English home page 

Nouvelles-CATIE : Bulletins de nouvelles concis sur le VIH/sida

La lipodystrophie peut-elle s’atténuer au fil du temps?


Peu après l’arrivée, vers le milieu des années 90, de la multithérapie antirétrovirale dans les pays à revenu élevé, on a commencé à observer des changements bizarres dans le corps de certaines personnes qui prenaient les nouveaux médicaments. Ces changements peuvent être divisés en deux catégories de base :

  • lipoatrophie – diminution de la couche graisseuse située sous la peau (graisse sous-cutanée) donnant une apparence creuse aux joues et une apparence gonflée aux veines des membres
  • lipohypertrophie – accumulation de graisse dans le ventre, les seins (chez la femme) et, dans des cas rares, sur l’arrière du cou (nuque).

Certaines personnes sont touchées par l’un ou l’autre de ces troubles lipidiques, alors que nombre de PVVIH éprouvent les deux problèmes en même temps. De plus, des changements d’ordre métabolique peuvent avoir lieu à l’intérieur du corps, notamment l’augmentation des taux de sucre, de cholestérol et d’autres lipides dans le sang. L’ensemble de ces changements physiologiques et biochimiques est désigné par le terme syndrome de lipodystrophie du VIH.

Lorsque la lipoatrophie liée au VIH a fait son apparition, on l’a d’abord attribuée à la plus récente classe de médicaments anti-VIH du moment, soit les inhibiteurs de la protéase. Toutefois, les recherches menées au cours des 10 dernières années laissent croire que ce sont deux autres médicaments – le d4T (stavudine, Zerit) et, dans une moindre mesure, l’AZT (zidovudine, Retrovir et dans Combivir et Trizivir) – qui seraient à l’origine de la perte de graisse corporelle.

De nos jours, on a tendance à éviter le d4T dans les pays à revenu élevé et à privilégier d’autres médicaments comme les suivants :

  • Truvada – (ténofovir + FTC)
  • Kivexa – (abacavir + 3TC)

Des chercheurs français ont analysé des données à long terme recueillies auprès d’hommes séropositifs souffrant de lipodystrophie. Leurs résultats portent à croire que ce problème s’atténue chez certains hommes, mais l’amélioration en question est modeste et se produit lentement.

Détails de l’étude

Dans chercheurs œuvrant dans des hôpitaux de Cahors et de Toulouse dans le sud de la France ont recueilli des données portant sur la santé des patients séropositifs suivis dans des cliniques locales. Dans le cadre de leurs soins réguliers, ces  hommes subissaient occasionnellement des radiographies de faible dose appelées DEXA. Ce genre d’examen est utile pour évaluer objectivement les changements dans la composition du corps, c’est-à-dire le pourcentage de graisse, de muscle, d’os, etc. L’équipe de recherche s’est servie d’analyses DEXA et d’autres données inscrites dans les dossiers médicaux des patients pour évaluer les changements qui s’étaient produits dans la composition corporelle de ces hommes sur une période moyenne de quatre ans.

Le profil moyen des participants au début de l’étude était le suivant :

  • âge – 46 ans
  • durée de la séropositivité – 10 ans
  • compte de CD4+ actuel – 495 cellules
  • compte de CD4+ le plus faible jamais mesuré – 206 cellules
  • indice de masse corporelle (IMC) : moyen simple d’évaluer le poids d’une personne relativement à sa taille – 23

Résultats—quatre ans plus tard

L’analyse des scans DEXA et d’autres tests effectués sur une période de quatre ans a permis aux chercheurs de constater les changements suivants :

  • augmentation de 1,3 kg (presque 3 lb) de la graisse corporelle totale
  • augmentation de plus d’un demi-kilo de la graisse du tronc (600 g ou 1,3 lb)
  • augmentation de 300 g (plus d’une demi-livre) de la graisse dans les membres inférieur
  • IMC stable
  • diminution de la densité osseuse

Avant de subir leur premier scan DEXA, 85 % des participants avaient reçu de l’AZT et 79 % d’entre eux avaient reçu du d4T. Cependant, au cours de l’étude, 55 % des participants ont pris de l’AZT et 23 %, du d4T.

Après avoir comparé leurs données, les chercheurs ont constaté que certains patients (58 %) avaient connu une amélioration de leur lipodystrophie, alors que les autres n’avaient bénéficié d’aucune amélioration. L’équipe a effectué d’autres analyses afin de pouvoir expliquer cette différence.

Compte tenu de plusieurs facteurs, les chercheurs ont déterminé que les facteurs suivants étaient liés sur le plan statistique aux améliorations de la lipodystrophie :

  • compte de CD4+ élevé
  • rapport plus élevé de la graisse au niveau du tronc qu’au niveau des membres inférieurs
  • intervalle plus long entre les scans DEXA

Dans cette étude, plus l’utilisation de l’AZT était longue, plus le risque de lipodystrophie augmentait.

Mise en perspective

  1. Dans le cadre de cette étude française, l’abandon des analogues de la thymidine (d4T et AZT) était lié à une augmentation du volume de graisse dans les membres de certains patients. Selon les chercheurs, la graisse en question était en toute probabilité de la graisse sous-cutanée, ce qui laisse croire que la lipoatrophie peut être partiellement corrigée chez certaines PVVIH. Toutefois, la personne moyenne n’aurait pas tendance à remarquer un gain de 300 grammes (moins d’une livre) de graisse réparti dans les deux jambes sur une période de quatre ans. Il paraît donc que l’amélioration, s’il y en a vraiment une, se produit lentement.
  2. Plus on abandonnait rapidement les analogues de la thymidine en faveur d’analogues nucléosidiques plus sûrs, plus la probabilité d’une augmentation de la graisse sous-cutanée était grande.
  3. Les chercheurs ont également trouvé que la lipoatrophie et la lipohypertrophie se produisaient en même temps, ce qui semble contredire des données antérieures indiquant que ces phénomènes se produisaient séparément.
  4. Une forte proportion de patients (40 %) avaient des os minces, ce qui veut dire qu’ils souffraient d’ostéopénie ou de sa forme plus grave, l’ostéoporose. La diminution de la densité osseuse se produisait indépendamment de l’amélioration (ou non) de la lipodystrophie.

Points à retenir

Cette étude française comportait plusieurs limitations importantes :

  • Il s’agissait d’une étude rétrospective, ce qui veut dire que les chercheurs analysaient des données recueillies dans le passé. Les études de ce genre sont susceptibles de causer une interprétation biaisée des données. Les études rétrospectives sont souvent plus rapides et moins chères à mener, mais leurs résultats doivent être confirmés par un essai clinique conçu de façon plus rigoureuse.
  • La prescription d’analogues nucléosidiques n’était ni aléatoire ni contrôlée d’une quelconque façon, comme ce serait le cas dans un essai clinique prospectif. L’absence de randomisation augmente le risque d’une interprétation biaisée des résultats.
  • L’étude n’ayant porté que sur des hommes adultes, ses conclusions ne pourraient donc pas s’appliquer aux femmes ou aux enfants.
  • Aucune information n’a été fournie relativement aux co-infections comme l’hépatite C, alors les résultats pourraient ne pas s’appliquer aux personnes co-infectées.

Malgré ces faiblesses potentielles, l’étude française a évalué l’évolution de la lipoatrophie liée au VIH au moyen de scans DEXA sur la période la plus longue que toutes les autres études publiées dans ce domaine. Espérons que ses résultats inciteront d’autres chercheurs à mener des études de plus longue durée afin de confirmer et d’étoffer les données françaises.

Résultats surprenants de l’essai ANRS 136

En France, les responsables d’une étude en cours appelée ANRS 136 (Monoi) ont affecté au hasard des participants pour recevoir soit une multithérapie à base de darunavir-ritonavir, soit une monothérapie au darunavir-ritonavir. Le darunavir est vendu sous le nom commercial Prezista.

Après 48 semaines, on a observé une perte de graisse (lipoatrophie) chez huit participants sur 74 du groupe multithérapie, comparativement à une personne sur 67 dans le groupe darunavir-ritonavir en monothérapie. Les participants sous multithérapie ont reçu les analogues nucléosidiques suivants :

  • ténofovir + FTC (Truvada) – 5 personnes
  • 3TC + abacavir (Kivexa) – 1 personne
  • AZT + 3TC (Combivir) – 2 personnes
  • 3TC (lamivudine) + ddI (didanosine, Videx EC) – 1 personne

Même si le nombre de personnes atteintes de lipoatrophie dans l’étude Monoi est faible, les résultats observés chez les patients sous Truvada et Kivexa sont étonnants parce que ces combinaisons d’analogues nucléosidiques sont généralement considérées comme sûres et ne sont pas associées à la lipoatrophie. Il faudra attendre des résultats à plus long terme de l’essai ANRS 136 afin de voir si cette différence entre les personnes qui prennent des analogues nucléosidiques et celles qui n’en prennent pas se maintiendra.

—Sean R. Hosein

RÉFÉRENCES :

1. Cavalcanti RB, Cheung AM, Raboud J, et al. Reproducibility of DXA estimations of body fat in HIV lipodystrophy: implications for clinical research. Journal of Clinical Densitometry. 2005 Fall;8(3):293-7.

2. Bonnet E, Delpierre C, Sommet A, et al. Total body composition by DXA of 241 HIV-negative men and 162 HIV-infected men: proposal of reference values for defining lipodystrophy. Journal of Clinical Densitometry. 2005 Fall;8(3):287-92.

3. Degris E, Delpierre C, Sommet A, et al. Longitudinal study of body composition of 101 men with lipodystrophy: DXA criteria for lipodystrophy evolution. Journal of Clinical Densitometry. 2010; in press.

4. Valantin M-A, Flandre P, Kolta S, et al. Fat tissue distribution changes in HIV-infected patients with viral suppression treated with CDRV/r monotherapy vs. 2 NRTI + DRV/r in the Monoi–ANRS 136 randomized trial: Results at 48 weeks. In: Program and abstracts of the 17th Conference on Retroviruses and Opportunistic Infections, 16-19 February 2010, San Francisco, U.S. Abstract 721.

Date d'affichage: 04/12/2010

 

Toute décision concernant un traitement médical particulier devrait toujours se prendre en consultation avec un professionnel ou une professionnelle de la santé qualifié(e) qui a une expérience des maladies liées au VIH et des traitements en question. POUR EN SAVOIR PLUS