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Nouvelles-CATIE : Bulletins de nouvelles concis sur le VIH/sida

Le cancer et le VIH—les tendances aux États-Unis


Depuis l’apparition du sida, au début des années 80, les forces armées des États-Unis recueillent des informations relatives à la santé de leurs effectifs touchés par la maladie et celle de leur famille. Jusqu’à présent, des données portant sur quelque 4 500 personnes séropositives ont été recueillies. Les analyses de ces données sont un outil précieux pour mieux comprendre l’évolution des affections liées au VIH sur une période de quelques décennies.

Récemment, le personnel médical militaire a utilisé ces données pour explorer les tendances de l’incidence du cancer. Leur enquête a révélé un changement important dans les types de cancer observés au fil du temps. Nous discutons des implications de leurs résultats plus tard dans cet article.

Détails de l’étude

Les chercheurs se sont concentrés sur la période allant de 1984 à 2007 pour faire leur analyse. Voici le profil moyen des sujets évalués au moment de leur diagnostic de VIH :

  • 9 % de femmes, 91 % d’hommes
  • âge – 28 ans
  • milieu ethnoracial : 45 % de Noirs, 44 % de Blancs, 11 % d’autres groupes ethniques
  • compte de CD4+ – 510 cellules
  • 24 % avaient contracté une infection liée au sida durant la période à l’étude
  • la plupart a fait partie de l’étude pendant sept ans

Résultats

Sur une période de 20 ans, un cancer s’est déclaré chez environ 446 personnes, soit environ 10 % du groupe. La plupart des cancers (68 %) se sont produits avant 1996, et il y avait dans ces cas un lien avec le sida (sarcome de Kaposis, etc.). De façon générale, les cancers liés au sida devenaient moins fréquents à partir de 2001. Par contre, l’incidence des cancers non liés au sida est considérablement plus élevée de nos jours qu’elle ne l’était à l’époque précédant l’arrivée de la multithérapie. Voici quelques chiffres pour illustrer cette affirmation :

  • Avant 1996, 20 % des cancers n’étaient pas liés au sida.
  • Entre 1996 et 2000, 30 % des cancers n’étaient pas liés au sida.
  • Après 2001, 71 % des cancers n’étaient pas liés au sida.

Tendances spécifiques

Voici un aperçu des cancers non liés au sida qui se sont produits durant la période à l’étude :

  • cancer de la peau – 63 cas
  • cancer anal – 16 cas
  • maladie de Hodgkin (cancer du système immunitaire) – 14 cas
  • cancer de la prostate – 8 cas
  • cancer du rein – 7 cas

De tous ces cancers, seule l’incidence du cancer anal a augmenté de façon statistiquement significative entre 1984 et 2007.

Dans l’ensemble, l’équipe de recherche a calculé que le risque de faire un cancer non lié au sida était deux plus élevé chez les personnes séropositives que chez les personnes séronégatives en bonne santé. Le cancer anal touchait 13 fois plus d’hommes séropositifs que d’hommes séronégatifs d’un âge semblable.

Autres tendances

Les chercheurs militaires ont noté que le risque de cancer augmentait en fonction de l’âge des participants. Cela n’a rien de surprenant vu que notre système immunitaire se dégrade à mesure que nous vieillissons. On a également constaté que les Noirs étaient moins sujets au cancer de la peau que les Blancs.

Il ne semblait y avoir aucun lien entre le compte de CD4+ et le risque de présenter un cancer non lié au sida.

Décès

Environ 34 % des participants sont morts durant la période à l’étude. Chez les personnes atteintes d’un cancer non lié au sida, le taux de mortalité atteignait 40 %. Voici un aperçu des périodes écoulées entre le diagnostic d’un cancer et la mort :

  • un an après le diagnostic – 15 % étaient morts
  • trois ans après le diagnostic – 29 % étaient morts
  • cinq ans après le diagnostic – 41 % étaient morts

Les taux de survie étaient généralement supérieurs chez les personnes atteintes de cancers associés au sida.

Pourquoi cette augmentation des taux de cancer?

Il pourrait y avoir plusieurs raisons pour cette augmentation du nombre de cas de cancers non liés au sida :

  • Maintenant que les infections graves liées au sida tuent peu de personnes vivant avec le VIH, celles-ci survivent pendant plus longtemps, ce qui donne aux tumeurs qui évoluent lentement le temps de croître.
  • De façon générale, notre système immunitaire s’affaiblit à mesure que nous vieillissons. Il est donc possible que le vieillissement expose les PVVIH à un risque accru de certains cancers courants.
  • Les microbes qui contribuent à la formation des tumeurs (virus du papillome humain, virus de l’herpès et d’autres virus qui commencent peut-être à voir le jour) sont transmis par voie sexuelle et s’observent fréquemment chez les personnes vivant avec le VIH. Il se peut qu’un niveau minimal d’immunité soit nécessaire pour supprimer la croissance des tumeurs déclenchée par ces virus. Rappelons que la multithérapie ne restaure que partiellement la compétence du système immunitaire, alors les cancers pourraient se former plus facilement chez les PVVIH.
  • Il est possible que certaines PVVIH soient exposées à davantage de substances cancérigènes, notamment la fumée de tabac. D’autres chercheurs avaient en effet découvert, à leur surprise, que de nombreux composés cancérigènes de la fumée de tabac s’accumulaient dans les tissus humides de la muqueuse génitale. Cette découverte pourrait expliquer le lien persistant qui existe entre le tabagisme et le cancer du col de l’utérus. Il est également possible que le tabagisme augmente le risque d’autres cancers, tels que le cancer anal.

Mesures protectrices

Il est à noter que, dans cette étude, beaucoup des cancers (près de 80 %) non liés au sida se sont déclarés lorsque le compte de CD4+ se situait à plus de 350 cellules. Cela laisse croire que d’autres mesures devraient s’ajouter à la multithérapie pour protéger les PVVIH contre ces cancers. De telles mesures pourraient comprendre les suivantes :

  • chercher de l’aide et du soutien pour arrêter de fumer
  • pratiquer le sécurisexe pour minimiser l’exposition à d’autres virus cancérigènes transmis par le sexe
  • se faire tester et vacciner contre le virus de l’hépatite B
  • se faire tester pour l’exposition au virus de l’hépatite C
  • envisager de suivre un traitement contre l’hépatite B ou C (personnes co-infectées)
  • se faire diriger vers un service de dépistage du cancer anal (là où un tel service est disponible)
  • se faire évaluer par un dermatologue afin de détecter d’éventuelles lésions cutanées inhabituelles

Quelques bonnes nouvelles

Bien que l’infection au VIH soit de plus en plus associée à un risque accru de certains cancers, le nombre réel de personnes touchées par ces cancers est relativement faible. Il y a également lieu d’espérer que les recherches nous permettront de trouver des moyens de prévenir ces cancers non liés au sida.

Dans le prochain bulletin de Nouvelle-CATIE, nous rendons compte d’une étude britannique sur le cancer qui a découvert une tendance étonnante et potentiellement inquiétante.

—Sean R. Hosein

RÉFÉRENCES :

1. Crum-Cianflone N, Hullsiek KH, Marconi V, et al. Trends in the incidence of cancers among HIV-infected persons and the impact of antiretroviral therapy: a 20-year cohort study. AIDS. 2009 Jan 2;23(1):41-50.

2. Bonnet F and Chêne G. Evolving emidemiology of malignancies in HIV. Current Opinion in Oncology. 2008 Sep;20(5):534-40.

Date d'affichage: 01/19/2009

 

Toute décision concernant un traitement médical particulier devrait toujours se prendre en consultation avec un professionnel ou une professionnelle de la santé qualifié(e) qui a une expérience des maladies liées au VIH et des traitements en question. POUR EN SAVOIR PLUS