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Nouvelles-CATIE : Bulletins de nouvelles concis sur le VIH/sida

Le sérotriage : choix éclairé ou divination?


Certaines personnes sexuellement actives adoptent une pratique appelée sérotriage : elles ont des rapports sexuels seulement avec des personnes ayant le même statut VIH qu’elles. En théorie, le sérotriage devrait réduire la transmission du VIH. En réalité, toutefois, certaines personnes adoptent cette pratique dans le but d’abandonner le condom lors des relations sexuelles avec pénétration.

Des chercheurs d’Australie étudient les comportements sexuels d’hommes séropositifs et séronégatifs depuis plus de sept ans. Ils affirment que certains hommes font des suppositions par rapport au statut VIH de leurs partenaires passagers ou se contentent de deviner celui-ci, au lieu d’insister sur des conversations explicites à ce sujet. Se fondant sur ces suppositions, de nombreux hommes consentent à des relations anales non protégées avec d’autres hommes avec qui ils croient partager le même statut VIH. Ce comportement – faire des suppositions par rapport au statut VIH de ses partenaires – a été surnommé « seroguessing » par les chercheurs australiens (to guess = deviner). Le seroguessing, phénomène qui a été décrit également par des chercheurs canadiens et américains, augmente les risques de transmission du VIH.

Les chercheurs australiens ont recruté des hommes dans les deux groupes suivants :

  • Positive Health – recrutement de 729 hommes gais séropositifs
  • Health in Men (HIM) – recrutement de 1 427 hommes gais séronégatifs

La plupart des hommes dans chaque groupe étaient d’origine anglo-australienne. Ils ont été interviewés par les chercheurs au sujet de leurs comportements sexuels et sociaux. Les participants à l’étude HIM, dont la moyenne d’âge était de 36 ans, passaient régulièrement des tests de dépistage du VIH. La moyenne d’âge des participants séropositifs était de 46 ans.

Résultats—tendances

Au fil du temps, de plus en plus de participants, tant séropositifs que séronégatifs, dévoilaient qu’ils avaient eu des relations anales non protégées avec des partenaires passagers ayant le même statut VIH qu’eux.

Quand on leur demandait comment ils savaient le statut VIH de leurs partenaires, certains hommes avouaient avoir deviné celui-ci ou présumé le connaître. Quant à la fréquence des conversations explicites à ce sujet, elle se résumait comme suit :

  • Hommes séropositifs – 27 % des hommes devinaient le statut VIH de leurs partenaires sexuels passagers.
  • Hommes séronégatifs – 34 % des hommes devinaient le statut VIH de leurs partenaires sexuels passagers.

Selon les chercheurs, cette étude « met en évidence le fait que beaucoup d’hommes séropositifs et séronégatifs se contentent à l’heure actuelle de deviner le statut sérologique de leurs partenaires…[avant d’avoir ensuite des relations anales non protégées]. » L’équipe a fait une autre découverte étrange, à savoir que le fait de demander explicitement le statut VIH de son partenaire ou de deviner simplement celui-ci « ne semblait pas avoir d’incidence sur la décision d’avoir des relations anales non protégées. »

Contextes sexuels et risques

Les hommes séronégatifs qui font du sérotriage courent déjà des risques d’infection par le VIH à cause des facteurs suivants :

  • Il y a un intervalle entre le moment de l’exposition au VIH et celui où le système immunitaire se met à produire d’anticorps dans le sang. On appelle parfois cet intervalle variable la « période fenêtre », et cet intervalle peut durer plusieurs semaines. Durant cette période, comme il n’y a pas encore d’anticorps dans le sang, il est possible que les tests du VIH qui servent à la détection des anticorps ne donnent pas de résultat positif et ce, même si le virus s’est bel et bien transmis.
  • Ainsi, il est possible de recevoir un résultat négatif au test de dépistage si la transmission a lieu lors d’une relation sexuelle non protégée ou d’une autre activité à risque élevée et que le test est effectué durant la période fenêtre; si le VIH s’est bel et bien transmis, un test effectué après la fin de la période fenêtre révélera des anticorps, et le résultat sera donc positif.
  • Le seroguessing intensifie l’incertitude par rapport aux risques de transmission du VIH.

Compte tenu de tous ces facteurs, les chercheurs font valoir que « la réduction des risques favorisée par le sérotriage chez les personnes séronégatives pourrait être partiellement compromise par un taux élevé de seroguessing. »

Non-dévoilement

Les résultats de cette étude et d’études antérieures ont poussé les chercheurs australiens à conclure que les hommes séropositifs dévoilent de plus en plus leur statut à leurs partenaires sexuels passagers potentiels. Toutefois, ces mêmes études révèlent qu’ « une proportion substantielle d’hommes ne dévoilent pas leur statut sérologique ou ne le font qu’occasionnellement, selon les circonstances. » De plus, d’après l’équipe, « même si beaucoup d’hommes séropositifs ne dévoilent pas leur statut, un grand nombre d’hommes séronégatifs font fréquemment des suppositions erronées quant au statut sérologique de leurs partenaires. »

Vers un renforcement de l’éducation à la prévention

Les taux d’infection par le VIH sont à la hausse dans les communautés gaies des pays à revenu élevé, probablement à cause de la prolifération des rapports anaux non protégés et du sérotriage approximatif. Les chercheurs australiens encouragent les organismes qui développent des programmes visant la prévention du VIH à tenir compte des « changements dans les attitudes et les comportements des hommes gais contemporains. » Ce genre de programmes, ajoutent-ils, « devraient promouvoir la réduction active des risques, contrairement au seroguessing et à la prise de risques passive. » De plus, cette équipe maintient que les politiques et les programmes devraient « aborder le problème de la stigmatisation et de la discrimination liées au VIH et renforcer les compétences susceptibles de faciliter les conversations sur le VIH, tant chez les personnes séropositives que séronégatives. » Peut-être la recommandation la plus importante de l’équipe australienne est la suivante : l’éducation en  matière de VIH devrait « tenir du compte du fait que les hommes  séronégatifs qui ont des relations anales non protégées en se fiant à des suppositions de séroconcordance courent des risques élevés d’être infectés par le VIH. »

Recherche canadienne apparentée

Dirigée par le professeur Barry Adam, une équipe de l’AIDS Committee of Toronto a interviewé exhaustivement des hommes gais et bisexuels qui avaient des relations sexuelles anales non protégées tout le temps ou presque tout le temps. L’équipe a découvert que les suppositions que faisaient ces hommes par rapport à leurs partenaires passagers et aux comportements qu’ils considéraient comme normaux différaient selon leur statut VIH et l’étendue de leurs réseaux sociaux et sexuels. Selon ces chercheurs ontariens, à cause de cette tendance à faire, même à leur insu, des suppositions par rapport au statut VIH de leurs partenaires, les hommes séronégatifs qui font du sérotriage et qui ont des relations anales non protégées pourraient courir des risques élevés à l’égard de la transmission du VIH.

—Sean R. Hosein

REFERENCES:

  1. Scheer S, Kellogg T, Klausner JD, et al. HIV is hyperendemic among men who have sex with men in San Francisco: 10-year trends in HIV incidence, HIV prevalence, sexually transmitted infections and sexual risk behaviour. Sexually Transmitted Infections. 2008 Nov;84(6):493-8.
  2. Likatavicius G, Klavs I, Devaux I, et al. An increase in newly diagnosed HIV cases reported among men who have sex with men in Europe, 2000-6: implications for a European public health strategy. Sexually Transmitted Infections. 2008 Nov;84(6):499-505.
  3. Sullivan PS, Hamouda O, Delpech V, et al. Reemergence of the HIV epidemic among men who have sex with men in North America, Western Europe and Australia, 1996-2005. Annals of Epidemiology. 2009 Jun;19(6):423-31.
  4. Zablotska IB, Imrie J, Prestage G, et al. Gay men’s current practice of HIV seroconcordant unprotected anal intercourse: serosorting or seroguessing? AIDS Care. 2009 Apr;21(4):501-10.
  5. Adam BD, Husbands W, Murray J, et al. Silence, assent and HIV risk. Culture, Health & Sexuality. 2008 Nov;10(8):759-72.

Date d'affichage: 11/13/2009

 

Toute décision concernant un traitement médical particulier devrait toujours se prendre en consultation avec un professionnel ou une professionnelle de la santé qualifié(e) qui a une expérience des maladies liées au VIH et des traitements en question. POUR EN SAVOIR PLUS