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Nouvelles-CATIE : Bulletins de nouvelles concis sur le VIH/sida

Qu’est-ce qui influence la décision de commencer un traitement contre l’hépatite C?


Pour certaines personnes, consommer de la drogue ou de l’alcool constitue une tentative d’auto-médication : elles cherchent à atténuer temporairement la détresse causée par l’anxiété, la dépression, la psychose, le trouble de stress post-traumatique, la douleur physique et d’autres affections. Beaucoup de substances illicites créent cependant une forte dépendance et risquent d’endommager le cerveau. De plus, le partage d’aiguilles ou d’autre matériel pour consommer de la drogue comporte un risque élevé de transmission du VIH, du virus de l’hépatite C et d’autres infections.

Le virus de l’hépatite C (HCV) infecte et cause des dommages au foie. Chez les personnes infectées à la fois par le VHC et le VIH (co-infection), la dégradation du foie s’accélère. Le traitement d’usage courant contre l’infection au VHC repose sur la combinaison suivante :

  • peg-interféron à longue durée d’action (Pegasys, Pegetron), par injection hebdomadaire
  • doses quotidiennes de l’antiviral ribavirine

Le traitement du VHC peut durer jusqu’à un an; ensuite, le patient est observé pendant six mois pour assurer que l’infection virale est guérie. Malheureusement, les chances de guérison sont plus faibles chez les personnes co-infectées que chez les personnes atteintes du VHC seulement.

Au cours des trois dernières années, des études menées au Canada et en Suède ont révélé que seul un pourcentage relativement faible de personnes atteintes du VHC sont traitées, peut-être pour les raisons suivantes :

  • Certains médecins hésitent à proposer le traitement à des personnes qui mènent une vie chaotique caractérisée par la toxicomanie et/ou de graves problèmes de santé mentale.
  • Nombre de personnes atteintes du VHC refusent de suivre un traitement pour de nombreuses raisons, notamment la peur des effets secondaires.

Des chercheurs à Los Angeles ont mené une étude afin de mieux éclairer les facteurs qui pourraient influencer la prise de décisions des personnes atteintes du VHC relativement au traitement. Entre autres, les chercheurs ont déterminé que la relation médecin-patient jouait un rôle clé dans la décision de commencer le traitement.

Détails de l’étude

Les chercheurs ont recruté 35 personnes co-infectées par le VIH et le VHC qui étaient suivies dans des cliniques de Los Angeles. Ils ont également recruté 11 médecins qui avaient prescrit une thérapie anti-VHC à des patients de ces mêmes cliniques. Tous les participants ont consenti à des interviews exhaustives.

Le profil moyen des 35 participants co-infectés était le suivant :

  • 11 % de femmes, 89 % d’hommes
  • âge – 50 ans
  • compte de CD4+ – 470 cellules
  • 77 % avaient des antécédents de toxicomanie ou d’alcoolisme
  • substances déjà consommées : cocaïne, crystal meth, heroïne, marijuana
  • environ 60 % des participants ont dévoilé qu’ils s’injectaient de la drogue

Résultats—traitement anti-VHC

Vingt-six participants s’étaient fait proposer un traitement contre l’hépatite C par leur médecin. Sur ces 26 personnes, 17 avaient accepté et neuf avaient refusé.

Malgré la prise en compte de plusieurs caractéristiques et facteurs d’ordre personnel et comportemental — âge, compte de CD4+, sexe, groupe ethnoracial, orientation sexuelle, consommation actuelle ou passée de drogues —, les chercheurs n’ont constaté aucune différence significative entre les personnes qui avaient suivi le traitement anti-VHC et celles qui avaient refusé.

Résultats—influencer la prise de décisions

Selon les chercheurs, les patients ont décrit une « gamme de facteurs » qui avaient influencé leur décision de commencer ou non le traitement. Chez les personnes qui avaient refusé de suivre le traitement, les facteurs suivants avaient influencé considérablement leur décision :

  • Elles espéraient que des traitements plus efficaces et plus tolérables verraient le jour à l’avenir.
  • Elles ne se sentaient pas prêtes sur le plan psychologique.
  • Celles qui n’éprouvaient aucun symptôme de l’infection au VHC souhaitaient éviter les effets secondaires du traitement.

Chez les participants qui avaient choisi de commencer le traitement, les facteurs suivants semblent avoir influencé leur prise de décision :

  • Ils ne voulaient pas « perdre de temps » parce qu’ils commençaient à tomber malades.
  • Ils voulaient guérir de l’hépatite C et retrouver un meilleur état de santé.
  • Ils croyaient qu’ils n’avaient rien à perdre.
  • Ils avaient confiance que leur médecin les aiderait à bénéficier du traitement.

Motivation : le besoin de préserver sa santé

Selon les chercheurs, le facteur qui influençait le plus souvent la décision de commencer le traitement était l’inquiétude des patients par rapport aux effets que l’infection au VHC risquait d’avoir sur leur foie et leur état de santé global. Un participant a affirmé ceci par rapport à sa propre décision :.

  • « Il y a un choix à faire. Si je voulais rester en santé et continuer d’avoir une vie productive et positive, même avec le VIH, il fallait que je fasse ça. »

Certains participants ont évoqué le sentiment de n’avoir « rien à perdre » lorsqu’ils envisageaient l’impact qu’aurait éventuellement le traitement anti-VHC sur leur santé :

  • « Je crois que je n’ai rien à perdre. Il suffit d’essayer le traitement en espérant qu’il marchera. Si ça ne marche pas et que l’hépatite C est toujours là, ce sera comme si je n’avais pas pris de traitement. »

Préparation au traitement

Les chercheurs ont découvert que le fait de se sentir prêt à suivre le traitement anti-VHC avait une forte influence sur la prise de décisions des participants.

Pour certains patients, le succès qu’ils avaient connu grâce au traitement anti-VIH leur donnait l’impression qu’ils pourraient combattre efficacement le VHC aussi, voire en guérir.

Tous les participants étaient au courant des effets secondaires associés au traitement anti-VHC et « plusieurs [d’entre eux] parlaient du besoin d’être prêt à tolérer et à gérer les effets secondaires potentiels s’ils souhaitaient commencer le traitement. »

Sur les 17 patients qui avaient décidé de commencer le traitement anti-VHC, sept (41 %) avaient confiance qu’ils pourraient gérer efficacement les effets secondaires du traitement. Sur les patients qui avaient refusé de suivre le traitement, un seul se disait en mesure d’endurer les effets secondaires du traitement.

Plusieurs patients croyaient que la préparation au traitement reposait sur un sentiment de stabilité qui dépendait des facteurs suivants :

  • sentiment de stabilité mentale et émotionnelle
  • maîtrise de la consommation de drogues
  • logement stable
  • emploi

Soutien social

Environ 35 % des patients qui avaient décidé de suivre le traitement anti-VIH trouvaient que le soutien social — habituellement sous forme de groupe de soutien — était utile. Un des aspects les plus importants du soutien social a été décrit comme suit par l’équipe de chercheurs :

  • « La possibilité de parler de la peur des effets secondaires avec un patient en traitement ou ayant récemment terminé le traitement a aidé à dissiper les fausses idées par rapport au traitement [du VHC] ».

Médecins et patients

La plupart (65 %) des patients qui avaient décidé de suivre le traitement anti-VHC disaient que le soutien de leur médecin avait influencé leur décision. Les chercheurs ont trouvé que les patients en traitement « tenaient souvent des propos très forts par rapport à la qualité de leur relation avec leur médecin. »

Un patient a décrit de la manière suivante la confiance que lui inspiraient les médecins de sa clinique :

  • « C’est une question de confiance entre toi et ton médecin. Je crois que je fais confiance à la mienne parce que j’ai de l’importance pour elle. [Je ne suis pas juste un autre dossier]. Je lui pose des questions et elle me répond. C’est facile. »

Lorsque les chercheurs ont demandé aux patients de qualifier le soutien qu’ils recevaient de leur médecin, ils ont employé les mots et les expressions suivants :

  • fiable
  • sensible
  • il me donnait de l’espoir et de l’encouragement par rapport aux bienfaits du traitement

Médecins

Pour motiver leurs patients à commencer le traitement anti-VIH, certains médecins ont employé les stratégies suivantes :

  • insister sur l’importance du traitement pour améliorer la santé
  • soulever la possibilité d’une guérison
  • proposer un plan pour prévenir et gérer les effets secondaires du traitement

Les médecins aussi ont souligné l’importance de la confiance au sein de la relation entre patients et professionnels de la santé. À ce propos un des médecins a dit ceci :

« Je crois que pour entreprendre des démarches difficiles, les patients doivent croire que celles-ci sont justifiées. Beaucoup de patients se fient à la crédibilité de leur médecin, d’où l’importance d’établir des liens de confiance. Les gens ne font que des choses qu’ils estiment crédibles et n’écoutent que les personnes qui leur inspirent confiance. Alors il est très important d’établir un engagement sérieux envers le mieux-être du patient, ainsi que des voies de communication claires et directes. »

L’équipe de recherche a trouvé que la relation médecin-patient avait une influence prépondérante sur la prise de décisions relativement au traitement. Cette relation « pourrait revêtir une importance particulière pour les minorités ethniques qui ont des attitudes différentes vis-à-vis de l’establishment médical », d’affirmer les chercheurs.

Les chercheurs ont également affirmé que décider de commencer le traitement anti-VHC ne se limite pas à dresser une liste des pour et des contre; il s’agit d’un « processus interactif entre les professionnels [de la santé] et les patients qui sont des partenaires dans la prise en charge de la santé du patient. »

Ces chercheurs de Los Angeles ont découvert plusieurs facteurs intéressants qui influencent la prise de décisions des personnes co-infectées par le VIH et le VHC et de leurs professionnels de la santé relativement au traitement. Cependant, ce genre de recherche — créer un questionnaire exhaustif, interviewer les participants et préparer ensuite une transcription à des fins d’analyse — prend beaucoup de temps et coûte assez cher. Par conséquent, la présente étude était relativement petite et ses résultats ne peuvent être extrapolés à grande échelle. Il n’empêche que ces résultats pourraient aider les spécialistes des maladies infectieuses, les cliniques de l’hépatite et les services de santé publique qui essaient de comprendre les complexités de la co-infection et de trouver les moyens d’aider leurs patients atteints du VHC.

—Sean R. Hosein

RÉFÉRENCES :

1. Hagan H, Pouget ER, Williams IT, et al. Attribution of hepatitis C virus seroconversion risk in young injection drug users in 5 US cities. Journal of Infectious Diseases. 2010 Feb 1;201(3):378-85.

2. McLaren M, Garber G, Cooper C. Barriers to hepatitis C virus treatment in a Canadian HIV-hepatitis C virus coinfection tertiary care clinic. Canadian Journal of Gastroenterology. 2008 Feb;22(2):133-7.

3. Falconer K, Sandberg JK, Reichard O, et al. HCV/HIV co-infection at a large HIV outpatient clinic in Sweden: feasibility and results of hepatitis C treatment. Scandinavian Journal of Infectious Diseases. 2009;41(11-12):881-5.

4. Soriano V, Vispo E, Labarga P, et al. Viral hepatitis and HIV co-infection. Antiviral Research. 2010; in press.

5. Osilla KC, Ryan G, Bhatti L, et al. Factors that influence an HIV coinfected patient’s decision to start hepatitis C treatment. AIDS Patient Care and STDs. 2009 Dec;23(12):993-9.

Date d'affichage: 01/21/2010

 

Toute décision concernant un traitement médical particulier devrait toujours se prendre en consultation avec un professionnel ou une professionnelle de la santé qualifié(e) qui a une expérience des maladies liées au VIH et des traitements en question. POUR EN SAVOIR PLUS