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Nouvelles-CATIE : Bulletins de nouvelles concis sur le VIH/sida

Les interruptions de traitement augmentent le risque de cancer


L'infection par le VIH affaiblit le système immunitaire et augmente le risque de développer certains cancers, dont les suivants :

  • sarcome de Kaposi (SK)
  • lymphome non hodgkinien (LNH)
  • carcinome invasif du col utérin

Dans les pays à revenu élevé, le fait que l'on puisse recourir aisément à la thérapie antirétrovirale fortement active (HAART) a considérablement réduit le risque de ces cancers. Il est possible que la réduction de ce risque provienne du fait que la multithérapie HAART inhibe la production du VIH, permettant au système immunitaire d'entreprendre son processus d'autoréparation. L'augmentation subséquente du compte de CD4+, de CD8+ et d'autres cellules pourrait conférer une protection accrue contre ces cancers. Les lecteurs devraient savoir que le système immunitaire ne revient pas complètement à la normale même après l'utilisation prolongée de la multithérapie HAART. Une telle restauration imparfaite du système immunitaire peut s'opérer chez certaines personnes vivant avec le VIH/sida (PVVIH) exposées à un risque de cancers.

Et pourtant, compte tenu du phénomène du vieillissement, il est possible que des PVVIH soient tout simplement exposées à un risque accru de cancers sans rapport avec le sida. De tels cancers peuvent toucher les parties suivantes du corps :

  • peau
  • poumon
  • prostate
  • rein

Pour en savoir plus long sur le développement de cancers parmi les PVVIH, des chercheurs ont analysé les données recueillies au cours d'une étude appelée SMART. Dans le contexte de cette étude clinique, 5 472 participants sous multithérapie HAART furent assignés au hasard à l'un des groupes suivants :

  • groupe de traitement interrompu (TI) – Les participants arrêtaient de prendre leur multithérapie HAART jusqu'à ce que le compte de leurs CD4+ tombe sous la barre des 250 cellules. Ensuite, ils reprenaient leur multithérapie HAART jusqu'à la remontée de leur compte au-dessus de la marque des 350 cellules. Une fois le compte remonté, ils pouvaient à nouveau interrompre leur traitement jusqu'au retour du compte des CD4+ sous la barre des 250 cellules, après quoi ils reprenaient leur multithérapie HAART.
  • groupe de traitement continu – Les participants poursuivaient leur multithérapie HAART pendant toute la durée de l'étude.

La première analyse, effectuée en 2006, des données issues de l'étude SMART a fait ressortir un risque significativement accru d'infections et de décès liés au sida parmi les personnes qui interrompaient leur multithérapie. En fait, le risque de ces complications doublait chez les PVVIH qui interrompaient leur multithérapie.

Lors de l'actuelle analyse des cas de cancers, les personnes qui interrompaient leur multithérapie s'exposaient à un risque accru soit de récurrence d'un cancer survenu antérieurement, soit de nouveaux cas de cancers dont certains étaient sans rapport avec le sida.

Détails de l'étude

Les participants avaient été recrutés dans 33 pays entre 2002 et 2006. Le profil moyen des participants au début de l'étude SMART était le suivant :

  • composition : 27 % de femmes; 73 % d'hommes;
  • 57 % étaient de race blanche
  • 29 % étaient de race noire
  • compte de CD4+ : 597 cellules
  • 72 % avaient une charge virale sous la barre des 400 copies
  • 41% faisaient usage du tabac
  • 15 % étaient co-infectés du virus de l'hépatite C
  • 2 % étaient co-infectés du virus de l'hépatite B

Les participants ont, en moyenne, poursuivi l'étude pendant environ 1,5 an.

Résultats

En tout, 70 cas de cancer se sont produits durant la durée de l'étude, comme suit :

  • Des cancers liés au sida sont survenus chez 13 participants, dont trois sont décédés.
  • Des cancers sans rapport avec le sida se sont produits chez 58 participants, dont 16 sont décédés.
  • Le nombre de manifestations liées à des cancers a été semblable au nombre de manifestations cardiovasculaires (crises cardiaques, AVC et ainsi de suite) signalé dans cette étude.
  • Les participants qui s'étaient adonnés à des interruptions de traitement étaient presque six fois plus susceptibles de développer un cancer lié au sida que ceux qui n'avaient pas interrompu leur traitement.
  • Le risque de développer des cancers sans lien au sida était semblable dans les deux groupes de l'étude.
  • Les taux de décès de chaque type de cancer étaient deux fois plus élevés dans le groupe TI que dans le groupe traitement continu.

Cancers liés au sida

Durant l'étude, on a diagnostiqué 13 cancers liés au sida, comme suit :

  • SK  – 8 cas
  • lymphome – 3 cas de LNH, 2 cas de LH

Il n'est pas étonnant que les patients ayant interrompu leur traitement aient couru un risque de SK sept fois supérieur à ceux qui n'avaient pas interrompu leur traitement.  La fréquence des lymphomes n'a cependant pas différé entre les groupes de l'étude.

Dans l'étude SMART, les PVVIH exposées au plus grand risque de développer l'un des cancers liés au sida étaient celles qui avaient des antécédents d'un tel cancer. Leur risque était environ 170 fois plus grand que celui qu'encourraient les personnes qui n'avaient jamais eu l'un de ces cancers.

L'un des facteurs de risque possibles de développer un cancer était le délai écoulé depuis l'instauration du traitement anti-VIH. Dans cette étude, plus la durée du traitement anti-VIH était longue, plus le risque de cancer était élevé. Bien que statistiquement significatif, il s'agissait quand même d'un mince risque.

Cancers sans rapport avec le sida

Les cancers non reliés au sida observés au cours de cette étude comprenaient les suivants :

  • cancer de la peau – 16 cas
  • cancer du poumon – 8 cas
  • cancer de la prostate – 6 cas

La fréquence de ces cancers ne s'est pas avérée significativement différente entre les groupes de l'étude.

Les facteurs ayant exposé les PVVIH à un risque accru de cancers non liés au sida étaient les suivants :

  • âge – Pour chaque décennie de vieillissement, il y a augmentation du risque de ces cancers. Les gens âgés de 50 ans ou plus courraient un plus grand risque de ces cancers que les plus jeunes.
  • antécédents de cancer – Chez les PVVIH qui avaient des antécédents de l'un des cancers non reliés au sida, le risque de développer ultérieurement l'un de ces cancers était deux fois plus grand.

Points à prendre en considération

1. En l'espace d'un 1,5 an, période relativement courte, le risque de développer le cancer s'est considérablement accru parmi les PVVIH qui avaient interrompu leur multithérapie HAART.

2. Les cancers non reliés au sida—comme ceux touchant les poumons, la prostate et la peau—ont été des causes fréquentes de décès parmi les participants ayant interrompu leur traitement, plus particulièrement parmi les PVVIH plus âgées et faisant usage du tabac.

3. Le risque accru de cancers liés au sida a semblé avoir un lien avec la baisse du compte des CD4+ qui s'est produite lors d'une période de TI.

4. L'équipe de chercheurs a fait valoir le fait que les médecins devraient encourager les PVVIH à adopter un comportement préventif standard à l'égard des cancers, incluant les programmes anti-tabac.

Dans l'ensemble, les résultats de l'étude SMART soulignent les dangers que pose l'interruption du traitement parmi les personnes VIH-positives.

—Sean R. Hosein

RÉFÉRENCES :

1. El Sadr W, Lundgren J, Neaton JD, et al. Strategies for Management of Antiretroviral Therapy (SMART) Study Group. CD4+ count–guided interruption of antiretroviral treatment. New England Journal of Medicine 2006 Nov 30;355(22):2283-96.

2. Silverberg MJ, Neuhaus J, Bower M, et al. Risk of cancers during interrupted antiretroviral therapy in the SMART study. AIDS 2007 Sep;21(14):1957-63

Date d'affichage: 09/26/2007

 

Toute décision concernant un traitement médical particulier devrait toujours se prendre en consultation avec un professionnel ou une professionnelle de la santé qualifié(e) qui a une expérience des maladies liées au VIH et des traitements en question. POUR EN SAVOIR PLUS