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Nouvelles-CATIE : Bulletins de nouvelles concis sur le VIH/sida

Guérir de l’hépatite C ne protège pas contre la réinfection, révèle une étude


Le virus de l’hépatite C (VHC) peut infecter le foie et y causer des dommages. Si l’infection passe au stade chronique, elle détruit graduellement le foie et augmente le risque de cancer au fil de nombreuses années.

Le VHC se transmet le plus fréquemment par le partage d’articles utilisés pour s’injecter ou inhaler de la drogue. Cependant, depuis une décennie, des équipes de recherche de plusieurs pays à revenu élevé observent de plus en plus de cas de transmission sexuelle du VHC chez les hommes porteurs du VIH qui participent à l’une ou l’autre des activités à risque élevé suivantes :

  • sexe anal non protégé
  • sexe non protégé en groupe
  • fisting non protégé
  • partage de jouets sexuels

Lorsque le VIH est présent, les dommages causés au foie par le VHC se produisent plus rapidement. De plus, l’infection au VHC semble affaiblir le système immunitaire. Bien qu’il existe un traitement contre l’hépatite C, les taux de guérison chez les personnes co-infectées par le VIH laissent à désirer, comparativement aux personnes vivant avec le VHC seulement. Mentionnons aussi que le traitement de l’hépatite C est très désagréable et coûte très cher.

Des chercheurs œuvrant dans un hôpital de Londres ont mené une étude pour déterminer pourquoi certains hommes séropositifs semblent avoir recontracté l’hépatite C après en avoir guéri une première fois. Une étude était nécessaire parce que les chercheurs ne savaient pas si ces hommes avaient été réinfectés par le VHC ou s’ils avaient simplement vécu une rechute de leur infection initiale. Les résultats de cette étude ont des implications pour les efforts visant la prévention du VHC chez les hommes gais et bisexuels.

Détails de l’étude

Les chercheurs ont fouillé dans une base de données recueillies auprès de personnes séropositives qui avaient également fait l’objet d’un diagnostic d’hépatite C aiguë entre 1999 et 2008. L’équipe s’intéressait surtout aux personnes qui avaient vécu un deuxième épisode d’hépatite C après s’être apparemment remis de cette infection. Les chercheurs ont recueilli des échantillons de sang et passé en revue les dossiers médicaux de
22 participants gais ou bisexuels qui ne consommaient pas de drogues injectables. Des virologistes ont analysé exhaustivement les souches du VHC qu’on avait détectées chez les hommes lors des deux épisodes d’hépatite C.

Les 22 hommes étaient âgés en moyenne de 40 ans et avaient un compte de CD4+ moyen de 463 cellules au moment de la première infection par le VHC.

Résultats

Durant le premier épisode d’hépatite C, 20 hommes sur 22 ont reçu un traitement anti-VHC qui a duré six mois — durée habituelle du traitement de l’infection aiguë au VHC dans les centres de recherche. Les deux autres hommes ont guéri spontanément de l’infection.

En moyenne, le deuxième épisode d’hépatite C s’est produit 22 mois après le premier. Les dossiers médicaux révélaient 27 infections transmissibles sexuellement (ITS) chez
18 hommes durant l’intervalle. Les ITS les plus courantes étaient la syphilis et la gonorrhée. L’équipe de recherche a indiqué que ces infections laissaient soupçonner des relations sexuelles non protégées.

Lors du deuxième épisode, tous les cas d’hépatite C étaient asymptomatiques, et il fallait effectuer un test de laboratoire de routine pour détecter l’infection. Le compte de CD4+ moyen se situait à 512 cellules lors du deuxième épisode d’hépatite C.

Comparaison des virus

Les chercheurs ont réussi à isoler des virions qui étaient présents lors des deux épisodes distincts d’hépatite C chez neuf hommes sur 22. Une analyse virologique sophistiquée (appelée analyse phylogénique) a été effectuée pour déterminer dans quelle mesure le VHC du deuxième épisode s’apparentait à celui du premier épisode.

Chez six hommes sur huit, l’analyse phylogénique n’a révélé qu’une ressemblance lointaine entre les souches du VHC détectées lors des deux épisodes. Selon les chercheurs, ce résultat donnait « des preuves probantes que ces personnes avaient été réinfectées par une autre souche du VHC. »

Quant au neuvième homme, il avait été infecté par le génotype 4 du VHC lors du premier épisode et le génotype 1a lors du deuxième. Ce résultat permet également de soupçonner une réinfection.

Dans plusieurs autres cas où aucun échantillon de virus n’était disponible aux fins d’une analyse phylogénique, le génotype du VHC avait été noté dans le dossier médical des hommes. Dans au moins trois cas, les génotypes des deux épisodes étaient différents, ce qui laisse croire à des cas de réinfection.

Les résultats de cette étude permettent de souligner qu’une exposition antérieure au VHC ne confère aucune protection contre d’éventuelles infections futures. Des expériences menées sur des chimpanzés qui avaient guéri d’un premier épisode d’hépatite C ont en effet révélé que ces animaux étaient « très susceptibles » d’être infectés de nouveau, a fait valoir l’équipe londonienne.

Les chercheurs ont affirmé que le risque de réinfection était étroitement lié aux comportements à risque.

Étant donné le taux relativement élevé de réinfection par le VHC, comparativement au taux de rechute, les chercheurs encouragent les médecins qui croient observer le retour du VHC à interroger leurs patients au sujet de :

  • leurs activités sexuelles récentes
  • leur consommation de drogues

Les chercheurs recommandent aussi que les médecins effectuent des tests pour déterminer le génotype du VHC, car cela pourrait les aider à établir s’il s’agit d’une rechute ou d’une réinfection. Enfin, là où les centres de recherche sont prêts à évaluer la ressemblance entre les souches du VHC, l’équipe britannique mentionne que l’analyse phylogénique peut aider à distinguer entre une rechute et une réinfection.

Même si la multithérapie antirétrovirale peut supprimer le VIH et augmenter le compte de CD4+, elle ne réussit pas à restaurer complètement le système immunitaire. Rappelons qu’une bonne partie du système immunitaire se trouve dans les ganglions lymphatiques et des tissus dispersés un peu partout dans le tractus intestinal, appareil qui se termine par le rectum et l’anus. Il est possible que les constituants du système immunitaire qui se trouvent au bout du tractus intestinal soient relativement faibles et incapables de maîtriser certaines infections. Cela expliquerait partiellement pourquoi certains hommes séropositifs qui ont des relations sexuelles non protégées demeurent susceptibles aux complications découlant d’infections transmissibles sexuellement comme le VHC, le VPH, le lymphogranulome vénérien (LGV) et la syphilis.

Les résultats de cette étude londonienne laissent croire qu’il faut intensifier les efforts pour sensibiliser les hommes gais et bisexuels aux dangers de l’infection au VHC et des autres ITS.

—Sean R. Hosein

RÉFÉRENCES :

  1. Jones R, Nelson M, Low E, et al. Re-emergent hepatitis C viremia after apparent clearance in HIV-positive men who have sex with men: re-infection or late recurrence? Journal of Acquired Immune Deficiency Syndromes. 2010 Apr 1;53(4):547-50.
  2. Kamarashev J, Riess CE, Mosimann J, et al. Lymphogranuloma venereum in Zurich, Switzerland: Chlamydia trachomatis serovar L2 proctitis among men who have sex with men. Swiss Medical Weekly. 2010 Apr 3;140(13-14):209-12.
  3. Rutland E, Harindra VK. Syphilis: an important cause of infectious hepatitis. International Journal of STDs and AIDS. 2010 Mar;21(3):215-6.

Date d'affichage: 05/04/2010

 

Toute décision concernant un traitement médical particulier devrait toujours se prendre en consultation avec un professionnel ou une professionnelle de la santé qualifié(e) qui a une expérience des maladies liées au VIH et des traitements en question. POUR EN SAVOIR PLUS