Vision positive

hiver 2012 

Demandez aux experts

Nous avons demandé à un spécialiste des reins (néphrologue), un pharmacien et un naturopathe de nous donner leurs trucs pour aider les personnes séropositives à protéger leurs reins.

Alireza Zahirieh, M.D.

Néphrologue, Clinique des maladies rénales liées au VIH
Sunnybrook Health Sciences Centre
Toronto

La prévention et le traitement des maladies des reins vont de pair, et un mode de vie sain est essentiel aux deux. Cela veut dire faire de l’exercice régulièrement, adopter un régime alimentaire équilibré en suivant le Guide alimentaire canadien et réduire sa consommation d’alcool, de tabac et de drogues. Les personnes vivant avec le VIH devraient aussi voir régulièrement leur médecin pour passer des tests de dépistage des maladies rénales.

Les maladies des reins semblent être plus courantes chez les personnes séropositives que dans la population générale. Chez beaucoup de mes patients, les maladies rénales ne sont pas liées à l’infection au VIH, mais à d’autres facteurs de risque traditionnels comme le diabète, l’hypercholestérolémie, l’hypertension et le tabagisme, qui sont tous des problèmes plus courants chez les personnes vivant avec le VIH. Pour gérer les problèmes de rein, il faut contrôler le plus possible les facteurs de risque. Cela consiste, entre autres, à maîtriser l’infection au VIH avec la thérapie antirétrovirale.

Les maladies des reins ont beaucoup de choses en commun avec les maladies cardiovasculaires. De façon générale, tout ce qui est bon pour le cœur est bon pour les reins. L’inflammation chronique que l’on observe chez certaines personnes atteintes du VIH augmente les risques d’athérosclérose (durcissement des artères), et par conséquent les risques de crise cardiaque, d’accident vasculaire cérébral et d’insuffisance rénale chronique. Heureusement, en traitant l’insuffisance rénale, on réussit aussi à traiter ces autres problèmes.

Il faut faire très attention aux lésions rénales causées par les médicaments afin de prévenir l’insuffisance rénale. Certains médicaments sont plus susceptibles de causer des dommages aux reins, mais presque n’importe quel médicament peut causer une réaction allergique qui risque de nuire à ces organes. Pour éviter les lésions rénales, il est très important de prendre les doses appropriées de médicaments. De plus, un suivi minutieux est de rigueur chaque fois que l’on introduit un nouveau médicament ou que l’on modifie la dose d’un médicament qu’on prend déjà. Certains médicaments en vente libre, tels que l’ibuprofène (Advil, Motrin) ou l’aspirine à forte dose, peuvent nuire aux reins des personnes à risque. Enfin, les interactions médicamenteuses provoquent dans certains cas des effets indésirables potentiellement dangereux; il est donc crucial que vos fournisseurs de soins connaissent le nom de tous les médicaments que vous prenez, y compris les médicaments en vente libre et les suppléments.

En résumé, pour protéger ses reins, il faut un mode de vie sain, un traitement énergique des facteurs de risque de maladies rénales (y compris l’infection au VIH), une utilisation prudente des médicaments et une alimentation équilibrée.

Jeff Kapler, BScPharm

Pharmacien spécialiste du VIH
Southern Alberta Clinic for HIV/AIDS
Calgary

De nombreux médicaments peuvent avoir un impact sur la santé des reins, y compris certains antirétroviraux. Certains antibiotiques, médicaments contre l’hypertension artérielle, anti-inflammatoires et drogues de la rue peuvent causer des lésions rénales. Il est important que les personnes présentant des risques élevés de maladies rénales utilisent avec prudence les médicaments en vente libre. Chez une personne suivant une thérapie antirétrovirale qui présente une insuffisance rénale limite, l’ibuprofène peut faire pencher la balance et causer des dommages rénaux additionnels. Pour soulager la fièvre ou la douleur, l’acétaminophène (Tylenol) est une bonne option, sauf en présence de maladies hépatiques graves.

Comme beaucoup d’autres médicaments, le ténofovir (Viread, aussi dans Truvada, Atripla et Complera) est évacué de l’organisme par les reins, et on a signalé des cas de lésions rénales chez des personnes qui prenaient ce médicament. Lors de la conférence 2011 de la Société internationale du sida qui s’est tenue à Rome, on a présenté les résultats d’une étude de cohorte française qui a examiné le rôle que jouait le ténofovir dans les maladies des reins. Sur les quelque 2 700 participants recevant du ténofovir, moins de 5 % ont présenté une insuffisance rénale chronique. Sur ces derniers, 90 % avaient déjà une fonction rénale affaiblie lorsqu’ils ont commencé à prendre du ténofovir, ainsi que d’autres facteurs de risque. Si un patient présente des risques considérables de développer une maladie rénale, je recommande d’autres options, s’il y en a. Mais le ténofovir n’est pas un médicament qu’il faut éviter en général, surtout s’il n’existe aucune autre option pour créer une combinaison efficace.

N’importe quel médicament susceptible de causer la formation de cristaux dans les reins peut nuire à ces organes. Certains rapports font état de la formation de cristaux et de calculs rénaux sous l’effet de l’inhibiteur de la protéase atazanavir (Reyataz), mais dans une bien moindre mesure qu’avec l’indinavir (Crixivan). Rappelons que celui-ci a déjà été associé à la présence de calculs rénaux chez un maximum de 13 % des patients qui s’en servaient. L’indinavir est rarement utilisé de nos jours au Canada, mais je recommande à mes patients sous atazanavir de boire au moins huit verres d’eau par jour, surtout durant l’été.

Le maintien d’une bonne santé globale — cholestérol, glycémie et tension artérielle à des taux optimaux — est important pour la santé des reins.

Agnieszka Matusik, N.D.

Docteure en naturopathie
Burnaby Heights Integrative HealthCare
Burnaby, Colombie-Britannique

Il est important que les personnes vivant avec le VIH consomment assez de calories, de protéines, de matières grasses, d’eau et d’autres liquides ainsi que des antioxydants. Les antioxydants protègent les reins contre les médicaments néphrotoxiques (c’est-à-dire toxiques pour les reins) et les effets nuisibles du VIH. Tout le monde devrait prendre une multivitamine quotidienne et manger beaucoup de fruits et légumes. Un minimum de cinq portions de fruits et légumes par jour est optimal, surtout si l’on choisit une variété d’options colorées. Les antioxydants éliminent les radicaux libres qui se créent lors de la réponse inflammatoire. Les huiles de poisson et les acides gras oméga-3 ont des propriétés anti-inflammatoires.

Je prescris des antioxydants comme les vitamines E et C, le sélénium et l’acétylcystéine, pour aider l’organisme à créer du glutathion, un antioxydant important qu’il est impossible de prendre sous forme de supplément. Certaines médecines botaniques ou plantes médicinales peuvent protéger les reins et aussi stimuler le système immunitaire. Plusieurs études appuient la prise d’astragale, de curcuma, d’acide alpha-lipoïque, de coenzyme Q10 et de spiruline. Le curcuma figure parmi les meilleurs.

Si quelqu’un développe une maladie rénale, on devrait faire vérifier son taux de vitamine D et, si celui-ci est trop faible, la prise de suppléments est à recommander, car les reins participent à la fabrication de la vitamine D. Les doses trop fortes de vitamine C sont à éviter, car cela peut contribuer à la formation de calculs rénaux dans certains cas.

Il est important de parler à un professionnel de la santé, comme un docteur en naturopathie, avant de prendre des suppléments. Les doses doivent être adaptées aux besoins de chaque personne en tenant compte de la présence de toute autre affectation ou de toute autre médication en cours.