Vision positive

hiver 2011 

Sous les verrous

Vivre avec le VIH en prison s’accompagne de défis parfois bien différents de ceux auxquels on pourrait s’attendre.

par David McLay et Ann Silversides


DOUGLAS (DOUG) FOREMAN sait bien ce que c’est que de vivre avec le VIH en prison. À l’âge de 52 ans, il connaît bien le système correctionnel canadien, ayant été incarcéré dans 11 établissements différents depuis sa première condamnation, en 1978. Homosexuel ayant contracté le VIH lors de relations sexuelles dans les années 1980, Doug a plus tard été diagnostiqué avec le virus de l’hépatite C (VHC), en 1991, sans trop savoir comment ou quand il aurait pu contracter ce virus.

Il est possible qu’il l’ait contracté il y a 32 ans, dans sa première année d’incarcération. Il était à la prison d’Archambault, au Québec, qui était à l’époque un pénitencier à sécurité maximale; un beau jour, un codétenu l’a invité à se shooter avec lui. « Il était assis à côté de moi et je le regardais se préparer sa dose, puis il m’en a préparé une », a avoué Doug dans une entrevue téléphonique de sa résidence actuelle, un établissement à sécurité moyenne au Québec. « Je n’avais aucune idée que j’allais me piquer… Je n’aurais même pas su comment. »

Après plus de trois décennies dans le système, Doug est pleinement conscient qu’être séropositif en prison s’accompagne de défis particuliers — des défis que les personnes séropositives hors de prison et séronégatives en prison ne connaîtront jamais. L’accès à des soins médicaux appropriés est un problème indéniable. Aussi, la stigmatisation et la discrimination entourant le VIH, courantes au sein même de la société, sont parfois pires entre les quatre murs d’une prison. Mais Doug soulève un autre problème : les taux d’hépatite C sont élevés dans les prisons canadiennes et l’accès aux outils de prévention est limité, ce qui fait que de nombreux détenus qui ont le VIH font face au lourd fardeau pour leur santé de la co-infection par le VHC.


SELON LES DONNÉES PUBLIÉES, deux à huit pour cent des détenus au Canada vivent avec le VIH, un pourcentage dix fois plus élevé qu’au sein de l’ensemble de la population. Et encore, nous dit Doug, « Les taux de VIH en prison sont bien plus élevés qu’on ne veut bien le reconnaître. J’étais dans une prison à sécurité minimum il y a trois ans avec 250 détenus. Dans le cadre d’un séminaire sur le VIH, après avoir dit qui j’étais, 25 hommes m’ont approché pour me dire qu’eux aussi étaient séropositifs. »

L’infection par le VHC est encore plus courante, selon des rapports officiels, affectant 19 à 40 pour cent des détenus, soit 20 fois plus qu’au sein de l’ensemble de la population. La plupart des détenus ont dit avoir contracté le VIH ou le VHC en partageant des seringues et de l’équipement pour s’injecter des drogues. Il est donc possible que Doug ait contracté le virus de l’hépatite C cette seule fois qu’il a partagé une seringue. Ou peut-être était-ce lors de rapports sexuels — de plus en plus de données semblent indiquer que le VHC peut se transmettre sexuellement, et plus particulièrement parmi les hommes séropositifs qui ont des rapports sexuels avec d’autres hommes.

Mavis Daniels, 33 ans, est Crie. Elle vit à Prince Albert, en Saskatchewan. Elle a reçu son diagnostic d’hépatite C en 1996 et de VIH en 2003. Mavis s’est injecté des drogues pendant de nombreuses années avant d’arrêter il y a trois ans. Elle dit avoir contracté le VIH dans ses relations sexuelles avec un ancien partenaire. Cet homme, un hémophile qui avait contracté le VIH dans les années 1980 à la suite d’une transfusion sanguine, n’avait jamais parlé de son VIH à Mavis. Après avoir entendu des rumeurs, elle lui avait demandé, « Es-tu malade? Tu dois me le dire. ». Et il avait répondu « Non, ce n’est pas vrai. Je me demande bien qui a pu te raconter de telles conneries. » La relation s’est poursuivie et le couple a même décidé d’essayer d’avoir un enfant. Éventuellement, un ami mutuel a décidé de dire la vérité à Mavis. « J’ai fait un saut parce que ça faisait déjà un an que nous avions des relations sexuelles non protégées. » Les résultats du test de dépistage du VIH étaient positifs.

Mavis a également fait de la prison, deux fois — une fois vers la fin des années 1990, et de nouveau de 2007 à 2009 — au Centre correctionnel Pine Grove, en Saskatchewan. Elle entre dans des statistiques surprenantes, comme celle qui révèle que les Prairies comptent près de la moitié de toutes les femmes séropositives incarcérées dans des prisons fédérales au Canada. Les femmes autochtones en prison sont particulièrement touchées — selon un sondage anonyme effectué en 2007 dans les prisons fédérales, environ une Autochtone sur 10 (soit 11,7 pour cent) était séropositive et une sur deux (49,1 pour cent) vivait avec le VHC!


UNE CHOSE CRITIQUE lorsqu’on vit avec un problème de santé chronique comme le VIH, c’est d’obtenir de bons soins médicaux. Au Canada, les détenus ont droit à des « soins de santé essentiels » tandis qu’ils sont incarcérés, et ces soins incluent le traitement du VIH.

En général, les détenus qui sont séropositifs ont au moins occasionnellement accès aux soins d’un spécialiste. Barb Bowditch, responsable de cas pour le VIH et conseillère depuis 2006 au Programme sur l’hépatite C de Prince Albert, en Saskatchewan, nous dit que les détenus séropositifs des trois établissements de la région voient régulièrement un médecin du VIH — tous les un à trois mois environ, selon l’établissement — soit dans le cadre de cliniques à la prison ou à la clinique de Prince Albert, où les détenus sont escortés. Des services de soutien et cliniques sont offerts de façon soutenue. (Entre les rendez-vous avec le spécialiste du VIH, les détenus peuvent voir un médecin de la prison. Toutes les demandes sont évaluées par l’unité des soins infirmiers de la prison, qui les achemine ou pas.)

Les données nationales montrent qu’environ six détenus séropositifs sur dix suivent un traitement anti-VIH. Dans le système fédéral, les détenus reçoivent assez de médicaments contre le VIH pour deux semaines à la fois, en plaquettes alvéolées qu’ils gardent dans leurs cellules. Les détenus peuvent commencer leur traitement anti-VIH en prison, si c’est nécessaire et s’ils sont prêts à le faire. À la clinique de Prince Albert, Barb Bowditch nous dit, « la décision est prise par le médecin, le patient et une des infirmières. Certains détenus ne veulent pas commencer le traitement tout de suite et on respecte leur décision. Mais si leur compte de CD4 tombe, on leur donne au moins Septra et de l’azithromycine » en prévention d’éventuelles autres infections.

Malheureusement, la sécurité peut éclipser la santé dans les prisons. « Pendant trois mois », se rappelle Mavis, « je me suis plainte au personnel infirmier que quelque chose n’allait pas avec moi. Je n’étais pas capable de manger. Je me réveillais tous les matins en vomissant. Je l’ai dit aux infirmières, mais elles n’ont rien fait. Elles pensaient sans doute que je voulais sortir et aller à l’hôpital pour me faire apporter des drogues par un ou une amie. » La situation s’est détériorée et, un matin, Mavis a fait une crise. « Quand je me suis réveillée, dans l’ambulance, on m’a dit que mes somnifères avaient interagi avec mes médicaments contre le VIH, Kaletra et Combivir, et avaient causé une réaction dans le cerveau. »

Si l’on se fie aux récits de détenus comme Mavis, il est évident que la prison n’est pas l’endroit idéal pour se rétablir, mais la stabilité de la routine quotidienne peut faciliter l’observance au traitement. C’est pendant son deuxième séjour à Pine Grove que Mavis a décidé de prendre son traitement anti-VIH au sérieux. Elle prenait ses médicaments depuis des années de façon intermittente, mais sa routine de détenue l’a aidée à les prendre plus régulièrement. Malgré cela, la majorité des personnes qui suivent un traitement anti-VIH ont avoué avoir manqué au moins une journée de traitement pendant leur incarcération. Parfois, c’est parce qu’elles voulaient arrêter le traitement ou avaient oublié de renouveler leur ordonnance; d’autres fois, la pharmacie de la prison n’avait pas les médicaments en stock ou encore, le traitement était interrompu en raison d’un transfert entre deux établissements.

Le traitement à la fois des symptômes et des effets secondaires du VIH peut être difficile en prison. Les détenus qui vivent avec le VIH — qui prennent parfois des médicaments tels que Gravol (dimenhydrate) contre les nausées et de la gabapentine (Neurontin) pour traiter les neuropathies — peuvent être intimidés et forcés de donner leurs médicaments à d’autres détenus, qui se les injectent. « De plus en plus souvent, j’entends parler et je vois des cas d’abus de médicaments. Les gens s’injectent des cochonneries comme du Gravol…on ne voyait pas ça auparavant », nous dit le Dr Peter Ford, un spécialiste du VIH à la retraite avec plus de 20 ans d’expérience dans le traitement des détenus vivant avec le VIH dans les établissements fédéraux de l’Ontario. À cause de cela, les ordonnances des spécialistes du VIH sont souvent ignorées par les médecins de la prison, qui ont le dernier mot en ce qui concerne leur exécution.


TOUT COMME dans l’ensemble de la communauté, stigmatisation et VIH vont de pair dans les prisons; ainsi, de nombreux détenus séropositifs cachent leur séropositivité ou tout au moins essaient de la cacher. Selon Mooky Cherian, coordonnateur du programme pénitentiaire provincial au Prisoners’ HIV/AIDS Support Action Network (PASAN), un organisme ontarien de lutte contre le sida à l’intention des détenus séropositifs, tout ce qui peut indiquer qu’une personne est faible ou vulnérable, y compris le VIH, peut entraîner des problèmes à l’intérieur. Dans le cadre de son travail dans le système correctionnel pour les hommes de la province, Mooky Cherian a entendu de nombreux témoignages d’hommes séropositifs qui, après la divulgation de leur statut, ont été victimes d’ostracisme et ont été agressés par d’autres détenus.

Selon Barb Bowditch, l’expérience dans les prisons de la Saskatchewan Nord est différente. « Les détenus n’ont aucun problème à parler de leur statut lorsqu’ils sont en prison. Il y a peut-être environ huit ans, j’entendais de nombreux [témoignages de stigmatisation], mais je crois que les gens sont plus à l’aise aujourd’hui », peut-être en raison d’une prise de conscience accrue de l’épidémie dans la région.

La stigmatisation, combinée aux déséquilibres de pouvoir inhérents aux établissements de détention, peut également donner lieu à des comportements abusifs de la part du personnel. Mooky Cherian, qui a des clients dans plusieurs prisons provinciales en Ontario, raconte l’histoire d’un homme séropositif qui reçoit des boissons nutritives en boîte pour l’aider à rester en santé. (Bien qu’il en ait besoin, ces boissons sont révélatrices de son problème de santé.) Paraît-il qu’il arrive que les gardes prennent la boisson sur son plateau et la boivent devant lui avant de lui redonner la boîte vide. Ce genre d’intimidation peut expliquer pourquoi deux tiers des détenus fédéraux séropositifs craignent la discrimination.

Au Canada, il n’existe qu’un seul organisme de lutte contre le sida qui ait pour mandat de servir et défendre les détenus qui vivent avec le VIH : PASAN, qui a été établi en 1991. Vu que c’est le seul, même s’il est officiellement ontarien, PASAN est souvent considéré comme un organisme fédéral. Il s’occupe désormais aussi des détenus co-infectés par le virus de l’hépatite C. D’autres organismes de lutte contre le sida, ayant reçu des mandats plus vastes — tels que la Positive Living Society of British Columbia, le Centre Action Sida Montréal (Femmes) et HIV/AIDS Regional Services, à Kingston — envoient des travailleurs d’approche dans les prisons.

Les travailleurs de ces organismes fournissent de l’information aux détenus, interviennent pour leur permettre d’accéder à certains services au sein de la prison et leur prêtent une oreille compatissante. Pour assurer la confidentialité de leurs clients, les programmes font rarement explicitement allusion au VIH. Plutôt, ils offrent leurs services sans autre précision que santé sexuelle ou réduction des méfaits. De cette façon, la séropositivité des prisonniers est moins évidente.

Les travailleurs de première ligne sont souvent impliqués dans l’organisation des services sociaux, des soins de santé ou des services de logement pour les prisonniers qui viennent d’être libérés. Pour Mavis Daniels, le système a bien fonctionné. « Six mois avant ma libération », se souvient-elle, « j’ai demandé à Barb [Bowditch] si elle pouvait m’aider à trouver un logement et un emploi ». Par chance, Barb Bowditch connaissait le directeur de la maison de jeunes locale où Mavis avait déjà travaillé. Quelques coups de fil et Mavis était embauchée pour les services d’approche. « Mon travail consiste à monter dans la fourgonnette d’approche et à distribuer des sandwiches, des jus, des préservatifs et des seringues. »

La clinique de Prince Albert fournit également des soins de santé aux personnes qui sont de retour dans la communauté, même si parfois c’est difficile. « Nous avons leurs coordonnées lorsqu’ils sont libérés », nous dit Barb Bowditch, « mais il arrive que nous les perdions, et ce, plus particulièrement lorsqu’ils sont sans foyer ou ont des problèmes de toxicomanie. On les voit parfois dans la rue et on essaie de discuter avec eux. »


IL N’EST PAS SURPRENANT que les taux d’infection à VIH et VHC soient beaucoup plus élevés dans les prisons que dans l’ensemble de la population canadienne. L’utilisation de drogues injectables est chose courante dans les prisons et le partage de seringues est généralement considéré comme le principal mode de transmission du VIH et du VHC dans ces établissements. Selon le sondage national effectué en 2007, 16 pour cent des hommes et 15 pour cent des femmes ont indiqué avoir utilisé des drogues injectables pendant leur incarcération. Les données non scientifiques en provenance de détenus semblent montrer un pourcentage plus élevé, autour de 30 pour cent. Les raisons de consommer des drogues sont nombreuses : toxicomanie, problèmes de santé mentale, désir de sortir de l’ennui ou d’échapper aux difficultés de la vie en prison, pression des autres détenus. « La prison est un environnement stressant », nous dit Douglas Foreman, impassible.

Certaines personnes qui fument des drogues à l’extérieur commencent à se les injecter lorsqu’elles sont en prison parce que l’injection ne produit pas de fumée qui pourrait alerter les gardes. Aussi, avec les tests anti-drogue faits au hasard, certaines personnes peuvent arrêter de fumer de la marihuana, qui peut rester dans l’organisme pendant des semaines, pour s’injecter des drogues comme la cocaïne et l’héroïne, qui disparaissent rapidement de l’organisme.

Étant donné que les détenus n’ont pas officiellement accès à des seringues stériles dans les prisons, ils n’ont d’autre choix que de partager leur équipement d’injection, ce qui augmente le risque de transmission du VIH et du VHC. Étant donné les taux élevés de VHC dans les prisons, le risque de co-infection est bien réel pour les personnes qui vivent avec le VIH. La co-infection s’accompagne de son propre ensemble de troubles médicaux, y compris une progression accélérée des maladies du foie, des schémas posologiques plus compliqués, tant pour le VIH que pour le VHC, et des taux de succès du traitement anti-VHC plus faibles. Et c’est sans compter que les prisons sont à la traîne en matière de traitement anti-VHC. Seuls quatre pour cent des détenus infectés par le VHC reçoivent un traitement. L’ironie veut que, comme ce fut le cas pour Mavis et son traitement anti-VIH, la routine et la structure de la vie en prison soient un avantage pour les personnes qui doivent suivre un traitement contre le VHC comprenant la prise quotidienne de comprimés et des injections hebdomadaires et s’échelonnant souvent sur une période d’un an.

Le VIH, et le VHC (quoique de façon moins efficace), sont également transmis durant les rapports sexuels, et ceux-ci sont chose courante dans les prisons canadiennes. Dans le sondage de 2007, 17 pour cent des détenus et 31 pour cent des détenues ont mentionné avoir eu des relations sexuelles orales, vaginales ou anales au cours des six derniers mois. Presque tous ont indiqué avoir eu des relations sexuelles non protégées au moins une fois et une proportion importante ont avoué avoir eu des relations sexuelles avec une personne infectée par le VIH ou le VHC ou avec une personne dont elle ne connaissait pas le statut. Une interdiction sur le tabac dans les prisons fédérales imposée en 2008 peut également jouer un rôle indirect et inattendu dans le taux de transmission accru du VIH. « Le tabac était la devise de la prison », explique Doug, « désormais, le tabac qu’on trouve à l’intérieur est vendu à des prix exorbitants. Alors on l’a remplacé [dans le troc quotidien] par les services sexuels. »


LES EXPERTS RÉALISENT que pour réduire les taux de transmission du VIH et du VHC dans les prisons, il faudra mettre en œuvre des programmes pour réduire les risques associés à l’utilisation de drogues injectables. Réduire la consommation de drogues est une solution, et des programmes existent dans les prisons pour aider les détenus à se débarrasser de leur toxicomanie. La réduction des méfaits, une approche appuyée par de nombreux experts et activistes, soutient une telle réhabilitation, mais reconnaît aussi qu’on utilise des drogues injectables en prison et qu’il faut trouver des façons de rendre cette consommation moins dangereuse.

La mise en place de programmes d’échange de seringues semble être une solution flagrante, mais de tels programmes ne sont pas encore autorisés dans le système carcéral canadien. La politique de tolérance zéro à l’égard des drogues dans les prisons empêche toute activité qui reconnaisse la consommation de drogues. Il est vrai que d’autres mesures de prévention et de réduction des méfaits — préservatifs, digues dentaires, eau de Javel pour les seringues — sont en place. Doug en a applaudi l’introduction dans les prisons, au début des années 1990, mais le chemin à faire est encore long. Par exemple, l’eau de Javel tue le VIH — bien que Mooky Cherian rappelle qu’aucune preuve n’existe pour dire que l’eau de Javel soit efficace contre le VIH dans les seringues de fortune qu’on retrouve dans les prisons — mais pas le VHC. D’autre part, les recherches montrent que même les outils de prévention approuvés ne sont pas forcément toujours disponibles dans les prisons canadiennes.

Aussi, le tatouage avec des machines improvisées et de l’équipement qui n’est pas stérile est chose courante dans les prisons et comporte un risque de transmission du VIH et du VHC. Un programme pilote de tatouage introduit vers le milieu de 2005 par le Service correctionel du Canada avait été éliminé en décembre 2006 par le gouvernement fédéral alors nouvellement élu, malgré un rapport d’évaluation préliminaire révélant que le programme avait le potentiel de réduire le risque de transmission.

Le Réseau juridique canadien VIH/sida est depuis longtemps au premier rang des efforts nationaux de recherche et de défense sur le VIH dans les prisons, organisant des conférences et publiant des documents importants. « À titre d’organisme juridique, nous pouvons mettre l’accent sur la recherche et l’analyse des politiques et nous faire le porte-parole des détenus en ce qui concerne leur santé et leurs droits, d’une façon qui s’ajoute aux efforts des organismes de base populaire », nous dit Sandra Ka Hon Chu, co-auteure de deux rapports détaillés de l’organisme sur le besoin de programmes d’échange de seringues dans les prisons. (Voir les ressources. Les deux rapports contiennent de nombreux témoignages de détenus vivant avec le VIH.)

Tandis que la mise en œuvre de programmes d’échange de seringues dans les prisons aiderait à freiner la transmission du VIH et du VHC, il est possible que les taux toujours plus importants d’infection par le virus de l’hépatite C parviennent finalement à convaincre les autorités d’aborder le problème. Le Dr Peter Ford, dont la recherche novatrice avait attiré l’attention sur la prévalence du VIH dans les prisons canadiennes, fait valoir que le VHC est tellement courant dans les prisons qu’il s’apparente à une « nouvelle épidémie ». En novembre 2009, il s’est rendu à Ottawa pour éduquer les membres du Comité fédéral permanent de la sécurité publique et nationale sur ces questions. « Ce que nous avons ici, », a-t-il dit au comité, « c’est un problème de maladie transmissible par le sang… le Service correctionnel va finir par devenir un centre de soins pour les personnes souffrant d’insuffisance hépatique fatale, ce qui risque de coûter extrêmement cher. »

Pour sa part, Mavis Daniels n’a pas suivi de traitement contre l’hépatite C. Il y a quelques années son ami l’a suppliée d’attendre de trouver une certaine stabilité dans sa vie avant d’envisager de suivre un traitement souvent éreintant, qui peut durer jusqu’à un an. Elle estime que le moment est venu et a commencé à discuter avec son médecin et à recueillir de l’information. Douglas Foreman lutte lui aussi pour obtenir un traitement anti-VHC. Alors que tant son infection par le VIH que par le VHC sont à un stade critique, il sait que, s’il ne reçoit pas de traitement, son infection par le VHC, contractée en 1991, est celle qui pose le plus grand risque à sa santé.

Illustration : Raymond Biesinger
 

Organismes qui travaillent avec les détenus qui vivent avec le VIH

Prisoners’ HIV/AIDS Support Action Network (PASAN)
416.920.9567 ou 1.866.224.9978 (accepte les appels à frais virés depuis les prisons du Canada)
www.pasan.org

Centre Action Sida Montréal Femmes (CASM)
514.495.0990
netrover.com/~casm

HIV/AIDS Regional Services, Kingston
613.545.3698 ou 1.800.565.2209
www.hars.ca

Prince Albert Hepatitis C Program, Saskatchewan
Responsable de cas pour le VIH – 306.960.4157
Infirmière itinérante en VIH – 306.765.6541
Infirmière spécialisée dans l’hépatite C – 306.765.6545

Positive Living Society of British Columbia
604.893.2200 ou 1.800.994.2437
www.positivelivingbc.org

Ressources pour les personnes en prison

Cell Count – Magazine de l’organisme PASAN pour et par des détenus publié quatre fois par année; c’est le seul bulletin au Canada qui fournisse un forum non censuré pour les prisonniers et jeunes délinquants pour partager leurs propres expériences, idées et craintes sur le VIH/sida (en anglais seulement). Communiquez avec PASAN pour vous abonner.

Calendrier – disponible auprès du Centre de distribution de CATIE, www.catie.ca ou 1.800.263.1638

Articles du magazine Vision positive avec plus d’information :

« Sur le chemin de la guérison » (hiver 2010) – récits touchants d’Autochtones des Prairies vivant avec le VIH

« Double défi » (printemps 2008) – co-infection VIH/VHC

« L’hépatite C sur le radar » (printemps/été 2010) – transmission sexuelle de l’hépatite C

Autres publications du Réseau juridique canadien VIH/sida

Sous la peau – Témoignages individuels démontrant la nécessité de programmes d’échange de seringues en prison. 2010.

Pour changer net : argumentaire en faveur de programmes d’échange de seringues en prison au Canada. 2009.

Ces publications sont disponibles à l’adresse www.aidslaw.ca ou auprès du Centre de distribution de CATIE à www.catie.ca ou 1.800.263.1638