Vision positive

hiver 2011 

Faites tourner les rouages de votre cœur

Comme si vivre avec le VIH n’était pas assez difficile, on constate de plus en plus que les personnes séropositives courent un risque plus élevé de maladies cardiaques. Heureusement, vous pouvez faire plein de choses pour garder votre cœur en bonne santé. Sean Hosein et Debbie Koenig expliquent.


IL Y A QUELQUES ANNÉES, 12 ans après son diagnostic d’infection au VIH, Abel a fait une crise cardiaque. Il avait 70 ans. Fumeur et sédentaire, Abel raffolait des steaks, des hamburgers et des frites.

Jean-Claude, 37 ans, a lui aussi fait une crise cardiaque foudroyante. Il avait commencé un traitement anti-VIH trois ans auparavant, et son médecin était perplexe : Jean-Claude ne fumait pas, avait un poids santé et faisait de l’activité physique; il ne faisait pas d’hypertension et n’avait pas d’antécédents familiaux de cardiopathie. Bref, il ne présentait aucun facteur de risque pour les maladies du cœur.

Il peut certainement arriver que des personnes comme Jean-Claude aient une maladie du cœur, mais la vaste majorité des personnes vivant avec le VIH (PVVIH) qui ont une crise cardiaque ou un autre trouble du cœur présentent des facteurs de risque classiques de maladies cardiovasculaires. Autrement dit, les cardiologues sont beaucoup plus habitués à soigner des personnes dont les habitudes de vie ressemblent davantage à celles d’Abel qu’à celles de Jean-Claude. La bonne nouvelle? Il y a un tas de choses qu’on peut faire pour réduire les risques.

Facteurs de risque de maladies du cœur

Même si vous faites difficilement le lien entre VIH et maladies du cœur, celles-ci étant surtout à vos yeux un problème de personnes âgées, de récentes études portent à croire que les personnes vivant avec le VIH, y compris les personnes relativement jeunes, courent un risque plus élevé que l’ensemble de la population. Ainsi, un suivi régulier de votre santé cardiaque devrait faire partie de votre plan pour vivre longtemps et en bonne santé.

Au cours des deux premières décennies de l’épidémie du VIH, les médecins s’affairaient surtout à prévenir et à traiter les infections potentiellement mortelles. Toutefois, maintenant qu’il existe des traitements antirétroviraux plus efficaces dans les pays à revenu élevé, tel le Canada, les décès attribuables aux infections potentiellement mortelles sont rares ici, et les PVVIH vivent plus longtemps. Elles sont ainsi vulnérables aux complications habituelles qui accompagnent le vieillissement — y compris les maladies du cœur.

Un autre facteur qui explique l’incidence accrue des maladies du cœur chez les PVVIH réside dans l’inflammation qui se produit à cause de l’infection au VIH, surtout en l’absence de traitement. En effet, le VIH peut pousser le système immunitaire à entrer dans un état d’inflammation continue. Cette inflammation cause des dommages au système immunitaire, augmente le risque de maladies cardiaques et nuit à d’autres organes internes. De plus, elle provoque l’accélération du vieillissement des vaisseaux sanguins.

Le recours à un traitement antirétroviral permet de réduire considérablement l’inflammation liée au VIH. Des études ont en effet révélé que les personnes qui interrompaient leur traitement s’exposaient à des risques considérablement plus élevés de crise cardiaque et d’AVC. Même si la charge virale est faible ou indétectable, une inflammation de faible degré déclenchée par l’infection au VIH peut accroître le risque de maladies du cœur.

En même temps, certains des médicaments utilisés pour le traitement du VIH augmentent les taux de lipides (graisses présentes dans le sang, dont le cholestérol et les triglycérides), ce qui augmente le risque de maladies cardiaques. Il est donc crucial de faire surveiller régulièrement vos taux de lipides. Mentionnons aussi que de nombreuses PVVIH qui utilisent ces médicaments prennent d’autres mesures pour veiller à ce que leurs taux de lipides demeurent les plus faibles possibles.

Le tabagisme est le premier facteur de risque de maladies du cœur chez les PVVIH. Il est possible que votre risque soit plus élevé encore si vous présentez un des facteurs suivants : parent, frère ou sœur atteint d’une maladie du cœur; diabète; hypertension ou taux élevé de cholestérol; homme âge de plus de 45 ans ou femme âgée de plus de 55 ans; embonpoint, surtout un excès de graisse autour de la taille; dépression ou niveau élevé de stress; manque d’exercice physique; consommation de drogues comme la cocaïne, l’ecstasy, l’héroïne ou le crystal meth.

Il est important de discuter de tous vos facteurs de risque avec votre médecin afin de déterminer votre risque global de maladies du cœur.

Ce que vous pouvez faire

Il n’y a pas grand-chose à faire contre certains facteurs de risque, comme votre âge ou vos antécédents familiaux. Il reste que vous pouvez influencer de nombreux facteurs de risque avec le soutien d’un médecin, d’un infirmier ou d’un diététiste. En apportant quelques modifications à votre style de vie, non seulement votre cœur s’en portera mieux, mais vous vous sentirez sans doute plus en forme aussi. Une ou deux des suggestions suivantes pourraient constituer un bon point de départ :

Écrasez. Les fumeurs sont beaucoup plus à risque à l’égard des maladies cardiovasculaires, et les taux de tabagisme sont considérablement plus élevés chez les PVVIH que dans le reste de la population. Alors, si vous ne fumez pas, tant mieux! Mais si vous fumez, sachez qu’arrêter est la chose la plus importante que vous puissiez faire pour réduire votre risque de maladies du cœur. Cesser de fumer réduit également les risques de maladies pulmonaires, de cancer, d’ostéoporose et de nombreux autres problèmes de santé.

Lorsque vous aurez écrasé une fois pour toutes, votre risque de maladies cardiaques diminuera au fil du temps. Quant à votre risque de crise cardiaque, il sera réduit de moitié après trois ans sans tabac.

Si vous voulez arrêter de fumer, faites-vous conseiller par votre médecin ou infirmier. Il existe des substituts à la nicotine sous forme de timbres cutanés et de gommes à mâcher, ainsi que des médicaments et d’autres traitements qui pourraient vous aider. N’oubliez pas qu’arrêter de fumer exige patience et persévérance et que certaines personnes doivent faire plusieurs tentatives. Parlez à vos amis et proches qui fument pour voir s’ils sont prêts à cesser de fumer avec vous.

Mangez santé. Nombre d’études ont démontré qu’une alimentation riche en fruits et légumes de couleurs variées, en produits laitiers pauvres en gras et en grains entiers peut réduire considérablement l’hypertension artérielle et le cholestérol chez certaines personnes. D’autres approches, comme manger chaque jour une poignée de noix (amandes, pistaches et noix de Grenoble), pourraient également vous aider à réduire votre taux de cholestérol. Une réduction de votre consommation de sel contribuera à une baisse de votre tension artérielle. Enfin, essayez de manger moins de gras saturés et de gras trans afin de freiner toute augmentation de votre taux de cholestérol.

Adressez-vous à votre médecin ou infirmier, afin qu’ils vous mettent en contact avec un diététiste capable de vous fournir les conseils et le soutien dont vous avez besoin.

Bougez. La « drogue miracle » qu’est l’exercice peut contribuer à réduire l’inflammation, à abaisser le taux de mauvais cholestérol, à réduire le poids et à contrôler le diabète. Grâce à l’ensemble de ces bienfaits, l’exercice régulier (quatre fois ou plus par semaine) peut réduire le risque de maladies du cœur. Idéalement, votre programme d’exercices vous fera transpirer, vous mettra légèrement hors d’haleine et/ou augmentera considérablement votre fréquence cardiaque pendant au moins 30 minutes. Avant d’entreprendre toute activité physique plus vigoureuse que la marche, demandez à votre médecin ou infirmier de vous conseiller des activités qui vous conviendraient.

Perdez du poids. Si vous faites de l’embonpoint ou avez une grosse bedaine, la réduction graduelle de votre poids aidera à réduire votre risque de crise cardiaque (voir Mangez santé et Bougez).

Maîtrisez votre stress. C’est loin d’être évident, mais essayez de réduire votre stress à un minimum. S’il n’est pas possible d’éviter les situations stressantes, l’acupuncture, la méditation, le yoga et d’autres exercices de relaxation vous aideront à gérer votre stress. Et n’oubliez pas de dormir beaucoup.

Comme la dépression peut accroître le risque de maladies du cœur, parlez à votre médecin si vous éprouvez une fatigue inattendue ou si vous vous sentez triste ou en colère de façon persistante. Il ou elle pourra peut-être vous aider, ou au moins vous mettre en contact avec quelqu’un d’autre.

Cessez ou réduisez votre consommation de drogues. La cocaïne, les amphétamines (speed), le crystal meth et d’autres substances chimiques comme l’ecstasy peuvent augmenter votre risque de crise cardiaque. L’injection de substances comme l’héroïne ou la cocaïne peut aussi provoquer de graves infections potentiellement mortelles, et l’inflammation qui en découle risque de nuire à votre cœur. Si vous consommez de telles substances et voulez en prendre moins, parlez à un conseiller ou à une personne qui pourra vous venir en aide.

Pratiquez le sécurisexe. La recherche donne à penser que les infections transmissibles sexuellement (ITS) augmentent le risque de maladies du cœur. Le sexe peut et devrait être agréable, mais il n’y a aucune raison de vous exposer aux microbes. Le sécurisexe, même entre personnes séropositives, aide à réduire le risque de contracter et de transmettre les ITS. Renseignez-vous sur le dépistage et le traitement des ITS auprès de votre médecin.

Exposez-vous moins souvent aux microbes. L’exposition chronique aux microbes peut augmenter l’inflammation dans votre corps, ce qui est un facteur de risque de maladies du cœur. Lavez-vous souvent les mains avec du savon et de l’eau chaude. Et visitez régulièrement votre dentiste afin de maintenir votre santé dentaire (voir « Un sourire qui vaut un million »).

La grippe peut causer de l’inflammation aussi, alors si vous souffrez d’un trouble cardiaque et que vous attrapez la grippe, votre risque de crise cardiaque augmentera. N’oubliez pas de vous faire vacciner contre la grippe chaque automne.

Les suppléments nutritionnels sont-ils utiles? Vous avez peut-être déjà entendu parler de produits de santé naturels (plantes médicinales, vitamines et suppléments) qui sont censés prévenir ou guérir les maladies du cœur, mais il n’existe malheureusement aucun remède miracle. Si vous prenez des suppléments, dites-le à votre médecin et à votre pharmacien. Certains produits de santé naturels risquent d’affaiblir les effets des médicaments anti-VIH ou d’aggraver leurs effets secondaires. Certains d’entre eux causent aussi des effets secondaires qui leur sont propres.

Contre mauvaise fortune, bon cœur

Le Dr Julian Falutz, directeur de la clinique métabolique du VIH du Centre universitaire de santé McGill, à Montréal, dit à ses patients : « Vous en aurez le plus pour votre argent en arrêtant de fumer. Trouvez aussi des moyens simples pour être plus actif dans votre vie quotidienne. Stationnez votre voiture un peu plus loin de votre destination. Arrêtez de prendre l’ascenseur et prenez l’escalier… » Vous pigez.

Après trois mois, vous remarquerez peut-être des changements : une baisse de votre tension artérielle et de votre cholestérol, une perte de poids, davantage d’énergie … La clé réside dans la constance. Selon le Dr Falutz, après quelques mois, on risque de se dire : « Ça y est. J’ai réussi. J’ai arrêté de fumer. Je peux me permettre une seule cigarette. » Mais restez ferme, tant pour le tabac que pour les autres modifications que vous avez apportées à votre mode de vie.

Pour renforcer la confiance de ses patients, le Dr Falutz leur rappelle qu’ils prennent des médicaments (trithérapie) depuis des années, voire des décennies, pour maintenir une charge virale indétectable. Cela prend de l’engagement, de l’effort et de la discipline. «Ne vous sous-estimez pas. Vous êtes capable. »

Debbie Koenig est rédactrice chez CATIE. Cet article s’inspire d’un feuillet d’information écrit par Sean Hosein, rédacteur scientifique et médical.

Les maladies du cœur : c’est quoi, au juste?

Imaginez que votre cœur est une pompe qui fait circuler le sang dans vos vaisseaux sanguins jusqu’aux différentes parties de votre corps. Les maladies du cœur incluent une longue liste de troubles affectant votre cœur et/ou vos vaisseaux sanguins, tels que la crise cardiaque, l’accident vasculaire cérébral (AVC), l’anévrisme (dilatation démesurée d’un vaisseau sanguin) et l’angine (douleur causée lorsqu’une artère qui approvisionne le cœur en sang rétrécit ou devient bloquée et ne peut plus livrer le sang et l’oxygène dont le cœur a besoin).

Ressources

Articles de Vision positive

 « Le point sur l’inflammation » (printemps/été 2010) – un article expliquant comment l’inflammation peut nuire aux PVVIH et contribuer à une gamme de problèmes de santé, y compris les maladies cardiovasculaires.

 « S’en aller en fumée » (printemps/été 2004) – une ancienne fumeuse offre des conseils pratiques pour vous aider à écraser.

 « À la conquête de la cuisine » (printemps 2008) – un article facile à lire sur les principes d’une saine alimentation destiné aux PVVIH.

 « Et que ça bouge! » (printemps/été 2005) – un regard sur les bienfaits de l’exercice régulier pour la santé et le bien-être des PVVIH.

 « Demandez aux experts : Bougez! » (printemps/été 2009) – un médecin, une diététiste, une prof de yoga et un entraîneur personnel offrent des conseils aux PVVIH qui souhaitent vivre de façon active.

Programme Sur la voie de la réussite de Santé Canada – un guide destiné à vous aider à vous libérer de l’emprise du tabac

Site Web de la Fondation des maladies du cœur – grande quantité d’information sur les maladies du cœur, recettes favorables à la santé du cœur, ressources éducatives, recherches en cours, ressources multiculturelles et plus

Pour en savoir plus sur le VIH et la santé du cœur, communiquez avec CATIE au 1.800.263.1638 ou visitez-nous au www.catie.ca