Vision positive

Été 2018 

Pause-Jasette : Parlons PrEP

Nous avons demandé à 3 personnes — séropositives et séronégatives — de nous parler de la PrEP. Voici ce qu’elles en ont dit.

Entrevues par RonniLyn Pustil

ALEXANDER McKENZIE, 32 ans

Sexologue, CRCHUM et RÉZO
Montréal

J’ai entendu parler de la PrEP pour la première fois en 2013, quand j’ai commencé à travailler à RÉZO comme conseiller dans l’étude IPERGAY qui a prouvé l’efficacité de la PrEP sur demande chez les hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes (HARSAH). La PrEP semblait être la voie de l’avenir pour la prévention du VIH chez les HARSAH. J’ai été surpris de ne pas en entendre parler davantage, car il me semblait que tout le monde aurait dû en parler.

Environ un an après, j’ai commencé à utiliser la PrEP. Les participants que je conseillais pour IPERGAY étaient tous des hommes qui avaient des relations sexuelles sans condom. En entendant leurs histoires, je me suis dit : « Comment puis-je les écouter et les conseiller alors que je pourrais être à leur place? » Je me suis rendu compte que je devais me protéger contre le VIH et que la PrEP pourrait être la meilleure façon de le faire.

En tant qu’homme ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes, et comme personne de couleur, j’ai grandi avec l’idée que je faisais partie de la population cible du VIH. Quand je suis sorti du placard et que j’en ai parlé à mes parents, la plus grande crainte de ma mère était que je contracte le VIH et que je meure du sida. Cela a quelque peu empoisonné ma vie sexuelle.

Pendant des années, même quand j’utilisais les condoms régulièrement, j’étais très nerveux en attendant mes résultats de test. Pour moi, l’effet secondaire secret de la PrEP est que l’on cesse lentement de vivre dans la peur du VIH.

Aujourd’hui je suis à l’aise avec l’idée d’avoir du sexe avec des personnes séropositives. Je suis plus ouvert. D'abord, est-ce que je trouve la personne attirante? Partons de là. Je sais que j’ai pris en main ma sécurité sexuelle, donc je n’ai plus à avoir peur. J’ai une vie sexuelle beaucoup plus satisfaisante.

La PrEP a aussi facilité les discussions sur les relations sexuelles plus sécuritaires. Je dis aux gens que j’utilise la PrEP, ce qui entame une discussion. Cela signifie que je passe des tests tous les trois mois. Et que si je choisis de ne pas utiliser de condom, je ne crains pas de devenir séropositif. Et que je peux choisir d’avoir plus d’intimité avec mes partenaires.

La PrEP a aussi fait que les gens sont plus ouverts avec moi et plus enclins à se confier à moi. Souvent, quand vous négociez une baise, si vous demandez platement « à quand remonte ton dernier test? », cela peut être reçu comme une attaque ou un jugement. Mais si vous dites « voici comment je mène ma vie et comment je prends soin de ma santé sexuelle », c’est davantage une invitation à avoir une discussion et cela permet à l'autre de se sentir plus à l’aise de parler de ces choses avec vous. Et vous pouvez ainsi prendre des décisions éclairées à propos des stratégies de réduction des risques que vous pouvez utiliser ensemble.

Ce que je vois le plus chez les gars de ma pratique qui utilisent la PrEP est un soulagement. Les gens me parlent principalement de l’anxiété qu’ils éprouvent au sujet du sexe. Tout ce qui concerne les ITS (infections transmises sexuellement) les terrorise au point où ils ne peuvent maintenir une érection ou établir un lien émotionnel avec quelqu’un parce qu’ils ne sont pas certains de pouvoir faire confiance à leur partenaire.

La PrEP permet aux gens de sentir qu’ils font tout ce qu’ils peuvent pour protéger leur santé sexuelle — non seulement à l’égard du VIH mais aussi des ITS. Les personnes qui utilisent la PrEP et qui auparavant ne passaient pas de tests régulièrement pour les ITS le font maintenant. Les ITS sont donc détectées et traitées plus rapidement, ce qui contribue en fin de compte à en réduire l’incidence. Par conséquent, les gens se sentent plus confiants, et capables d’avoir la vie sexuelle qu’ils souhaitent.

Les choses ont aussi changé radicalement quant aux jugements sévères portées sur les personnes sous PrEP. Elle est maintenant de plus en plus acceptée. Bien que la PrEP est en train de devenir plus accessible, le coût est encore un obstacle. Ici au Québec, même avec notre assurance santé, il est possible d’avoir à débourser 85 à 90 $ pour un mois de médicaments. Beaucoup ne peuvent pas se le permettre. Des études ont démontré que l’utilisation de la PrEP est beaucoup plus rentable que d’avoir de nouveaux cas de VIH.

ABHIRAMI BALACHANDRAN, 24 ans

Coordonnatrice de la santé sexuelle des femmes, Alliance for South Asian AIDS Prevention (ASAAP),
Scarborough, Ontario

Quand j’ai entendu parler de la PrEP pour la première fois, ma réaction a été que l’idée semblait prodigieuse en théorie, mais je me demandais à quel point c’était accessible, surtout pour les personnes de mon groupe démographique — les femmes d’origine sud-asiatique.

Je n’ai jamais utilisé la PrEP moi-même, principalement parce que je n’en avais jamais entendu parler avant d’occuper cette fonction. À moins d’être un homme cis-blanc-gai ou de faire partie du secteur du VIH, la PrEP est rarement mentionnée.

J’informe les femmes avec qui je travaille de l’existence de cette option, et presque toutes ne sont pas au courant. Mais la plupart d’entre elles disent qu’elles ne souhaitent pas l’essayer, peut-être parce qu’elles ne sont pas certaines de son effet éventuel sur d’autres aspects de leur santé. Elles se préoccupent aussi de la stigmatisation dont elles pourraient faire l’objet si elles abordaient la PrEP avec leur médecin; elles craignent d’être perçues comme ayant un « comportement à risque ».

Les fournisseurs de soins de santé doivent créer des lieux plus sûrs où les femmes peuvent parler ouvertement de leur santé sexuelle, en particulier de la PrEP. Il faut améliorer considérablement l’accès à la PrEP, ce qui implique de meilleures relations entre les fournisseurs de services et les communautés qu’ils servent.

De nombreux obstacles nuisent à l’accès à la PrEP — les faibles taux d’utilisation chez les femmes, surtout celles de couleur, en sont la preuve. Vu que la PrEP est surtout mise en marché pour les hommes gais, bien des femmes ne savent pas qu'elle existe. Quand des bailleurs de fonds laissent entendre que la santé sexuelle des femmes n’est pas une priorité, on a une vision erronée que les femmes ne courent pas un risque considérable, alors qu’en réalité c’est faux.

La PrEP est une solution de rechange faisable pour celles qui subissent la violence d’un partenaire intime. On ignore souvent la violence sexuelle comme facteur de risque significatif et les femmes ne sont pas toutes en mesure de négocier l’utilisation d’un condom. Je ne suggère pas que ce soit une solution à leur problème, mais que c’est une bonne option qu’elles devraient connaître.

CHUCK OSBORNE, 67 ans

Chercheur communautaire
New Westminster, C.-B.
Diagnostic de VIH en 2002

J’ai entendu parler de la PrEP pour la première fois en 2012, quand j’étais intervenant de proximité pour le traitement à Positive Living B.C. Les gens qualifiaient la PrEP de révolutionnaire et la comparaient à la pilule contraceptive.

On en a parlé bien avant que Truvada ne soit approuvé comme stratégie préventive. Les gens se démenaient pour en obtenir. Mais seulement quelques médecins étaient disposés à la prescrire à titre de prophylaxie avant que cet usage ne soit approuvé. Vous savez, la communauté gaie a souvent une longueur d’avance!

Fondamentalement, la PrEP est vite devenue un sujet dont je parlais beaucoup, à titre d’homme gai célibataire sexuellement actif avec des hommes séropositifs et séronégatifs. J’aime avoir plus d’options pour me protéger ainsi que mes partenaires.

La PrEP ne protège pas contre les autres ITS, mais elle est facile d’emploi. Parce que c’est un comprimé, il n’y a pas d’interruptions bâclées comme avec le condom. À l’heure actuelle, j’ai un partenaire séropositif, mais il demeure possible qu’un jour je sois avec quelqu’un de séronégatif, et la PrEP sera nécessaire.

Dans les centres urbains, la PrEP fait désormais partie de la conversation régulière, du moins chez les hommes gais. Depuis que Santé Canada l’a approuvée, il semble qu’elle soit accessible à maints endroits, mais qu’elle ne soit pas abordable pour tous.

En tant que personne poz, je prends des médicaments anti-VIH pour tenir mon virus en échec et prolonger ma vie. Quand les médicaments anti-VIH suppriment le virus, ils empêchent aussi la transmission. De même, une personne séronégative peut utiliser la PrEP pour prévenir l’infection et se protéger. Comment se fait-il que les gens ne voient pas que la PrEP est une façon réaliste de subjuguer le virus, et qu’il est inutile de faire ressentir de la honte et stigmatisation aux utilisateurs?

Connaissons-nous l’effet à long terme de l’utilisation de la PrEP? Non, mais la recherche indique qu’elle réduit considérablement le risque de contracter le VIH.

Des études sont en cours sur l’usage intermittent, et des produits injectables sont en cours de développement; ils pourraient se révéler plus faciles à employer que les comprimés. Mais il faut plus de sensibilisation au fait que des gens de tout genre et de toute identité peuvent utiliser la PrEP.

Pourquoi ne pas offrir la PrEP à toutes les personnes séronégatives qui se considèrent à risque? Avec le traitement comme prévention et I=I (indétectable=intransmissible) pour les personnes séropositives, nous serions plus à même d’atteindre notre but d’enrayer l’épidémie en adoptant la PrEP.

La PrEP, c’est quoi?

La PrEP (prophylaxie préexposition) est un des outils efficaces de la trousse de prévention du VIH. La PrEP est un moyen par lequel une personne séronégative peut prévenir la transmission du VIH en prenant un comprimé qui contient certains médicaments anti-VIH. En 2016, Santé Canada a approuvé l’utilisation d’un médicament anti-VIH, Truvada (ténofovir + FTC) pour la PrEP. Des formes génériques moins coûteuses sont désormais offertes.

Quand une personne prend régulièrement la PrEP dans le cadre de ses soins médicaux continus, elle réduit considérablement le risque de contracter le VIH par le sexe. La PrEP est également très efficace pour prévenir la transmission du VIH entre des personnes qui partagent du matériel de consommation de drogues.

Pour en savoir plus, voir le feuillet d’information de CATIE sur la prophylaxie pré-exposition (PrEP).