Vision positive

Été 2017 

Pause-Jasette : Qu’auriez-vous aimé savoir lorsque vous avez reçu votre diagnostic?

Et quels conseils donneriez-vous à une personne nouvellement diagnostiquée?

Entrevues par Ronnilyn Pustil

BRITTANY CAMERON, 31 ans

Peterborough, Ontario
Travailleuse pour la participation des personnes vivant avec le VIH, PARN
Diagnostic VIH : 2006, à 36 semaines de grossesse

J’aurais aimé savoir que tout se passerait bien.

Que je n’étais pas la première femme séropositive à accoucher et que je ne serais pas la dernière. Que les femmes séropositives peuvent accoucher de bébés séronégatifs. Qu’un jour, la défense des femmes vivant avec le VIH qui veulent avoir des bébés deviendrait l’une de mes passions et que j’inspirerais d’autres femmes séropositives à avoir des enfants.

J’aurais aimé que quelqu’un reconnaisse les défis uniques auxquels je ferais face en tant que femme et mère vivant avec le VIH en milieu rural, et me donne les outils pour y faire face. J’aurais aimé savoir qu’au sein de ma communauté je serais un jour celle que l’on considérerait comme l’outil pour affronter les défis, celle qui ouvrirait les portes aux autres.

J’aurais aimé que quelqu’un me prépare à braver la stigmatisation, l’oppression et la marginalisation que nous rencontrons en tant que personnes séropositives. Tous ne m’ont pas acceptée, mais les personnes qui ne vous acceptent pas ne méritent probablement pas votre amitié de toute façon.

J’aurais aimé savoir que le VIH n’est plus synonyme de peine de mort.

J’aurais aimé savoir que vivre avec le VIH susciterait en moi une passion si intense que je me sentirais inspirée à développer mes compétences de leadership, à accepter de partager publiquement mon statut et à mettre l’oppression au défi. Mon diagnostic de VIH a changé ma vie, mais de façon positive, me permettant de me sentir à nouveau vivante.

Avant mon diagnostic, je n’avais aucune ambition, aucune passion et aucun véritable objectif ou rêve. Le VIH m’a donné une raison de lutter, le sentiment d’avoir un but à atteindre, des personnes à aimer, une communauté qui m’a accueillie à bras ouverts.

CONSEIL :

La vie continue. Un jour, en y repensant, vous vous rendrez peut-être compte que le VIH a changé votre vie en mieux.

Le VIH ne vous définit pas. Vous décidez qui vous voulez être. Vous pouvez vivre avec le VIH et tout de même mener une vie extraordinaire.

Prenez vos médicaments. Même si on n’aime pas prendre des médicaments tous les jours, ils vous aideront à rester en vie.

Cherchez de l’aide. Vous méritez du soutien. Personne ne devrait vivre dans le silence et l’isolement.

Sachez que vous n’êtes pas seul. Il y a de nombreuses personnes séropositives qui ne cherchent qu’à vous aider. Tendez la main et impliquez-vous. Grâce à votre participation, on peut former une communauté et cette communauté peut vous aider à avoir l’impression d’avoir un but et vous motiver.

Trouvez votre voix. N’ayez pas peur de défendre vos besoins.

Ménagez-vous. Vous devez prendre soin de vous-mêmes. Accordez-vous de la valeur. Soyez votre propre meilleur ami.

TYLER S. CUDDAHY, 31 ans

Burnaby, C.-B.
Membre du conseil d’administration, Positive Living BC; intervenante de paire
Diagnostic VIH : 2006

Le 4 décembre 2006, je m’en souviens nettement. À 10 h 30, je suis arrivée au travail, chez YouthCO, je me suis installée avant de me rendre lentement dans le bureau de la travailleuse des programmes de soutien, Brandy. Nous nous étions entendues pour qu’elle m’accompagne cette journée-là afin que je reçoive les résultats de mon test de dépistage du VIH.

Nous nous sommes rendues à ce que l’on appelait « Le centre » (la clinique de la rue Bute). J’étais contente que Paul, l’un des infirmiers de la rue avec qui j’avais tissé une relation professionnelle, soit celui qui m’annonce mes résultats.

À 11 h 15, je me trouvais dans la salle avec Brandy et Paul, me sentant très nerveuse et faisant rebondir mon genou droit comme j’ai l’habitude de le faire dans ce genre de situation. Paul s’est tourné vers son ordinateur et a commencé à entrer de l’information. J’ai essayé de me rassurer, « Je vais réussir ce test haut la main ». Mais, dans le fond, je savais que j’aurais un résultat positif.

Six mois plus tôt, j’avais entretenu une relation avec un homme qui m’avait dit dès le moment où on s’était rencontré qu’il était séropositif. Je lui avais répondu : « Je suis bénévole dans un organisme VIH, alors c’est correct. Merci d’être si honnête avec moi ». Un jour, j’ai décidé d’être passive (bottom) et c’est là que j’ai su que j’étais devenu séropositive.

Avant que Paul ne m’annonce mon résultat, j’ai vu l’écran de l’ordinateur. J’étais prête à me sauver. « Tu es séropositive », m’a-t-il annoncé d’une façon qui ne le rendait pas si négatif. J’ai regardé Brandy — elle avait les larmes aux yeux. J’étais celle qui était supposée pleurer, mais je suis restée assise et j’ai dit : « OK, allons-y maintenant. Merci de me l’avoir dit ». Je ne voulais plus être dans cette salle.

J’aurais aimé alors savoir qu’il est possible de bien vivre avec le VIH! Que la clé est de prendre mes médicaments tous les jours pour bien me sentir et de m’entourer de gens qui me comprennent et me respectent, sans me juger parce que je suis séropositive.

Lorsque j’ai annoncé à mon entourage que j’étais séropositive, beaucoup de mes soi-disant amis m’ont tourné le dos. Ça m’a vraiment fait de la peine. J’aurais aimé me rendre compte qu’ils n’étaient pas de véritables amis en premier lieu.

Heureusement pour moi, je fréquentais déjà YouthCO, qui offre des services liés au VIH et à l’hépatite C aux jeunes de la C.-B. (À 18 ans, j’étais devenu positive à l’hépatite C et j’ai commencé à m’impliquer dans le programme de mentorat. Heureusement, j’ai réussi à me débarrasser du virus sans suivre de traitement contre l’hépatite C.)

En repensant à ma vie, j’ai l’impression d’avoir vécu beaucoup de choses négatives : l’hépatite C, puis le VIH… Je m’identifie comme une personne transgenre, ce qui présente aussi des défis.

Mais je suis fière d’offrir des services liés au VIH, d’avoir siégé au conseil d’administration de YouthCO, du Hepatitis C Council of BC et de Positive Living BC. De plus, je fais du bénévolat pour offrir des paniers de Noël avec l’organisme AIDS Vancouver parce que j’ai la chance de personnifier mère Noël!

CONSEIL :

Ça ne sera pas la fin du monde. Ne vous imaginez pas que votre vie se terminera parce que ce n’est pas le cas. Ce n’est plus comme c’était dans les années 1980 et au début des années 1990 quand les gens mourraient. La science a fait des progrès dans la façon dont on prend soin des personnes vivant avec le VIH. Commencez à prendre vos médicaments anti-VIH aussitôt que vous le pouvez parce qu’ils vous aideront à vivre plus longtemps.