Vision positive

Automne 2016 

La révolution hépatite C

Les nouveaux traitements contre l’hépatite C changent la donne pour les personnes co-infectées par le VIH et l’hépatite C : traitements plus courts, effets secondaires réduits et taux de guérison vertigineux.

par Sony Salzman

Zak Knowles a reçu son diagnostic de VIH en 1990. Il répondait bien au traitement et vivait avec le VIH depuis près d’une décennie lorsqu’un test de dépistage de l’hépatite C s’est révélé positif. Ce deuxième diagnostic lui a causé beaucoup plus de détresse, se rappelle Zak, parce qu’il ne savait pas à quoi s’attendre des traitements de l’hépatite C disponibles alors.

À la fin des années 90, le seul traitement de l’hépatite C consistait en un régime épuisant d’injections et de pilules de six ou 12 mois qui provoquait de graves effets secondaires. Pire encore, comme le traitement ne réussissait habituellement que chez le tiers des personnes co-infectées par le VIH et l’hépatite C, de nombreuses personnes devaient subir plusieurs cycles de traitement.

Contrairement au VIH, qui s’attaque au système immunitaire, l’hépatite C cible le foie. Comme le foie de Zak avait subi des dommages relativement avancés, ses médecins ont recommandé qu’il commence immédiatement le traitement. Cela voulait dire des injections hebdomadaires d’interféron pégylé et la prise quotidienne de comprimés de ribavirine. Zak a essayé ce traitement à deux reprises. Malheureusement, les deux fois où il a commencé le traitement, Zak a éprouvé des interactions médicamenteuses dangereuses qui l’ont envoyé à l’hôpital. Ses médecins à l’époque ne savaient pas que la ribavirine pouvait interagir avec son médicament anti-VIH l’AZT.

Zak a commencé à consulter un spécialiste de la co-infection, qui a changé ses médicaments anti-VIH. Après quelques mois, il a tenté un traitement contre l’hépatite C pour la troisième fois. Au cours de six mois de traitement, Zak a perdu son appétit et plus de 20 pour cent de son poids corporel. « Je vivais d’Ensure », dit-il. « C’est tout ce que je pouvais manger sans vomir. Ça et le soda au gingembre. Je suis devenu un peu accro au soda au gingembre. » Il éprouvait également une fatigue extrême et avait parfois besoin de quelques heures juste pour se lever le matin. De plus, il avait des nausées tellement intenses qu’il a encore aujourd’hui un « réflexe pavlovien » chaque fois qu’il flaire l’odeur de l’alcool à friction, dont il se servait pour désinfecter le site de ses injections hebdomadaires d’interféron.

Heureusement, sa troisième tentative a réussi, et Zak était enfin guéri en 2005. Sans aucun doute, cette période a été « la plus horrible de ma vie », se rappelle Zak. Malgré tout, il recommande le traitement à toutes les personnes atteintes d’hépatite C, d’autant plus que les médicaments d’aujourd’hui n’ont rien en commun avec ceux d’hier.

Les nouveaux médicaments changent le jeu

Depuis 2011, une nouvelle classe de médicaments novateurs appelés antiviraux à action directe (AAD) transforme la vie des personnes atteintes d’hépatite C. Ils ne causent pas d’effets secondaires horribles, et les plus récents guérissent presque tout le monde dès la première tentative. Dans certains cas, le traitement se résume simplement à un comprimé par jour pendant deux ou trois mois seulement. Ces nouveaux médicaments ont vraiment changé le jeu et se faisaient attendre depuis longtemps.

L’hépatite C est un grand problème parmi les personnes vivant avec le VIH (PVVIH). Au Canada, près du tiers des PVVIH sont co-infectées par l’hépatite C. Pourtant, pendant des décennies, le traitement était tellement pénible que de nombreux médecins hésitaient à faire vivre l’épreuve à leurs patients. « Les traitements causaient tellement de souffrance », dit le Dr Jordan Feld, hépatologue et chercheur à la Francis Family Liver Clinic de Toronto, mais les nouveaux médicaments « ont radicalement changé les choses ».

Lors des essais cliniques sur les plus récents AAD, les personnes séropositives avaient autant de chances de guérir de l’hépatite C que les personnes séro-négatives. Vu le nombre de traitements efficaces disponibles de nos jours, le Dr Feld prévoit que les PVVIH pourraient être le premier large groupe démographique à se débarrasser de l’hépatite C. « C’est peut-être une affirmation audacieuse, mais je la trouve réaliste », dit-il. « Il est relativement facile de tester les PVVIH pour l’hépatite C, et nous pouvons maintenant guérir presque toutes les personnes de leur hépatite C. »

Il souligne que l’insuffisance hépatique figure maintenant parmi les principales causes de décès chez les PVVIH, et « un grand nombre de cas d’insuffisance hépatique sont attribuables à l’hépatite C ». Comme la co-infection peut accélérer le cours de l’insuffisance hépatique, l’élimination de l’hépatite C de la communauté VIH serait un accomplissement majeur sur le plan de la santé publique.

Amener plus de gens à se faire traiter

La première étape, et la plus importante, menant à la guérison de l’hépatite C consiste à se faire diagnostiquer. La Fondation canadienne du foie recommande un test de dépistage de l’hépatite C à toutes les personnes vivant avec le VIH et à tous les baby-boomers (nés entre 1945 et 1975, y compris les personnes ayant subi des interventions médicales et celles immunisées dans des pays où l’hépatite C est courante), ainsi qu’à toutes les personnes s’étant déjà injecté des drogues. Malgré le taux de prévalence élevé dans ce pays, près de la moitié des Canadiens atteints d’hépatite C ne savent pas qu’ils sont infectés.

« Les traitements sont fantastiques, mais il faut les prendre pour qu’ils réussissent », dit le Dr Feld. La plupart des fournisseurs de soins VIH sont au courant des recommandations en matière de dépistage, mais le nombre de personnes séropositives testées pour l’hépatite C demeure trop faible.

Le deuxième obstacle consiste à surmonter la peur et la désinformation entourant le traitement de l’hépatite C. Comme Zak l’affirme, les « histoires d’épouvante » à propos des effets secondaires débilitants des anciens régimes ont laissé une impression négative durable qui décourage certaines personnes de se faire traiter. Selon le Dr Feld, malgré les manchettes annonçant une révolution dans le traitement de l’hépatite C, un nombre étonnant de ses patients ne savent pas qu’il existe maintenant des options de traitement bien meilleures.

Considérations spéciales pour les personnes ayant le VIH

Il existe maintenant plusieurs régimes sans interféron qui peuvent guérir l’hépatite C. La principale différence entre les régimes réside dans le fait que certains d’entre eux agissent le mieux contre certaines souches, ou génotypes. Le nombre de comprimés et la fréquence des prises nécessaires varient aussi, mais l’efficacité des régimes est généralement comparable. Les médicaments sont choisis en fonction de plusieurs facteurs, dont les antécédents de traitement du patient, l’ampleur des dommages au foie et le génotype de l’hépatite C.

Pour les PVVIH, l’approche la plus sécuritaire consiste à commencer le traitement de l’hépatite C lorsqu’elles suivent fidèlement une thérapie antirétrovirale contre le VIH depuis quelques mois déjà. Cela donne à leur système immunitaire la meilleure chance de bien combattre l’hépatite C. Selon le Dr Feld, les nouveaux médicaments contre l’hépatite C sont beaucoup moins susceptibles de causer le genre d’interactions dangereuses avec les médicaments anti-VIH. De plus, il est beaucoup moins probable que les personnes séropositives aient besoin de changer de médicaments anti-VIH avant de commencer un traitement contre l’hépatite C, mais il n’empêche que les médecins doivent continuer de vérifier les risques d’inter-actions avec n’importe quelle combinaison.

Les nouveaux médicaments pourront bientôt guérir n’importe quelle infection à l’hépatite C, peu importe le génotype. Grâce à ces nouveaux médicaments convenant à la majorité, il sera encore plus facile de guérir les patients co-infectés, affirme le Dr Feld. Il reste que l’un des progrès attendus dans le traitement de l’hépatite C, soit une durée de traitement encore plus courte à l’avenir, aura moins de chances de profiter aux PVVIH. « Lorsque nous testons les limites du traitement [en expérimentant des durées de traitement encore plus courtes dans les essais cliniques], les personnes atteintes du VIH répondent moins bien », souligne le Dr Feld. Par prudence, dit-il, il sera probablement nécessaire de traiter les PVVIH pendant huit ou 12 semaines, alors que, éventuellement, les personnes séronégatives n’auront probablement besoin que de six ou même de quatre semaines de traitement.

Même si la nouvelle génération de médicaments contre l’hépatite C constitue une percée majeure en médecine, ils ne sont pas donnés, et les prix vont de 55 000 $ à 80 000 $, selon le régime. Ces coûts élevés empêchent beaucoup de personnes sans assurances de commencer tout de suite le traitement.

Les personnes atteintes du VIH constatent des bienfaits énormes pour leur santé après avoir guéri de l’hépatite C. Pour Zak Knowles, le traitement a changé sa vie. Une fois guéri de l’hépatite C, il avait beaucoup plus d’énergie et pouvait faire des randonnées pédestres et autres activités qu’il avait dû abandonner pendant son traitement. De plus, pour la première fois depuis des années, il pouvait manger avec plaisir.

Zak serait prêt à tout recommencer s’il le fallait. Heureusement, la plupart des personnes atteintes d’hépatite C ont de bien meilleures options de nos jours. On comprend tout de même que certaines personnes se méfient encore du traitement, mais le Dr Feld aime rappeler à ses patients les premiers jours des médicaments anti-VIH : « Souvenez-vous à quel point il était difficile de soigner le VIH auparavant? Des sacs de pilules, des tonnes d’effets secondaires, c’était l’horreur », dit-il. « Les soins pour l’hépatite C sont passés par la même révolution, mais plus vite. »