Vision positive

Automne 2016 

Parlons sexe

Les nouvelles options que contient la trousse d’outils pour la prévention du VIH créent-elles une révolution sexuelle et une nouvelle identité poz? Rob Easton enquête.

Tara vit avec le VIH depuis 12 ans et elle est maman depuis 11 ans. « Je ne connais pas la différence entre être mère et être séropositive », m’a-t-elle dit au téléphone. « Je suis devenue les deux au même moment. »

Sa voix semble pleine d’assurance et confiante. Tara travaille dans le domaine du VIH; elle gère un programme par et pour les personnes séropositives, à travers l’Ontario AIDS Network, programme visant à aider les personnes à réaliser leur potentiel de leadership.

Sur le plan sexuel, son assurance lui vient selon elle du fait qu’elle sait que le VIH fait seulement partie d’une partie de sa vie, et principalement de sa vie professionnelle. Le comprimé unique qu’elle prend chaque jour réduit sa charge virale à des niveaux indétectables, ce qui, en retour, rend la transmission à ses partenaires sexuels très, très peu probable.

Ces connaissances ont transformé la façon dont Tara et de nombreuses autres personnes vivant avec le VIH envisagent les relations sexuelles plus sécuritaires et ce que cela signifie que d’être séropositive. Nous savons maintenant qu’en plus des condoms, il existe d’autres façons hautement efficaces de prévenir la transmission du VIH. La recherche a clairement démontré que le fait de maintenir une charge virale indétectable peut être une stratégie efficace (voir Le traitement comme outil de prévention  ci-dessous), tout comme l’utilisation quotidienne de la PrEP par une personne séronégative. Ces options élargies dans la trousse d’outils pour la prévention du VIH permettent à davantage de personnes séropositives d’avoir une vie sexuelle satisfaisante et saine et elles ont d’ailleurs ouvert la porte à ce que certains appellent même une nouvelle identité poz.

« Lorsque je quitte le travail à 5 heures, j’enlève mon chapeau VIH et je deviens une mère à part entière », explique Tara. « C’est mon deuxième travail. Lorsque je rentre à la maison, j’oublie le VIH et je suis une maman. Puis, le lendemain, je vais au travail comme n’importe quelle personne qui travaille. »

Et le sexe dans tout ça? Tara est active sexuellement, mais comme pour toute mère monoparentale, c’est compliqué. « Je suis sorti avec des hommes depuis que j’ai eu mon fils. Je pense que c’est difficile de trouver la personne parfaite — que tu sois séropositive ou non. Mes expériences ont en général été assez positives. »

Même si Pierre Trudeau a autrefois déclaré que l’État n’avait pas sa place dans les chambres à coucher des Canadiens, de nombreuses personnes vivant avec le VIH ressentent la présence de la loi lorsqu’elles rencontrent des partenaires sexuels potentiels. Au Canada, se livrer à une activité sexuelle qui comporte, ce que les tribunaux définissent comme « une possibilité réaliste » de transmission du VIH sans d’abord dévoiler son statut séropositif, peut possiblement entraîner une accusation pour un crime grave. Pour cette raison, Tara fait preuve de prudence en matière de sexe, mais elle dit qu’elle a été chanceuse lorsqu’elle a renseigné ses partenaires sur les possibilités de transmission.

« S’ils ne veulent pas coucher avec moi parce que je suis séropositive, ils n’en valent probablement pas la peine de toute façon », dit-elle en riant. Lorsqu’elle fréquente quelqu’un, elle suit ses propres conseils tirés des ateliers de leadership qu’elle donne : si on reconnaît qu’on en vaut la peine et qu’on a confiance en nous, ça peut vraiment nous aider quand vient le temps de dévoiler notre statut à un partenaire. « Je sais que quand mon estime de moi était vraiment faible, j’ai rencontré beaucoup de crapauds », dit-elle. « Lorsque je me suis rendu compte de ce que je valais vraiment, les autres l’ont aussi découvert. » Elle a aussi remarqué que lorsqu’elle était capable de dire avec assurance à ses partenaires qu’elle était séropositive, leurs réactions se sont améliorées.

« J’ai rencontré ce gars vraiment formidable. Je n’avais jamais été sur un site de rencontres en ligne auparavant, mais quand j’ai essayé pour la première fois, j’ai eu de la chance. Il était tout ce dont j’avais rêvé, un véritable Prince charmant. J’avais rencontré tant de crapauds et j’avais enfin trouvé mon prince. » Après leur troisième rencontre et de torrides préliminaires dans sa voiture, Tara savait que les choses pourraient aller plus loin et elle devait lui dire.

Lors de leur rencontre suivante, elle lui a annoncé la nouvelle sur le banc d’un parc. « Il y a une chose que je n’oublierai pas, c’est qu’il m’a tout le temps tenu la main et quand je lui ai dit que j’étais séropositive, il ne l’a pas lâchée. » Elle lui a indiqué quelques sites Web à consulter pour en apprendre davantage sur le VIH et lui a dit que c’était correct si c’était fini, qu’elle comprendrait. Elle se sentait bien après sa conversation et il l’a appelée plus tard pour lui demander quand ils se reverraient.

Tara se considère chanceuse parce que pour de nombreuses personnes vivant avec le VIH, le sexe n’est même pas une option. Ceci est particulièrement vrai pour les femmes. Une étude a démontré que seulement la moitié des femmes séropositives au Canada sont actives sexuellement. Parmi les 1 213 femmes de la Colombie-Britannique, de l’Ontario et du Québec ayant participé à l’étude de cohorte sur la santé sexuelle et reproductive des femmes vivant avec le VIH au Canada (CHIWOS), 77 % d’entre elles avaient une charge virale indétectable, et pourtant 49 % n’étaient pas actives sexuellement. Cela indique que malgré le fait que le traitement fonctionne bien et que le risque de transmission est considérablement réduit, pour de nombreuses femmes séropositives la peur, la stigmatisation et d’autres enjeux font obstacle à une vie sexuelle satisfaisante.

Le psychologue Trevor Hart, directeur du laboratoire pour la prévention du VIH de l’Université Ryerson, à Toronto, explique que la peur de dévoiler son statut VIH et d’être rejeté empêchent de nombreuses personnes de s’affirmer au sujet de leurs besoins et de leurs désirs, ce qui, en retour, nuit à leur santé et à leur satisfaction sexuelles. « J’essaie d’aider les personnes séropositives à améliorer leurs habiletés d’adaptation et de confiance en soi afin qu’elles n’aient pas l’impression d’être simplement inférieures parce qu’elles vivent avec le VIH. Elles sont les mêmes personnes qu’elles ont toujours été, sauf qu’elles vivent avec le VIH. »

Les personnes vivant avec le VIH ont encore droit à une vie intime, à du plaisir et à une vie bien remplie comme lorsqu’elles étaient séronégatives, ajoute Hart. Quand les personnes apprennent à s’affirmer davantage, elles sont plus heureuses, plus résilientes et font de meilleurs choix quant à leur santé sexuelle.

Tara a découvert que le fait de reconnaître et de vaincre la stigmatisation qu’elle avait intériorisée au sujet de son propre statut VIH était le premier pas à franchir. Lorsqu’elle s’est sentie plus confortable et plus à l’aise avec son VIH, elle a pu davantage s’affirmer et normaliser son état pour ses partenaires. Son estime de soi s’est améliorée parce qu’elle n’est plus anxieuse à l’idée de transmettre le virus à ses partenaires sexuels. Elle sait que sa charge virale indétectable réduit énormément cette possibilité.

Au cours des dernières années, l’utilisation du traitement anti-VIH comme outil de prévention a fait un bon bout de chemin pour donner aux personnes vivant avec le virus une tranquillité d’esprit. D’ailleurs, les spécialistes affirment que les chances de transmettre le virus lors de relations sexuelles sont plus faibles pour une personne séropositive ayant une charge virale indétectable que pour une personne qui se croit être séronégative, mais qui pourrait ne pas l’être. Lorsqu’un couple sérodifférent utilise aussi d’autres moyens de prévention, tels les condoms ou la PrEP de façon régulière et adéquate, les risques de transmission sont pratiquement nuls.

L’utilisation du traitement comme outil de prévention et de la PrEP, en plus des condoms, comme stratégies pour réduire considérablement le risque de transmission du VIH modifient la façon dont certaines personnes séronégatives voient les personnes vivant avec le virus. « Une personne séropositive n’est plus nécessairement vue comme une menace », précise Joanne Otis, chercheuse et professeure de sexologie à l’Université du Québec à Montréal. « Pour de nombreuses personnes vivant avec le VIH, ces stratégies de prévention ont véritablement rouvert la porte à leur vie sexuelle. Par contre, il ne faut cependant pas oublier que certaines personnes ne comprennent pas encore qu’une charge virale indétectable réduit considérablement le risque de transmission du VIH. Cette information a été publiée, mais les personnes séronégatives craignent encore parfois d’avoir une relation sexuelle avec une personne séropositive. » Otis espère, et croit fermement que les nouvelles connaissances que nous possédons en matière de prévention du VIH continueront de réduire la stigmatisation liée au VIH.

Au cours des années, Rick a été témoin des changements qu’a subis la stigmatisation liée au VIH. Étant sur le point de célébrer 30 ans depuis qu’il a reçu son diagnostic de VIH, il explique que la stigmatisation dont il a été victime au début de l’épidémie continue d’influencer son attitude. Il dit toutefois qu’il est certainement possible d’avoir une vie sexuelle heureuse en tant que personne séropositive.

Avant que nous nous rencontrions pour la première fois, il m’a dit qu’il serait facilement reconnaissable. Il porte un cache-œil sur son œil gauche pour couvrir une blessure qu’il s’est infligée lors d’une tentative de suicide « mal planifiée » lorsqu’il souffrait de dépression au début de l’épidémie de sida. Pour la génération des survivants de longue date de Rick, l’idée d’avoir d’une vie sexuelle saine figurait au bas de sa liste d’espoirs et d’objectifs dans laquelle le simple fait de survivre figurait en tête.

Lorsqu’il a reçu son diagnostic de VIH au milieu des années 80, Rick s’est replié dans sa coquille. « Au début, je pensais que j’allais mourir, alors fréquenter des hommes n’était pas dans mes priorités », dit-il. « Il y avait tellement de gars qui mourraient que dès la deuxième ou troisième année, j’ai décidé que je ne me ferais plus aucun ami gai parce que je ne pouvais endurer qu’un autre de mes amis meure. »

Malgré ses deuils et la croyance qu’il allait tomber malade, Rick a fini par rencontrer un nouveau partenaire qui lui a dit qu’il était séronégatif. Mais surtout, pour le bien de leurs relations sexuelles, cet homme, contrairement aux autres, n’éprouvait pas les mêmes sentiments de peur et ne stigmatisait pas les relations sexuelles. « Le sexe était simplement naturel pour lui », dit Rick. « Tout reposait sur la découverte et le plaisir. Pas de honte ni d’inhibition. C’est difficile de trouver des gars qui n’ont aucune honte ou aucune inhibition, parce que c’est tellement ancré dans notre culture. » Ils ont partagé un lien très fort au lit et dans la vie. C’est ce qui a permis à Rick de recouvrer sa liberté sexuelle, bien avant l’avènement du traitement comme outil de prévention et de la PrEP.

Après sept années ensemble, le partenaire de Rick est tombé très malade. Il avait perdu beaucoup de poids et avait de graves problèmes de santé mentale, causés par une méningite. Rick a pu obtenir une procuration pour le faire hospitaliser. C’est à ce moment-là qu’il a découvert que son partenaire n’était, après tout, pas séronégatif — il avait le sida avéré.

La détérioration de la santé de son partenaire a choqué Rick, mais heureusement, c’était en 1996 et le premier « cocktail » de médicaments avait fait son apparition, juste à temps pour sauver sa vie.

Rick croit que la raison pour laquelle son partenaire a évité de passer un test de dépistage à cette époque-là était la peur d’être stigmatisé. Il croit que son partenaire, et bien d’autres dans sa situation n’ont pas subi de test pour échapper à la possibilité menaçante de faire face à un diagnostic séro­positif. Même si les personnes séropositives vivent maintenant longtemps et en santé, il pense que la peur et la stigmatisation aident à maintenir l’épidémie en vie. Le traitement comme outil de prévention et la PrEP permettent à certains hommes gais d’avoir des relations sexuelles en ayant moins peur, « surtout les gars qui se retrouvent en barebacking ou qui sont dans une relation magnétique sérodifférente ». Il voit cependant la stigmatisation comme le gros problème.

Rick est régulièrement témoin des signes de la stigmatisation dans son travail en tant que coordonnateur de Gay Poz Sex (GPS), un programme qui  vise à améliorer la vie sexuelle des hommes gais séropositifs. Il affirme que la stigmatisation et la peur à l’égard du VIH empêchent les hommes poz de prendre des décisions liées à leurs relations sexuelles et à leur santé qui mèneraient aux résultats qu’ils souhaitent. Les médias sociaux fournissent davantage d’opportunités pour des rencontres sexuelles, mais ces dernières ne se prêtent pas toujours à des conversations ou des liens significatifs.

Rick dit qu’une vie sexuelle saine et satisfaisante est fondée sur l’intimité physique et émotionnelle, sur la confiance et le fait de savoir comment demander ce que tu veux : « Ça dépend de ton propre niveau de confort avec toi-même, du désir d’explorer ta sexualité et de découvrir ce que tu aimes. C’est difficile de fixer des limites si tu ne sais pas vraiment ce que tu aimes. »

Trevor Hart met l’accent sur le fait qu’un sentiment de prise en charge de soi peut aider une personne vivant avec le VIH à surmonter les sentiments négatifs que la stigmatisation peut entraîner. Cela aide les personnes à « s’affirmer sexuellement et à obtenir ce qu’elles veulent d’une relation sexuelle, que ce soit un rapport intime ou du plaisir, ou autre. Les personnes se sentent aussi plus aptes à prendre des décisions personnelles plus sécuritaires au sujet de leur santé sexuelle ».

Joanne Otis et Trevor Hart s’entendent tous les deux pour dire que la santé physique, la santé sexuelle, le bien-être et le bonheur d’une personne sont intimement liés. « Une combinaison de ces éléments t’aide à satisfaire tes besoins sociaux et sexuels », précise Joanne.

« C’était une prophétie autoréalisatrice », s’est dit Jonathan Postnikoff le jour où il a reçu un diagnostic positif au VIH il y a six ans, ses pensées échappant à tout contrôle. « Tu es ce petit gars gai qui a grandi en craignant le VIH et maintenant tu es séropositif. Cette peur était quelque chose qu’on m’avait appris à ressentir. Que si tu as le VIH, tu es pour une raison ou pour une autre sale », m’a-t-il dit au téléphone de Vancouver.

La peur de devenir séropositif a eu sur lui des répercussions profondes sur le plan émotif et il a eu besoin de beaucoup de temps pour s’en remettre. Aujourd’hui, les choses sont très différentes. Jonathan s’identifie maintenant ouvertement en tant qu’homme gai séropositif et indétectable, ce qui lui permet d’aller dans le vif du sujet et de trouver ce qu’il recherche en ligne, que ce soit une relation sexuelle, une fréquentation ou le vrai amour. « J’affiche mon statut parce que je veux tout de suite éliminer les personnes qui ne me parleront pas parce que je suis séropositif. »

Le fait d’être ouvert et franc au sujet de son statut VIH attire également le genre d’hommes qu’il recherche : ceux qui sont comme lui soit indétectables, soit sous la PrEP soit simplement ouverts d’esprit et désireux d’apprendre. Cela permet aussi d’amorcer la conversation sur le VIH et les ITS, ce qui en fin de compte les déstigmatise. « S’il n’a pas d’ITS et que je n’ai pas d’autres ITS », dit Jonathan, « alors le risque de contracter ou de transmettre le VIH est presque nul. Si le gars est franc et qu’il me dit : ‘Je suis sous la PrEP’, et que je dis ‘Je suis poz’, c’est tout, c’est la fin de la conversation. »

Jonathan souligne que les gars qui sont sous la PrEP doivent prendre religieusement leurs médicaments et surveiller leur santé comme le font les personnes séropositives, en effectuant régulièrement des bilans de santé pour dépister le VIH et les autres ITS. Cela leur permet de devenir plus conscients par rapport à leur santé. « Lorsque je drague en ligne et que je vois que quelqu’un est sous la PrEP, ça me soulage et me met plus à l’aise. C’est un indicateur que ce gars a fait ses devoirs et qu’il sait de quoi il parle. C’est le genre de gars que je recherche. »

Il explique que l’avenir s’annonce bien pour les personnes comme lui qui habitent dans des villes où les personnes séropositives peuvent s’attendre à un certain degré de compréhension et d’ouverture d’esprit à l’égard des changements qui surviennent dans le domaine du traitement et de la prévention du VIH. « Lorsque je suis devenu séropositif, j’ai cru que j’allais rester célibataire pour le restant de mes jours. En voyant les possibilités qui s’offrent à moi aujourd’hui, j’espère bien que je ne le resterai pas pour longtemps », dit-il en riant.

Cet optimisme au sujet de son avenir romantique doit cependant aller au-delà des lumières vives des grandes villes pour s’appliquer à toute personne vivant avec le virus, y compris celles des petites villes et des régions rurales. « Nous avons encore beaucoup de travail pour que cela se concrétise pour toute personne vivant avec le VIH. »

Le traitement comme outil de prevention

La recherche a révélé que le fait de prendre un traitement anti-VIH tous les jours, en suivant les prescriptions à la lettre, et de maintenir une charge virale indétectable permet non seulement de protéger votre santé en tant que personne vivant avec le VIH, mais aussi de réduire énormément le risque de transmettre le VIH. On appelle cette stratégie le traitement comme outil de prévention (TasP, acronyme de Treatment as prevention).

Le TasP a fait une énorme différence dans la vie des couples sérodifférents, c’est-à-dire les couples où un partenaire est séro-positif et l’autre séronégatif, parce qu’il aide à atténuer l’anxiété que l’un des partenaires, ou les deux, pourraient ressentir à l’idée de transmettre le virus.

Que veut dire indétectable?

Lorsque vous prenez régulièrement votre traitement anti-VIH, il peut faire en sorte que la quantité de virus dans votre sang (votre charge virale) chute à un niveau tellement faible que même les tests de la charge virale les plus sensibles ne peuvent la déceler. Le virus est encore présent mais il est indétectable.

Au Canada, on définit habituellement indétectable comme la présence de moins de 40 ou 50 copies de virus par millilitre de sang. Cela est loin des 30 000 ou 40 000 copies par millilitre de sang qu’il est possible de trouver chez une personne ayant une charge virale élevée.

Dans quelle mesure le TasP est-il efficace?

Si vous maintenez une charge virale indétectable, votre risque de transmettre le VIH à un partenaire sexuel est extrêmement faible.

Pour que le traitement comme outil de prévention soit efficace, la personne séropositive doit maintenir une charge virale indétectable. La plupart des personnes y parviennent en prenant fidèlement leurs médicaments anti-VIH et en voyant régulièrement leur professionnel de la santé pour faire suivre leur charge virale. Votre professionnel de la santé peut également vous offrir des dépistages et traitements pour les autres infections transmissibles sexuellement (ITS), ainsi qu’un counseling continu en matière d’observance thérapeutique et de réduction des risques.

Si vous êtes en relation sexuelle avec une personne séronégative, votre partenaire devrait aussi se faire tester régulièrement pour le VIH et les autres ITS. Si vous venez de commencer un traitement anti-VIH, votre partenaire séronégatif pourrait suivre une PrEP pendant six mois en attendant que votre charge virale baisse jusqu’à un niveau indétectable.

Pour ajouter une autre couche de protection contre le VIH et vous protéger contre d’autres ITS, vous pouvez aussi utiliser des condoms.

Si votre charge virale augmente à cause de doses oubliées de vos médicaments (mauvaise observance) ou l’échec du traitement (dans des cas rares, la TAR cesse de supprimer la charge virale jusqu’à un niveau indétectable), cela peut donner au VIH l’occasion de se transmettre. La présence d’une autre ITS peut également augmenter le risque de transmission.

La PrEP

La PrEP (prophylaxie pré-exposition) consiste en l’utilisation, par une personne séronégative, du médicament anti-VIH Truvada afin de prévenir la transmission du VIH. Comme Truvada a été approuvé à cette fin par Santé Canada en février 2016, il est probable que ce médicament sera bientôt plus largement accessible aux personnes séronégatives (son usage était réservé auparavant au traitement du VIH).

Au moment de publier cet article, l’usage quotidien de Truvada oral est le seul genre de PrEP dont l’efficacité a été démontrée dans le cadre de plusieurs études. Cependant, d’autres formes de PrEP sont à l’étude et pourraient être accessibles à l’avenir.

Dans quelle mesure est-elle efficace?

On dit souvent que la PrEP a changé les règles du jeu parce qu’elle peut réduire énormément le risque de transmission sexuelle du VIH. Lorsqu’il est utilisé correctement et régulièrement, Truvada constitue une stratégie de prévention hautement efficace. S’il est utilisé tous les jours en combinaison avec les condoms ou le traitement comme outil de prévention, le risque de transmission diminue encore.

Que se passe-t-il si une personne oublie des doses?

Si une personne oublie de prendre ses comprimés de PrEP, le risque de transmission augmente. De plus, Truvada est inefficace contre les souches du VIH qui lui sont résistantes. Par exemple, un homme canadien qui suivait à la lettre sa PrEP est devenu séropositif lorsqu’il a contracté une souche virale résistante aux médicaments VIH.

Même si la PrEP est une stratégie de prévention hautement efficace en ce qui concerne le VIH, elle est inefficace contre les autres infections transmissibles sexuellement (ITS). On recommande donc que la PrEP soit utilisée en combinaison avec des condoms.

Qui peut prendre la PrEP?

  • La PrEP ne devrait être utilisée que par des personnes séro-négatives courant un risque élevé de contracter le VIH. Cela inclut les personnes dont les partenaires sexuels sont séropositifs et ont une charge virale détectable, ainsi que les personnes ayant des relations sexuelles sans condom avec des partenaires dont elles ignorent le statut VIH. (Si une personne séropositive prend Truvada en l’absence d’autres médicaments anti-VIH, sa souche du virus pourrait devenir résistante aux médicaments qu’il contient.)
  • La PrEP ne devrait être utilisée que par les personnes ayant reçu une ordonnance et qui voient régulièrement un professionnel de la santé (au moins tous les trois mois).

Pourquoi est-il important de consulter régulièrement un médecin?

Les lignes directrices recommandent que les personnes sous PrEP consultent régulièrement un professionnel de la santé pour passer des tests de dépistage du VIH et des ITS, faire le point sur leur observance thérapeutique et recevoir un counseling en matière de réduction des risques. Le professionnel de la santé peut également travailler avec l’utilisateur de la PrEP afin de rester à l’affût des effets secondaires et des toxicités médicamenteuses possibles.

Le coût est-il couvert?

À l’heure actuelle, seul le régime d’assurance maladie provincial du Québec couvre le coût de Truvada à titre de PrEP. Il est possible que certaines personnes ayant un régime d’assurance médicaments au travail aient accès à la PrEP en vertu de leurs assurances privées (renseignez-vous auprès de votre assureur). Les membres inscrits des Premières Nations et les Inuits sont déjà couverts par le Programme des services de santé non assurés (SSNA).

Les condoms

Les condoms ont été un élément principal de la boîte à outils des pratiques sexuelles plus sécuritaires longtemps avant l’épidémie de VIH, et ils continuent de jouer un rôle important dans la prévention de la transmission de ce virus. 

Dans quelle mesure sont-ils efficaces?

En plus de prévenir la grossesse, les condoms demeurent un moyen très efficace de prévenir la transmission du VIH, pourvu qu’ils soient utilisés correctement et régulièrement. Les condoms, autant l’externe (masculin) que l’interne (féminin), fonctionnent en créant une barrière imperméable qui empêche l’échange de liquides entre les partenaires sexuels. Le VIH, qui peut vivre dans les liquides vaginaux et anaux et dans le sperme (y compris le liquide pré-éjaculatoire), est incapable de passer à travers les condoms en latex ou en polyuréthanne. Les condoms sont également le seul moyen efficace de prévenir de nombreuses autres infections transmissibles sexuellement (ITS), dont la syphilis, la gonorrhée, l’herpès et la chlamydia.

Si vous utilisez les condoms en combinaison avec le traitement comme outil de prévention  ou la prophylaxie pré-exposition, vous réduirez davantage votre risque de contracter le VIH. Il est donc dans votre intérêt, et celui de votre partenaire, de garder les condoms dans votre boîte à outils de stratégies de prévention du VIH.

(Il importe de noter que les condoms en peau d’agneau ne réduisent pas le risque de transmission du VIH et d’autres ITS.)

Sont-ils infaillibles?

Non. Bien que les condoms soient imperméables au VIH, ils peuvent échouer s’il se produit une rupture, une déchirure, un glissement ou une fuite pendant l’usage. Si un tel événement survient, le VIH peut embarquer dans n’importe liquide qui se fraie un chemin à travers le condom. C’est pour cette raison que l’utilisation correcte du condom est essentielle, surtout lorsque les autres stratégies de prévention ne sont pas employées. Vous pouvez réduire le risque d’échec des condoms en apprenant à les mettre et à les utiliser correctement pendant vos relations sexuelles.

Mettre le condom comme il faut

Voici quelques conseils sur l’usage des condoms externes :

  • Rangez les condoms à température ambiante et n’utilisez jamais de condom dont la date d’expiration est passée.
  • Mettez le condom avant la pénétration! Cela peut paraître évident mais il suffit que le pénis se glisse dans le vagin ou l’anus pendant quelques instants pour ouvrir une voie parfaite à de nombreuses ITS.
  • Ouvrez l’emballage avec soin en vous assurant de ne pas déchirer le condom.
  • Assurez-vous de mettre le condom dans le bon sens avant de le mettre sur le bout du pénis.
  • Pincez le bout du condom pour enlever l’air et laisser de l’espace au sperme. Déroulez-le ensuite jusqu’à la base du pénis.
  • Assurez-vous que le condom est bien ajusté et confortable.
  • Amusez-vous!
  • Utilisez un seul condom pour chaque relation sexuelle et avec chaque partenaire. Évitez de recycler! Et n’en mettez pas deux : deux condoms ensemble peuvent se déchirer.
  • Utilisez beaucoup de lubrifiant, mais uniquement des lubrifiants à base d’eau ou de silicone; les autres genres peuvent affaiblir le condom.
  • Tout de suite après la relation sexuelle, tenez bien le condom pendant que vous retirez le pénis du vagin ou de l’anus.
  • Enlevez le condom avec soin lorsqu’il n’y a plus de contact avec le corps de votre partenaire.

Les condoms internes sont munis d’un anneau interne fermé que l’on insère dans le vagin ou l’anus avant la relation sexuelle. Ils peuvent offrir une protection semblable à celle des condoms externes. Assurez-vous d’utiliser un condom interne au lieu d’un condom externe traditionnel, et pas les deux en même temps.

La pratique rend parfait!

Les études ont révélé que l’usage répété des condoms avait tendance à réduire le nombre d’échecs des condoms au fil du temps. Non seulement les lubrifiants à base d’eau ou de silicone rendent le sexe avec condoms plus agréable, ils font aussi baisser le risque de déchirures en réduisant la quantité de friction appliquée au condom.

Rob Easton est journaliste pigiste, cinéaste, Trekkie et propriétaire de chien. Il est aussi l’ancien hôte de l’émission de télévision Don’t Quit Your Gay Job.

Illustrations par Kelly Schykulski