Vision positive

Automne 2016 

Nouvelles du front : D’abord, ne pas nuire

Liam Michaud et Barb Panter font un compte-rendu des programmes de réduction des méfaits au Canada.

Le soutien par les pairs et l’entraide ont toujours joué un rôle pour les personnes utilisant des drogues — pour réduire les risques associés à la consommation de drogues, pour prévenir les surdoses et partager l’information essentielle. Dans les années 80, face à la crise du sida, la réduction des méfaits est entrée en jeu en tant qu’approche pour réduire le risque de transmission du VIH chez les personnes qui s’injectent des drogues.

La réduction des méfaits fait référence aux politiques, aux programmes et aux approches qui visent à réduire les méfaits potentiels de l’usage de drogues. Elle reconnaît que consommer des drogues à usage récréatif et des drogues de la rue peut être un choix personnel et que certaines personnes peuvent ne pas pouvoir ou vouloir arrêter. Les objectifs de la réduction des méfaits sont de fournir aux personnes les outils dont elles ont besoin pour survivre, être aussi en santé que possible et vivre avec dignité.

De nombreux défenseurs de la réduction des méfaits sont eux-mêmes des consommateurs de drogues. Le slogan Rien pour nous sans nous insiste sur le fait que les personnes qui utilisent des drogues devraient participer à tous les niveaux des initiatives de réduction des méfaits — de l’étape où l’on fixe les priorités à celle où l’on décide où les ressources vont en passant par l’exécution du travail lui-même. Dans ce contexte, nous examinons cinq initiatives qui offrent différents types de soutien aux utilisateurs de drogues.

Aidants naturels

Soutien par les pairs au Cap Breton

Nous savons depuis longtemps que partager des seringues peut favoriser les infections transmissibles par le sang comme le VIH et l’hépatite C, mais les personnes qui s’injectent des drogues n’ont pas toujours facilement accès à de nouvelles seringues ou à des soins de santé et de l’information pour un usage plus sécuritaire. C’est là qu’entrent en jeu les aidants naturels.

La recherche a démontré qu’une des meilleures façons d’aider les communautés marginalisées comme les personnes qui s’injectent des drogues est de les connecter à des « aidants naturels » — des personnes ayant une profonde compréhension de cette communauté, vers lesquelles les autres se tournent naturellement quand ils ont besoin de soutien. Les aidants naturels du programme de seringues et d’aiguilles de l’AIDS Coalition of Cape Breton (SANE) s’efforcent de rejoindre le plus grand nombre possible de personnes qui s’injectent des drogues. Ils ont soit déjà utilisé des drogues par injection eux-mêmes soit ils sont des membres de la famille et des amis de personnes qui le font.

Ils aident à prévenir la transmission du VIH et de l’hépatite C en fournissant aux personnes qui s’injectent des drogues du nouveau matériel d’injection, des conteneurs sécuritaires pour déchets biodangereux pour jeter les seringues utilisées et de l’information sur la consommation sécuritaire. Ils étendent la portée de SANE en distribuant du matériel dans les régions rurales et éloignées où un camion d’intervention de proximité ne se rend qu’une fois par mois ou pas du tout.

Les aidants naturels font aussi part à SANE des nouvelles ou des mauvaises drogues sur le marché et des façons dont l’information sur la réduction des méfaits est utilisée dans la rue. Cela aide le programme à demeurer pertinent pour les personnes qui l’utilisent.

aidscoalitionofcapebreton.ca / 902.539.5556

Torontovibe

Promouvoir des partys plus sécuritaires

Torontovibe.com, hébergé par l’AIDS Committee of Toronto, fournit à la communauté gaie/bi/queer de l’information sur l’usage plus sécuritaire de drogues. Le site Web a été lancé à la suite de conversations qui abordaient l’utilisation de drogues ou d’alcool comme le risque de surdose et les interactions possibles entre les drogues de la rue et les médicaments anti-VIH.

Le site renseigne les visiteurs sur les drogues — alcool, pot, cocaïne, ectasy et kétamine — afin qu’ils puissent prendre des décisions éclairées quant à leur consommation de drogues et ainsi réduire les risques. Pour chaque drogue, le site renseigne les visiteurs sur les risques, la façon dont elle peut influencer les relations sexuelles et les interactions qu’elle peut avoir avec les antirétroviraux et les autres médicaments.

Torontovibe.com offre quelques caractéristiques uniques, comme un endroit pour s’informer et attirer l’attention sur les mauvaises drogues au sein de la communauté afin que les personnes les évitent. De plus, le site indique les interactions connues entre les drogues à usage récréatif et les médicaments anti-VIH. Il existe visiblement un besoin pour ce genre d’information, car l’année dernière seulement, 36 970 personnes ont visité le site.

torontovibe.com

Programme de naloxone de la Tribu des Blood

Prévenir les décès par surdose

Au cours des dernières années, la Tribu des Blood, ou la Première nation de Kainai, a fait face à une vague de surdoses. Par moment, les hôpitaux observaient trois surdoses par jour. La cause? Le fentanyl, un puissant opiacé/analgésique,  qui est de plus en plus disponible dans les communautés à travers le Canada. La montée de décès par surdose a poussé la Tribu des Blood, dans la réserve des Blood au sud de l’Alberta, à déclarer l’état d’urgence.

En 2015, face à cette situation de crise, la Tribu des Blood s’est associée à l’organisme communautaire spécialisé en VIH ARCHES et aux autorités sanitaires de la région pour distribuer des trousses de naloxone et former les travailleurs en soin de santé et les membres de la communauté à l’administrer. La naloxone est un médicament, habituellement administré par injection, qui enraye une surdose d’opiacés durant assez longtemps pour conduire les personnes dans un hôpital, permettant de gagner un temps précieux.

Le programme de la Tribu des Blood a été le premier programme de distribution de naloxone dans une réserve au Canada. Les travailleurs renseignent et éduquent les personnes à propos du fentanyl et des risques connexes. Ils s’efforcent d’accroître le soutien pour les personnes qui font face à une dépendance aux opiacés, incluant l’amélioration de l’accès au Suboxone, un traitement de substitution sur ordonnance, largement reconnu pour réduire la transmission du VIH et de l’hépatite C.

Grâce au leadership de la Tribu des Blood et des docteures Esther Tailfeathers et Susan Christenson, qui distribuent la nalaxone à emporter à la maison, plusieurs vies ont déjà été sauvées.

bloodtribe.org / 403.308.0760

Distribution de pipes par Cactus Montréal

Réduire les risques de fumer du crystal meth

Au cours des dernières années, le personnel de Cactus Montréal a observé une hausse fulgurante de l’usage de crystal meth chez les personnes qui ont recours à ses services. Le centre communautaire dirige un site fixe pour distribuer du matériel d’injection de drogues et d’inhalation de crack.

La méthamphétamine — crystal meth, meth, T, ice, Tina — est un stimulant pouvant être sniffé, fumé ou injecté. Comme pour plusieurs drogues, le partage des pipes et du matériel d’injection comporte un risque de transmettre le VIH et l’hépatite C. Montréal a observé une augmentation des personnes qui s’injectent du crystal meth, par opposition à celles qui le fument ou l’inhalent. (Étant donné que la tolérance des utilisateurs de cette drogue augmente avec l’usage régulier, plusieurs commencent à se l’injecter parce qu’elle a un effet euphorique plus puissant et plus rapide.) De nombreuses personnes qui ne s’injectaient pas des drogues auparavant et qui ne participent pas à des programmes de réduction des méfaits n’ont pas accès à la même information en matière de prévention et il est plus probable qu’elles partagent ou réutilisent leurs pipes et leurs seringues.

Afin de répondre au nombre croissant de personnes qui utilisent du crystal meth, le personnel de Cactus a commencé à distribuer des pipes à crystal meth, ce qui leur permet ainsi de transmettre l’information sur les façons de prévenir la transmission de l’hépatite C tout en fournissant à ces personnes du nouveau matériel. De plus, si les personnes qui la fument passent à l’injection, elles auront l’information et le matériel nécessaires pour le faire de façon plus sécuritaire.

Cactus facture 5 $ par pipe. Ils espèrent pouvoir éventuellement les offrir gratuitement. Le Site fixe est ouvert sept jours et soirs par semaine.

cactusmontreal.org / 514.847.0067

Eastside Illicit Drinkers Group for Education (EIDGE)

Réduction des méfaits pour les buveurs

Dans le Downtown Eastside de Vancouver, Rob Morgan et John Skulsh constataient que leurs pairs et leurs amis mouraient à un rythme alarmant, mais les causes de leur décès n’étaient pas celles habituellement associées à ce quartier. Ces décès étaient liés à la consommation d’alcool illicite et à un manque de services pour les personnes ayant une dépendance à l’alcool. L’alcool illicite est de l’alcool qui n’est pas destiné à la consommation humaine (comme le rince-bouche et le désinfectant pour les mains), de l’alcool fait maison (comme le moonshine) et de l’alcool consommé d’une façon qui est considérée comme criminelle (par exemple, boire en public). Cet alcool est moins cher et souvent facile à obtenir.

Les décès qu’observaient Morgan et Skulsh étaient parfois causés par les effets de l’alcool illicite sur le corps, mais souvent, ils n’étaient pas directement liés à l’alcool — pneumonie et exposition au froid à cause des nuits dans la rue, parfois le résultat des réductions du nombre de lits en refuge. Les politiques de tolérance zéro au sein des services sociaux et dans de nombreux refuges pour les personnes en état d’ébriété jouent également un rôle.

Avec le soutien de l’organisme Vancouver Area Network of Drug Users (VANDU), Morgan, Skulsh et d’autres buveurs se sont unis pour fonder le programme EIDGE. Le groupe tient des réunions une fois par semaine pour faire de la sensibilisation et pour inciter les hôpitaux, les policiers et les services de santé à modifier les politiques. Le programme EIDGE met l’accent sur la création d’un endroit où les consommateurs d’alcool pourraient aller pour boire en sécurité et avoir accès à des services, comme du counseling et des références, sans avoir à craindre les altercations avec la police. Ces types de programmes sont des outils reconnus de réduction des méfaits qui existent dans des villes à travers le Canada. Selon Morgan, « si nous avions un endroit où les membres peuvent boire en sécurité, nous pourrions prévenir un grand nombre de ces décès. »

vandu.org