Le VIH au Canada : Guide d'introduction pour les fournisseurs de services

Le dépistage et le diagnostic du VIH

Points clés

  • Selon les estimations, 21 % des personnes vivant avec le VIH au Canada ignorent qu'elles sont infectées.
  • Plus le diagnostic est précoce, meilleures sont les chances d'améliorer ou de maintenir sa santé.
  • Une fois diagnostiquées, les personnes séropositives sont nettement plus susceptibles de prendre des mesures pour protéger leurs partenaires contre l'infection par le VIH.
  • Grâce aux nouvelles technologies de dépistage, il est possible de diagnostiquer l'infection dans les sept à 14 jours suivant l'exposition au VIH.

Pour les personnes vivant avec le VIH, le dépistage et le diagnostic du VIH sont le point d'entrée dans le continuum du traitement, des soins et du soutien. Ils constituent également une voie vers une participation améliorée à la prévention du VIH, aux soins et au soutien pour les personnes séronégatives qui continuent de courir un risque élevé de transmission.

Au Canada, en 2014, on estimait que 16 020 (21 %) personnes vivant avec le VIH au Canada ignoraient qu'elles étaient infectées. Ce groupe représente une population cachée qui pourrait compter pour plus de 50 % des nouvelles infections, particulièrement parmi les personnes nouvellement infectées et qui ont des charges virales élevées. On sait aussi que de nombreuses personnes au Canada reçoivent un diagnostic tardif du VIH au cours de leur infection. Tout ceci a des implications à la fois au niveau de la santé individuelle et publique.

Les bienfaits individuels pour la santé d'un diagnostic de VIH peuvent inclure un accès au traitement anti-VIH aussitôt que possible au cours de l'infection, la prophylaxie (traitement préventif) pour des infections opportunistes , et le traitement d’infections transmissibles sexuellement (ITS). Les clients peuvent aussi être reliés à d’autres services pour aider à régler des problèmes identifiés, par exemple des services de santé mentale et de réduction des méfaits, ou des programmes de logement. Pour les personnes recevant un diagnostic de séropositivité, plus tôt le diagnostic de VIH est fait, plus grands sont les bienfaits pour la santé.

Le diagnostic de VIH aussitôt que possible peut aussi avoir des bienfaits sur le plan de la santé publique. Il est maintenant largement reconnu que les personnes vivant avec le VIH qui suivent un traitement et atteignent une charge virale indétectable de façon durable ne transmettront pas sexuellement le VIH à leurs partenaires. Ils sont aussi considérablement moins susceptibles de transmettre le virus par d'autres modes de transmission (par exemple, le matériel de consommation de drogues partagé). La recherche indique que les personnes qui se savent infectées par le VIH sont plus susceptibles de prendre les mesures nécessaires pour protéger leurs partenaires contre le VIH que les personnes ignorant leur statut.

Pour les personnes dont le test VIH est négatif et qui courent un risque élevé de contracter le VIH de façon continue, le dépistage est une voie d’accès à la participation améliorée à la prévention du VIH, aux soins et au soutien ainsi qu'à d'autres services comme la santé mentale et la réduction des méfaits.

Le premier test de dépistage du VIH a vu le jour au Canada en 1985. Ce test permet de déceler les anticorps anti-VIH dans le sang. Pour être efficace, cependant, il faut que des anticorps soient présents. Dans le cadre des tests d’anticorps actuels, il peut s'écouler jusqu'à trois mois pour que les anticorps se développent après l’infection par le VIH (on parle de fenêtre sérologique ou de période fenêtre). Si la personne se trouve toujours dans la « période fenêtre », le test pourrait ne pas être en mesure de détecter les anticorps et pourrait donner un résultat négatif, même si la personne est séropositive.

Les nouvelles générations de tests VIH, les tests de quatrième génération, dépistent les anticorps anti-VIH et le virus lui-même (et spécifiquement une protéine du VIH appelée p24). Tous les laboratoires au Canada utilisent des technologies de dépistage du VIH de quatrième génération pour tester les échantillons de sang. Ces tests de combinaison antigène-anticorps sont plus sensibles et la période fenêtre a été écourtée à 18 jours pour 50 % de la population; 34 jours pour 95 % de la population et un mois et demi pour 99 % de la population.

Le dépistage rapide aux points de service peut améliorer l’accès au dépistage parce que le processus de dépistage complet (y compris le counseling pré-test, la reception du résultat du test et le counseling post-test) prend environ 20 minutes. Le dépistage rapide aux points de service est actuellement disponible seulement dans certaines provinces.

Il existe un autre test appelé test d’amplification des acides nucléiques (TAAN) qui permet de détecter de l'ARN du VIH après un délai aussi court que sept à 14 jours suivant l'infection. Certains territoires et provinces envisagent d’utiliser le TAAN comme test de dépistage en raison de la très courte durée de sa période fenêtre. Dans certaines régions de la Colombie-Britannique, les échantillons de sang d’hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes (HARSAH) qui se révèlent séronégatifs lors d’un test de dépistage de quatrième génération sont testés de nouveau utilisant la méthode du TAAN regroupé. On a démontré que cette méthode améliorait la détection du VIH chez les personnes récemment infectées.

Au Canada, le dépistage du VIH se fait de trois façons :

  1. Dépistage nominatif : Ceci est la méthode la plus utilisée. Le nom et les renseignements identifiant la personne testée sont envoyés au laboratoire avec l'échantillon, et l'organisme effectuant le test a l’obligation légale de signaler tout résultat positif aux autorités de la santé publique;
  2. Dépistage non nominatif : Cette méthode est semblable au dépistage nominatif, sauf que le fournisseur de service utilise un code pour désigner l'échantillon envoyé au laboratoire. Les autorités de la santé publique ne sont avisées de l'identité de la personne testée que si le résultat est positif;
  3. Dépistage anonyme : Cette méthode ne comporte aucune collecte de données susceptibles d'identifier la personne testée. Seules des données épidémiologiques sont envoyées aux autorités de la santé publique, que le résultat soit positif ou négatif.

Lorsqu’on reçoit un diagnostic de séropositivité au Canada, la loi exige que les autorités de la santé publique en soient avisées. Cependant, chaque province et territoire ont des lois de santé publique qui stipulent des exigences spécifiques pour cette juridiction. La plupart des juridictions ont aussi une exigence relative au fait qu'une tentative de recherche des partenaires sexuels ou des individus avec qui la personne séropositive aurait partagé du matériel de consommation de drogues soit faite afin de les aviser qu'ils auraient pu être exposés à un risque d'infection par le VIH. La notification des partenaires se fait de trois façons. La personne séropositive peut aviser elle-même ses partenaires de l'exposition potentielle au VIH ou un intervenant de la santé publique peut le faire à sa place, ou encore une combinaison de ces approches peut être utilisée. Dans les cas où la notification se fait par un intervenant de la santé publique, le nom de la personne diagnostiquée n'est pas donné aux personnes contactées.

En 2013, l'Agence de la santé publique du Canada a publié des lignes directrices incorporant des recommandations visant à surmonter les barrières au dépistage et à améliorer les services de dépistage du VIH an Canada. Tout en reconnaissant que le dépistage ciblé des populations les plus à risque de contracter le VIH doit se poursuivre, les lignes directrices stipulent que cette approche devrait être assortie d’une approche de dépistage moins ciblée pour rejoindre les populations perçues comme étant moins à risque. Une recommandation importante des lignes directrices encourage les professionnels de la santé à adopter une approche plus active et à proposer le dépistage du VIH à leurs patients dans le cadre des soins médicaux de base, que ceux-ci l'aient demandé ou pas. De plus, les lignes directrices encouragent les professionnels de la santé à adopter une approche plus flexible et à adapter la portée du counseling pré- et post-test aux besoins particuliers et à la situation unique de chaque client. Plus spécifiquement, les lignes directrices affirment qu'un counseling plus bref pourrait convenir dans le cas de certains clients, tels que les femmes enceintes en travail, les patients bien renseignés et les personnes ayant déjà passé un test de dépistage auparavant. Quelle que soit la stratégie utilisée, le dépistage du VIH doit être effectuée seulement après que le consentement ait été accordé; ce consentement doit être explicite, éclairé et donné volontairement.  

Les lignes directrices prônent aussi l'intégration du dépistage du VIH dans les autres services, particulièrement ceux servant au dépistage des infections transmises de la même façon que le VIH et/ou qui nuisent à la santé des personnes vivant avec le VIH comme l'hépatite C et les ITS. L'intégration du dépistage du VIH dans ces autres services fournirait des occasions de dépistage additionnelles et permettrait de reconnaître les personnes non diagnostiquées.

Les lignes directrices décrivent aussi le dépistage du VIH comme une occasion importante d'éduquer les personnes à risque de contracter le VIH et les personnes nouvellement diagnostiquées et de les orienter vers d'autres services. Elles stipulent par exemple que toutes les personnes dépistées, peu importe le résultat, devraient obtenir de l'information et être dirigées vers des services susceptibles de les aider à réduire leurs risques de contracter ou de transmettre le VIH. Ainsi, en préparation du dépistage du VIH, les lignes directrices préconisent que les professionnels de la santé prennent contact avec des organismes de soins et de soutien pour se munir des ressources qu'ils pourront ensuite donner à leurs clients. La recherche indique que les personnes vivant avec le VIH qui sont arrimées à des soins et qui les reçoivent régulièrement connaissent de meilleurs résultats sur le plan de la santé que les personnes qui n'en reçoivent pas. Ainsi, les personnes nouvellement diagnostiquées devraient être reliées activement aux services de soins et de traitement tels qu’un spécialiste des maladies infectieuses qui traitent le VIH.

En 2012, la Food and Drug Administration des États-Unis a approuvé le premier test de dépistage du VIH à domicile pour la vente en pharmacies. La recherche indique que certaines populations (les hommes ayant des relations sexuelles avec d'autres hommes) trouvent le dépistage à domicile acceptable, et son introduction pourrait accroître le nombre de personnes qui sont au courant de leur statut VIH. Au Canada, aucune trousse de dépistage à domicile n'a été approuvée par Santé Canada. Les tests actuels de dépistage du VIH à domicile ne sont pas aussi précis que les tests de dépistage du VIH approuvés au Canada.

Ressources

Guide pour le dépistage et le diagnostic de l'infection par le VIH – Agence de la santé publique du Canada

Le processus de dépistage du VIH – feuillet d'information de CATIE

Les technologies de dépistage du VIH – feuillet d'information de CATIE

Nouvelles approches de dépistage du VIH – Webinaire Connectons nos programmes de CATIE (webinaire en anglais seulement mais diapositives en français disponibles à Nouvelles approches de dépistage du VIH)

Sources

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