Le VIH au Canada : Guide d'introduction pour les fournisseurs de services

La réduction des méfaits

Points clés

  • Le terme réduction des méfaits désigne les politiques, les programmes et les projets visant à atténuer les conséquences sanitaires (santé), sociales et économiques de la consommation de drogues.
  • La crise de surdose d'opiacés a suscité un mouvement vers l'ajout de sites d'injection/de consommation supervisés au Canada.
  • Des recommandations quant aux pratiques exemplaires en matière de programmes de réduction des méfaits ont été élaborées.

Le terme réduction des méfaits englobe les politiques, les programmes et les projets visant à atténuer les conséquences sanitaires, sociales et économiques de la consommation de drogues et de la criminilisation de la consommation et de la possession de drogues. Sans exclure l'abstinence comme objectif personnel, la réduction des méfaits propose plutôt un éventail d'options pragmatiques, ce qui peut inclure des efforts pour limiter ou gérer la consommation. La réduction des méfaits aide à motiver les gens à prendre contact avec les centres de traitement et les professionnels de la santé lorsqu'ils se sentent prêts à s'engager dans cette voie, le cas échéant. Les activités de réduction des méfaits incluent la distribution de seringues et d'aiguilles, les traitements de substitution d'opiacés ou d'agonistes opiacés (comme la méthadone ou suboxone), les interventions sur le terrain, la distribution de pipes à crack, les projets de responsabilisation des utilisateurs de drogues, les sites de consommation plus sécuritaires, la prescription d'héroïne de qualité pharmaceutique (diacétylmorphine), la distribution de naloxone (antidote aux surdoses d'opiacés) et d'autres actions destinées à défendre les droits des personnes qui utilisent des drogues.

Les services de réduction des méfaits fondés sur des données probantes, tels les programmes de distribution de seringues et d'aiguilles, se sont révélés des outils importants pour rejoindre les populations qui consomment des drogues, améliorer leur santé et ralentir la propagation du VIH, de l'hépatite C et d'autres maladies infectieuses. De plus, ces programmes renforcent la confiance nécessaire pour inciter les usagers à s'engager dans les programmes de traitement s'ils le désirent. Les personnes qui s'injectent des drogues devraient jouer un rôle important dans la création et la mise sur pied des programmes visant la prévention du VIH et de l'hépatite C.

En 2013, le premier site d'injection supervisé légal du Canada a fêté ses 10 ans. Les nombreuses recherches effectuées sur les retombées de ce site révèlent des succès remarquables, dont une réduction de la transmission du VIH et des surdoses mortelles. Des sites d'injection supervisés ont depuis ouvert à Montréal et plusieurs autres vont ouvrir à Toronto en 2017. Un certain nombre d'autres municipalités planifient maintenant d'ouvrir des sites d'injection supervisés. Plusieurs autres villes canadiennes (y compris Victoria, Surrey, Edmonton, Thunder bay, London, Hamilton, Chilliwack, Calgary et Saskatoon) travaillent actuellement à établir des services de consommation supervisés pour répondre à la crise de santé publique de surdoses d'opiacés.

Afin de pouvoir exploiter un site d'injection sécuritaire, il est nécessaire d'obtenir une exemption à la Loi réglementant certaines drogues et autres substances. En 2015,  la Loi C-2 (connue sous le nom de Loi sur le respect des collectivités) a été adoptée sous le gouvernement conservateur; elle décrivait le processus laborieux et la somme considérable de documents dont le gouvernement avait besoin pour accorder cette exemption aux groupes. Cependant à la fin 2016, le gouvernement libéral a présenté une mesure législative qui éliminerait les 26 restrictions en vertu de la Loi sur le respect des collectivités, ce qui facilitera l'approbation requise pour exploiter un site d'injection supervisé au Canada. En 2017, le nouveau projet de loi C-37 a remplacé par cinq conditions les 26 conditions stipulées dans le projet de loi C-2 concernant l'ouverture d'un site d'injection sécuritaire, ce qui a simplifié le processus menant à l'ouverture d'un tel établissement.

De 2013 à 2015, une équipe pancanadienne de chercheurs, de fournisseurs de services, de décideurs de politiques et de personnes ayant une expérience vécue du domaine ont formulé une série complète et à jour de recommandations de pratiques exemplaires en matière de réduction des méfaits. Les documents comportent des recommandations sur la distribution des aiguilles et des seringues, la manipulation et l'élimination du matériel de consommation utilisé, des conseils sur la consommation plus sécuritaire de drogues, la distribution de matériel de consommation plus sécuritaire pour fumer du crack, la prévention des surdoses d'opioïdes (sensibilisation et distribution de naloxone) et plus encore.

Ressources

Recommandations de pratiques exemplaires pour les programmes canadiens de réduction des méfaits qui fournissent des services aux utilisateurs de drogues qui sont à risque de contracter le VIH et le VHC, et d'autres méfaits : partie 1

Recommandations de pratiques exemplaires pour les programmes canadiens de réduction des méfaits qui fournissent des services aux utilisateurs de drogues qui sont à risque de contracter le VIH et le VHC, et d'autres méfaits : partie 2

Sources

  1. Gouvernement du Canada. Stratégie nationale antidrogue. Disponible à l’adresse : http://www.strategienationaleantidrogue.gc.ca/
  2. Hunt N. A review of the evidence-base for harm reduction approaches to drug use. 2003. Disponible à l’adresse : http://www.ihra.net/files/2010/05/31/HIVTop50Documents11.pdf
  3. International Harm Reduction Association. What is harm reduction? 2010. Disponible à l’adresse : http://www.ihra.net/files/2010/08/10/Briefing_What_is_HR_English.pdf
  4. Santé Canada. INSITE de Vancouver et autres sites d'injection supervisés : Observations tirées de la recherche? Ottawa : Santé Canada; 2008. Disponible à l’adresse : www.hc-sc.gc.ca/ahc-asc/pubs/_sites-lieux/insite/index-eng.php#ack
  5. Wodak A, Cooney A. Do needle syringe exchange programs reduce HIV infection among injecting drug users: a comprehensive review of the international evidence. Substance Use & Misuse. 2006;41(6):777–813.
  6. Urban Health Research Initiative of the British Columbia Centre for Excellence in HIV/AIDS. Drug situation in Vancouver. Vancouver: British Columbia Centre for Excellence in HIV/AIDS; 2013. Disponible à l’adresse : http://uhri.cfenet.ubc.ca/images/Documents/dsiv2013.pdf