Le VIH au Canada : Guide d'introduction pour les fournisseurs de services

La biologie de la transmission sexuelle du VIH

Points clés

  • Pour que la transmission sexuelle du VIH ait lieu, il doit y avoir trois éléments nécessaires : liquide, chemin et activité.
  • Toutes les expositions au VIH ne causent pas nécessairement l'infection en raison des défenses muqueuses de l'organisme.
  • Plusieurs facteurs ont un impact sur le risque biologique de transmission du VIH.

Pour que la transmission sexuelle du VIH ait lieu, il doit y avoir trois éléments nécessaires : liquide, chemin et activité. Il doit y avoir un liquide d’une personne vivant avec le VIH contenant assez de VIH pour causer l’infection, un chemin à l’intérieur de la personne séronégative que le VIH peut utiliser pour entrer dans le corps d’une personne et une activité qui combine le liquide et le chemin.

Les liquides les plus couramment impliqués dans la transmission sexuelle du VIH sont : sperme, liquide pré-éjaculatoire, sécrétions vaginales et rectales. Les chemins impliqués dans la transmission sexuelle du VIH incluent les membranes muqueuses de la bouche et la gorge, du vagin et du col de l’utérus, de l’urètre et du prépuce, et du rectum. Les activités combinant liquides et chemins lors de la transmission sexuelle du VIH incluent les relations sexuelles vaginales, anales et orales.

Lorsqu'une quantité de liquide sexuel  contenant du VIH entre en contact avec une muqueuse, le virus doit  surmonter les défenses protectrices de l'organisme avant de pouvoir se propager partout dans le corps et établir l'infection pour de bon. Puisque le VIH n'est pas toujours en mesure de vaincre les défenses des muqueuses, l'exposition ne donne pas lieu à l'infection dans tous les cas.

Les muqueuses ont plusieurs défenses protectrices incluant le mucus (substance visqueuse tapissant la membrane qui peut piéger et détruire les microbes), une couche de cellules épithéliales (couche dense de cellules qui peuvent empêcher les microbes d'entrer dans le corps) et les cellules immunitaires qui combattent les microbes et les expulsent du corps. Pour qu'il y ait infection consécutivement à une exposition, le VIH doit pénétrer le mucus, franchir la couche de cellules épithéliales et se répliquer dans un délai d'un à trois jours dans le tissu de la muqueuse sans en être éliminé par les cellules immunitaires. Si le virus parvient à se répliquer au cours d'un délai suffisamment long, il pourra alors se propager du site de réplication initial vers d'autres régions du corps et établir une infection permanente.

La quantité de VIH dans le liquide corporel auquel une personne est exposée semble être le plus important facteur déterminant en ce qui a trait à l'éventualité de la transmission. On appelle cette quantité la charge virale. Une charge virale élevée peut accroître le risque de transmission du VIH.

Les déchirures et/ou l'inflammation peuvent aussi accroître le risque de  transmission. Les déchirures muqueuses peuvent permettre au VIH de traverser la couche de cellules épithéliales et d'entrer plus facilement dans le corps. L'inflammation fait augmenter la concentration de cellules immunitaires dans les muqueuses des tissus oraux, génitaux et rectaux. Ces cellules immunitaires peuvent servir de cibles et aider le VIH à traverser la couche de cellules épithéliales, facilitant ainsi la réplication plus rapide du virus lorsqu'il pénètre dans le tissu de la muqueuse.

Les déchirures et(ou) l'inflammation se produisent pour plusieurs raisons : l'irritation, la friction, les douches vaginales/rectales et lavements, l'hygiène dentaire (se brosser les dents et se passer la soie dentaire), les spermicides, les affections vaginales (vaginose bactérienne ou infection à levures) et les infections transmissibles sexuellement (ITS). Bien que les déchirures et l'inflammation accroissent les risques, le VIH peut traverser la couche de cellules épithéliales même si aucune déchirure ou inflammation n'est présente.

Certains ont laissé entendre que les changements hormonaux qui résultent de l'usage de contraceptifs hormonaux, de la grossesse ou du cycle menstruel augmentaient le risque de transmission du VIH, mais les données ne sont pas concluantes. Plusieurs mécanismes ont été proposés pour expliquer comment les fluctuations hormonales augmenteraient le risque d'infection par le VIH, y compris l'amincissement de la paroi cervicale et vaginale et l'augmentation du nombre de cellules cibles dans le vagin et le col de l'utérus.

Notre compréhension améliorée de la biologie de la transmission du VIH et des facteurs susceptibles d'accroître les risques a donné lieu à de nouvelles interventions biomédicales visant la prévention du VIH. Parmi ces dernières, mentionnons l'atténuation des facteurs susceptibles d'accroître les risques de transmission, le maintien des défenses muqueuses et l'inhibition des étapes nécessaires au VIH pour accomplir l'infection.

Ressources

De l'exposition à l'infection : la biologie de la transmission du VIHPoint de mire sur la prévention

Le VIH et l’appareil génital féminin : quelles sont les implications pour la prévention du VIH? – Point de mire sur la prévention

Sources

  1. Zuckerman RA, Whittington WLH, Celum CL et al. Higher concentration of HIV RNA in rectal mucosa secretions than in blood and seminal plasma, among men who have sex with men, independent of antiretroviral therapy. Journal of Infectious Diseases. 2004 Jul 1;190(1):156-61.
  2. Fox J, Fidler S. Sexual transmission of HIV-1. Antiviral Research. 2010 Jan;85(1):276-85.
  3. Haase AT. Early events in sexual transmission of HIV and SIV and opportunities for interventions. Annual Review of Medicine. 2011 Feb 18;62:127-39.
  4. Hladik F, Doncel GF. Preventing mucosal HIV transmission with topical microbicides: Challenges and opportunities. Antiviral Research. 2010 Dec;88(Supplement 1):S3-9.
  5. Wilton J. De l’expositon à l’infection. La biologie de la transmission du VIH. Point de mire sur la prévention. Automne 2011. Disponible à l’adresse : http://www.catie.ca/fr/pdm/automne-2011/lexposition-linfection-biologie-...