Le VIH au Canada : Guide d'introduction pour les fournisseurs de services

Les détenus

Points clés

  • Selon les estimations, la prévalence du VIH dans les prisons fédérales et provinciales canadiennes s’établit entre 2 % et 8 %.
  • L'infection par le VIH parmi les détenus est associée à l'injection de drogues.

Selon une enquête nationale menée par le Service correctionnel du Canada, les détenus nouveaux arrivant aux pénitenciers fédéraux s’adonnaient à de nombreux comportements à risque en matière de drogue et de sexualité au cours des mois qui précédaient leur incarcération. En termes d’utilisation de drogues injectables, 8 % des hommes et 15 % des femmes ont signalé avoir partagé du matériel d’injection au cours des six mois précédant leur incarcération. En termes d’activités sexuelles, 70 % des hommes et 70 % des femmes ont signalé avoir eu des relations sexuelles sans condom avec un partenaire régulier dans les six mois précédant leur incarcération, et 33 % des hommes et 27 % des femmes ont signalé avoir eu des relations sexuelles sans condom avec des partenaires occasionnels dans les six mois précédant leur incarcération.

Selon un sondage national réalisé par le Service correctionnel du Canada, les comportements à risque se sont poursuivis durant l'incarcération, mais à un moindre taux. En termes d’utilisation de drogues injectables, 7 % des hommes et 5 % des femmes ont signalé avoir partagé du matériel d’injection au cours des six derniers mois de leur incarcération. En termes d’activités sexuelles, 5 % des hommes et 18 % des femmes ont signalé avoir eu des relations sexuelles sans condom avec un partenaire régulier au cours des six derniers mois de leur incarcération, et 2 % des hommes et 11 % des femmes ont signalé avoir eu des relations sexuelles sans condom avec des partenaires occasionnels au cours des six derniers mois de leur incarcération.

Selon un sondage national réalisé par le Service correctionnel du Canada, le tatouage et le perçage corporel effectués en prison exposent aussi les détenus à des risques de transmission; environ 38 % des répondants à l'enquête menée en milieu carcéral fédéral ont indiqué s’être faits tatouer et 13 % s'être faits percer.

Selon un sondage national réalisé par le Service correctionnel du Canada, parmi les détenus qui avaient déjà été testés pour le VIH, 4,6 % ont déclaré qu’ils étaient séropositifs. Les femmes étaient davantage susceptibles de dévoiler leur séropositivité que les hommes (7,9 % contre 4,5 %). Les femmes autochtones ont été reconnues comme un groupe à haut risque puisqu'elles affichaient le taux plus élevé de VIH, soit 11,7 %. Les détenus peuvent avoir contracté leur infection par le VIH avant ou après leur séjour en prison. Il existe une forte corrélation entre l'infection par le VIH et l'usage de drogues injectables dans les prisons canadiennes.

Selon une étude qualitative menée auprès d'anciens détenus d'établissements fédéraux en Ontario, les drogues seraient plus faciles à obtenir en prison que dans la communauté. Toutefois, l'accès au matériel d'injection est extrêmement limité. Les détenus se procurent des aiguilles de plusieurs façons, notamment en les obtenant auprès des diabétiques insulino-dépendants et en les volant au personnel médical. Les détenus se confectionnent aussi du matériel d'injection à l'aide des objets à leur disposition, tels les stylos. Le partage de matériel servant à la consommation de drogues est une pratique très courante, selon les répondants.

Dans la littérature du domaine de la recherche, les estimations sur la prévalence du VIH dans les prisons fédérales et provinciales du Canada vont d’un taux de 2 % à 8 %. Ces estimations sont au moins 10 fois plus élevées que la prévalence rapportée pour la population générale canadienne.

Ressources

On Point: Recommendations for Prison-Based Needle and Syringe Programs in Canada – Canadian HIV/AIDS Legal Network, Prisoners' HIV/AIDS Support Action Network (PASAN), Ryerson University

La population carcérale – feuillet de renseignements de l'Agence de la santé publique du Canada

Prévention, traitement et soins en matière de VIH dans les prisons et autres structures fermées : Ensemble complet de mesures d’intervention – Organisation mondiale de la Santé

URGENCE Santé en prison – Réseau juridique canadien VIH/sida

Sources

  1. Réseau juridique canadien VIH/sida. Pour changer net : argumentaire en faveur de programmes d'échange de seringues en prison au Canada. Toronto : Réseau juridique canadien VIH/sida; 2009. Disponible à l'adresse : http://www.aidslaw.ca/site/wp-content/uploads/2013/09/CleanSwitch_142-FR.pdf
  2. Smith JM. Dépistage du VIH parmi les nouvelles admissions au SCC : Résultats du projet pilote. Le point sur les maladies infectieuses (Bulletin d'information du Service correctionnel du Canada sur les maladies infectieuses, SSC). 2006;1(2).
  3. Zakaria D, Thompson JM, Jarvis A, et coll. Résumé des premiers résultats du Sondage national de 2007 auprès des détenu(e)s sur les maladies infectieuses et les comportements à risque. Ottawa : Service correctionnel du Canada; mars 2010. Disponible à l'adresse : http://www.csc-scc.gc.ca/005/008/092/005008-0211-01-fra.pdf
  4. van der Meulen A. “It goes on everywhere”: Injection Drug Use in Federal Prisons. Substance Use and Misuse. 2017 Sept;52(7):884-891.