TraitementSida
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2006 août/septembre 

Une équipe de Vancouver découvre des cas d’automédication par le crystal meth

Faits saillants sélectionnés du XVIe Congrès international sur le sida, Toronto, Canada, du 13 au 18 août 2006

La toxicomanie est un enjeu sanitaire de taille pour plusieurs personnes vivant avec le VIH et personnes à risque. En plus de causer la dépendance, la consommation excessive de drogues peut nuire à l’état de santé global des utilisateurs et affaiblir leur système immunitaire.

Voici une courte liste des substances couramment utilisées dans les pays riches :

  • alcool;
  • cocaïne;
  • codéine;
  • crystal methamphétamine (crystal meth ou crystal);
  • ecstasy;
  • heroine;
  • marihuana;
  • morphine.

Le crystal meth est un problème majeur sur la côte pacifique d’Amérique du Nord; au Canada, le problème est particulièrement grave à Vancouver. Le problème est également répandu chez les hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes (HARSAH). Au début, plusieurs utilisateurs se contentent de prendre une dose occasionnelle de cette substance, mais la dépendance peut s’installer rapidement. Les groupes communautaires de Vancouver doivent relever le défi qui consiste à déterminer pourquoi les gens ont recours au crystal meth. Les résultats préliminaires d’une étude parrainée par le Centre d’excellence sur le VIH/sida de la Colombie-Britannique laissent penser que le crystal meth est souvent utilisé dans une tentative d’automédication visant à traiter des problèmes de santé mentale sous-jacents.

Détails de l’étude

Entre décembre 2005 et mars 2006, l’équipe de recherche a recruté 25 anciens utilisateurs de crystal meth auprès de qui elle a réalisé des entrevues.

Le profil des participants, tous des hommes, était le suivant :

  • moyenne d’âge – 36 ans;
  • 20 % d’Autochtones; 80 % de Blancs;
  • environ la moitié était séropositive;
  • durée moyenne de l’utilisation du crystal : cinq ans;
  • la drogue avait été fumée, sniffée et injectée.

Les participants ont divulgué les problèmes de santé mentale suivants aux chercheurs :

  • dépression;
  • maladie bipolaire;
  • trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité;
  • trouble obsessionnel-compulsif;
  • anxiété;
  • stress post-traumatique.

Les énoncés suivants indiquent de quelle façon les participants aux prises avec ces problèmes différents ont commencé à prendre du crystal :

Dépression :

« Je crois que la dépression atypique est grandement sous-diagnostiquée chez la population séropositive…et les gens ont recours à un stimulant en guise d’automédication. Les amphétamines sont le traitement de choix pour la dépression atypique. »Un autre participant a révélé qu’il avait « arrêté de prendre des antidépresseurs au même moment où [il a] commencé à se droguer et à arrêter de voir son psychiatre. Les antidépresseurs agissent pendant six à 12 mois puis ils perdent leur efficacité. »

Maladie bipolaire :

« Au moment où j’ai commencé à utiliser du crystal…j’éprouvais beaucoup de difficulté à m’habituer à prendre des médicaments contre la maladie bipolaire. »

Trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité :

« Le crystal meth m’équilibrait. Je pouvais me concentrer mieux au travail…il m’aidait à ralentir pour qui je puisse me concentrer mieux et compléter mes tâches. »

L’équipe de recherche a résumé ses résultats en faisant valoir que « les diagnostics de problèmes de santé mentale sont fréquents chez les personnes ayant un problème de crystal meth ». Elle a également constaté que pour plusieurs hommes ayant participé à cette étude, « le début et l’escalade de la consommation de crystal meth étaient liés à un problème de santé mentale précédemment diagnostiqué mais insuffisamment contrôlé. »

De plus, l’équipe a trouvé que la « dépression associée à un traitement par interféron pourrait inciter les HARSAH à commencer à utiliser du crystal meth ou à accroître leur consommation ».

Selon cette équipe, ces résultats ont des implications pour les fournisseurs de soins parce que ces derniers doivent être en mesure de prévoir quels HARSAH sont susceptibles d’utiliser du crystal meth ou d’en accroître leur consommation afin de « composer avec un problème de santé mentale mal contrôlé ». Les HARSAH ayant ce genre de problème ont besoin de counseling pour les orienter vers des choix de vie sains. L’équipe a également laissé entendre que les HARSAH devraient être « fortement encouragés » à divulguer leur utilisation du crystal meth, même si celle-ci n’est qu’occasionnelle, à leur fournisseur de soins primaires.

RÉFÉRENCE :

Lampinen TM, Greatheart MS, Schilder A, et al. Medicinal crystal methamphetamine: self-medication of poorly controlled health conditions and progression to problematic use among MSM. Abstract ThPe0722.