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juillet 2012 

La Quad (le Stribild) — examen approfondi des questions d'innocuité et d'efficacité

La FDA a examiné des données de santé recueillies auprès de 1 408 personnes séropositives lors de deux essais cliniques déterminants.

Lors d'un essai nommé GS-US-236-0102 (nous employons ici l'abréviation ‘102), les chercheurs ont comparé les combinaisons suivantes dans le cadre d'une étude randomisée, contrôlée contre placebo :

  • Quad
  • Atripla (comprimé à dosages fixes contenant l'éfavirenz, le ténofovir et le FTC)

Lors d'un autre essai randomisé, contrôlé contre placebo, portant le nom de GS-US-236-0103 (‘103 dans le reste de cet article), les chercheurs ont comparé les combinaisons suivantes :

  • Quad
  • atazanavir (Reyataz) + ritonavir (Norvir) + ténofovir + FTC

Comme ces deux études avaient été conçues de manière semblable, les experts de la FDA ont souvent combiné les données des deux essais dans le cadre de leur analyse.

En tout, 1 408 participants ont été recrutés et affectés au hasard à différents groupes pour recevoir ce qui suit :

  • Quad – 701 participants
  • Atripla – 352 participants
  • régime à base d'atazanavir – 355 participants

La FDA a conclu que la Quad constituait une thérapie efficace pour l'infection au VIH. Elle a aussi déterminé que son profil d'innocuité était « généralement acceptable ». Les experts ont observé un nombre faible, mais « disproportionné d'événements rénaux indésirables conduisant à [la discontinuation prématurée de la participation à l'étude] chez les [utilisateurs] de la Quad, comparativement aux [participants recevant les autres régimes étudiés]. »

Détails de l'étude

Nous disposons de peu de détails à l'égard des participants jusqu'à présent. Nous savons toutefois que la cohorte se composait à 90 % d'hommes et à 10 % de femmes. La moyenne d'âge était de 38 ans, et aucun participant n'avait reçu de traitement anti-VIH avant ces études.

Gilead a soumis des données recueillies après 48 semaines d'étude.

Résultats

L'objectif principal des études consistait à déterminer la proportion de participants ayant une charge virale de moins de 50 copies/ml à la 48e semaine. Voici quelques précisions :

Essai ‘102

  • Quad – 88 % des participants avaient une charge virale inférieure au seuil des 50 copies/ml après 48 semaines
  • Atripla – 84 % des participants avaient une charge virale inférieure au seuil des 50 copies/ml après 48 semaines

Essai ‘103

  • Quad – 90 % des participants avaient une charge virale inférieure au seuil des 50 copies/ml après 48 semaines
  • régime à base d'atazanavir – 87 % des participants avaient une charge virale inférieure au seuil des 50 copies/ml après 48 semaines

Si l'on se fie aux statistiques se rapportant à ce genre d'étude (essai randomisé, contrôlé contre placebo), ces résultats laissent croire que la Quad est plus ou moins équivalente (on parle de « non-infériorité » dans le jargon technique) à l'Atripla sur le plan de la puissance.

Aucune différence d'efficacité importante n'a été constatée lorsque les analyses des sous-groupes ont tenu compte du sexe, de la race, de la région géographique, de la charge virale au début de l'étude, du compte de CD4+, etc. Il faut tout de même souligner que seulement 10 % des participants étaient des femmes. Ce déséquilibre entre les sexes aura des implications qui seront abordées plus tard dans cet article sur la Quad.

À la 48e semaine, on n'a pas remarqué de différence significative entre les augmentations des comptes de CD4+ selon le régime de médicaments utilisé, comparativement aux niveaux d'avant l'étude :

Essai ‘102

  • Quad – gain de 239 cellules CD4+
  • Atripla – gain de 206 cellules CD4+

Essai ‘103

  • Quad – gain de 207 cellules CD4+
  • régime à base d'atazanavir – gain de 211 cellules CD4+

Regard sur l'elvitégravir

Ce médicament agit de manière semblable à l'inhibiteur de l'intégrase raltégravir (Isentress), c'est-à-dire en bloquant une enzyme appelée intégrase. Cette interférence causée par l'elvitégravir ou le raltégravir aide à empêcher le VIH de s'emparer du contrôle des cellules et de les transformer en mini-usines à virus.

Lors d'expériences de laboratoire sur des cellules, l'elvitégravir a été éprouvé contre des échantillons de VIH provenant de différentes régions du monde. Ce médicament s'est avéré actif contre différentes souches, ou clades, du VIH, dont les clades A, B, C, D, E, F, G et O.

Les souches du VIH qui ont acquis une résistance à l'elvitégravir sont susceptibles de résister au raltégravir aussi (et vice versa).

Regard sur le cobicistat

Le cobicistat a pour raison d'être de faire augmenter le taux d'elvitégravir dans le sang. Il accomplit cette tâche en interférant avec l'action d'enzymes présentes dans les intestins et le foie, soit les endroits où l'elvitegravir est métabolisé ou dégradé. Ces enzymes portent les noms de CYP3A4 et CYP2D6. En réduisant l'activité de ces enzymes, le cobicistat aide à retarder la dégradation de l'elvitégravir, ce qui permet au taux sanguin de ce médicament de rester élevé pendant à peu près une journée. C'est cette action qui permet de prendre la Quad une seule fois par jour.

On appelle les médicaments comme le cobicistat qui servent à augmenter et à maintenir les taux d'autres médicaments dans l'organisme des agents de potentialisation pharmacocinétique. L'inhibiteur de la protéase ritonavir est un autre agent de potentialisation couramment utilisé.

Lorsque le ritonavir a vu le jour au milieu des années 90, on était censé le prendre à raison de 600 mg deux fois par jour dans le cadre d'une combinaison anti-VIH puissante, couramment appelée multithérapie ou TAR. Toutefois, des chercheurs d'Ottawa se sont rapidement aperçus que l'on pouvait utiliser le ritonavir pour faire augmenter les taux des autres inhibiteurs de la protéase. Le ritonavir est donc devenu plus tolérable (grâce à la réduction de la dose), et son efficacité s'est améliorée. De nos jours, on utilise le plus souvent le ritonavir à raison de 100 ou 200 mg par jour pour accroître les taux des autres inhibiteurs de la protéase :

  • atazanavir
  • darunavir (Prezista)
  • lopinavir (dans le Kaletra)

Selon la FDA, le cobicistat possède une forme ou structure semblable à celle du ritonavir (on parle dans ce cas d'« analogue structural »). En théorie, le cobicistat ne possède pas d'activité anti-VIH. En effet, lors d'expériences de laboratoire sur des cellules et le VIH, les chercheurs de Gilead n'ont détecté aucune activité de ce médicament contre le VIH.

Nonobstant ces derniers points, l'analyse d'un nombre limité d'échantillons de sang prélevés chez les participants recevant la Quad dont le régime a échoué a donné lieu à une découverte surprenante : neuf personnes sur 14 avaient un VIH qui portait des mutations dans le gène protéase. Les chercheurs se seraient attendus à un tel résultat si les personnes en question avaient déjà pris un inhibiteur de la protéase. De plus, sur ces neuf personnes, trois avaient des mutations dans le gène protéase qui permettaient au VIH de résister à certains inhibiteurs de la protéase.

Ce résultat est très étonnant car, avant l'étude, aucun des participants recevant la Quad n'avait été exposé à des inhibiteurs de la protéase ou à tout autre médicament antirétroviral. Rappelons aussi que le cobicistat n'est pas censé posséder d'activité antivirale. La FDA ne peut préciser l'origine de ces mutations résistantes ou leur signification éventuelle. Selon l'agence, « cette question nécessitera un suivi rigoureux. »

Problèmes d'interaction

Comme la forme et l'activité du cobicistat ressemblent à celles de l'agent de potentialisation pharmacocinétique ritonavir, on devrait s'attendre à ce que le cobicistat, comme le ritonavir, exerce des effets sur le métabolisme de plusieurs médicaments dans l'organisme. Il existe par conséquent un grand potentiel d'interactions médicamenteuses susceptibles d'intensifier les effets secondaires existants, d'en causer des nouveaux ou de compromettre l'efficacité de l'elvitégravir ou d'un autre médicament.

Étant donné ce risque d'interactions, la FDA recommande que les personnes recevant la Quad s'abstiennent de prendre l'antibiotique rifabutine (Mycobutin).

Le cobicistat interagit de façon complexe avec les contraceptifs oraux féminins (la « pilule »). La FDA mène des études afin de pouvoir conseiller les médecins qui veulent prescrire la Quad et la pilule anticonceptionnelle.

La gamme complète d'interactions médicamenteuses impliquant le cobicistat n'est pas connue. Des études sont en cours ou prévues pour évaluer des traitements de substitution aux opiacés comme la méthadone ou la buprénorphine, ainsi qu'avec les agents anti-VHC (virus de l'hépatite C) bocéprévir (Victrelis) et télaprévir (Incevik).

Questions d'innocuité — décès

On a déploré six décès au cours de cette étude, dans les groupes suivants :

  • Quad – une personne 
  • Atripla – deux personnes
  • régime à base d'atazanavir – trois personnes

Les causes de décès furent les suivantes :

  • suicide – deux personnes, dont l'une recevait l'Atripla et l'autre, la Quad. Selon la FDA, cette deuxième personne avait des antécédents de « dépression majeure, trouble bipolaire, insomnie et abus d'amphétamines ». Sa dépression était pourtant stable au moment de son admission à l'étude
  • cancer (carcinome métastatique) – une personne
  • infection bactérienne mortelle
  • pneumonie mortelle – une personne
  • arrêt cardiaque dû à « une surdose de drogue à usage récréatif » – une personne

Les chercheurs ont conclu qu'aucun de ces décès n'était attribuable aux médicaments étudiés.

Survol des effets secondaires

Tous les médicaments peuvent causer des effets secondaires. Lors de cette étude, les proportions suivantes de participants ont quitté prématurément l'essai à cause d'effets secondaires de fréquence comparable :

  • Quad – 4 % des participants
  • Atripla – 5 % des participants
  • régime à base d'atazanavir – 5 % des participants

En général, les effets secondaires suivants ont poussé les participants à quitter prématurément l'étude :

  • diarrhée
  • nausée
  • fatigue
  • fièvre
  • augmentation du taux de créatinine (produit de déchets) dans le sang
  • insuffisance rénale

Ces deux derniers effets se sont produits chez cinq participants qui prenaient tous la Quad.

Voici la répartition des effets indésirables s'étant produits chez 3 % ou plus des participants recevant la Quad. À titre de comparaison, nous mentionnons la fréquence des mêmes effets indésirables selon le régime utilisé :

Diarrhée

  • Quad – 22 %
  • Atripla – 19 %
  • régime à base d'atazanavir – 27 %

Nausée

  • Quad – 20 %
  • Atripla – 14 %
  • régime à base d'atazanavir – 19 %

Flatulence

  • Quad – 4 %
  • Atripla – 1 %
  • régime à base d'atazanavir – 8 %

Rêves bizarres

  • Quad – 9 %
  • Atripla – 27 %
  • régime à base d'atazanavir – 4 %

Difficulté à s'endormir

  • Quad – 8 %
  • Atripla – 14 %
  • régime à base d'atazanavir – 5 %

Dépression

  • Quad – 8 %
  • Atripla – 11 %
  • régime à base d'atazanavir – 7 %

Étourdissements

  • Quad – 6 %
  • Atripla – 24 %
  • régime à base d'atazanavir – 12 %

Maux de tête

  • Quad – 15 %
  • Atripla – 10 %
  • régime à base d'atazanavir – 12 %

Les effets indésirables d'ordre musculaire ou osseux étaient plus fréquents parmi les patients recevant la Quad, comme suit :

  • Quad – 21 %
  • Atripla – 16 %
  • régime à base d'atazanavir – 16 %

Selon la FDA, la majorité de ces effets secondaires étaient d'« intensité légère ou modérée ».

En revanche, les effets suivants qui se sont produits chez les patients recevant la Quad étaient d'une intensité grave :

  • douleur au dos (deux personnes)
  • douleur aux os (une personne)
  • douleur aux articulations (une personne)

On a constaté un cas très grave de faiblesse et de dégradation musculaires chez une personne qui prenait la Quad. Deux autres patients recevant la Quad ont quitté prématurément l'étude parce qu'ils avaient les membres endoloris et souffraient de dégradation musculaire.

Santé osseuse

Selon la FDA, « Lors d'essais cliniques précédents, le ténofovir a été associé à une toxicité osseuse, y compris une baisse de la densité minérale des os. » L'ostéopénie (amincissement des os) et l'ostéoporose (grave amincissement des os) se sont produites dans les proportions suivantes :

  • Quad – 1,3 %
  • Atripla – 0 %
  • régime à base d'atazanavir – 2,2 %

Dans l'ensemble, moins de 1 % des participants ont subi des fractures osseuses, dans les proportions précises suivantes :

  • Quad – 0,4 %
  • Atripla – 0,9 %
  • régime à base d'atazanavir – 0,9 %

La majorité des fractures étaient légères ou modérées.

Les techniciens ont également effectué des radiographies de faible dose des os (examens DEXA), afin d'en évaluer la densité auprès d'un sous-groupe de participants :

  • Quad – 54 participants
  • régime à base d'atazanavir – 66 participants

Les chercheurs ont constaté de faibles baisses de la densité osseuse de la colonne vertébrale et de la hanche chez l'ensemble des participants. Ce phénomène s'est produit lors d'autres essais cliniques et semble être relativement courant durant les deux premières années d'une multithérapie. Après cette période, la densité osseuse a tendance à se stabiliser.

Santé cardiaque

Le cœur est muni de quatre cavités qui contribuent au pompage du sang. La coordination des battements, c'est-à-dire le pompage, est contrôlée par le système électrique du cœur. Ce système libère une très faible vague d'électricité afin d'inciter les cavités cardiaques à battre et à pomper du sang. Il est possible d'évaluer cette activité électrique à l'aide d'un cardiogramme.

Selon les spécialistes du cœur de la FDA qui ont examiné les données se rapportant à la Quad, il est possible que le cobicistat exerce un effet sur l'activité électrique du cœur, notamment chez les populations suivantes :

  • personnes âgées
  • personnes aux prises avec des problèmes existants au niveau du système électrique du cœur
  • personnes recevant des médicaments comme le vérapamil (utilisé pour le traitement de l'hypertension, la douleur cardiaque et les arythmies cardiaques)

Lors d'évaluations cardiovasculaires subséquentes et indépendantes, Gilead n'a toutefois constaté aucune perturbation du système électrique cardiaque causée par le cobicistat ou la Quad.

Le ritonavir a tendance à modifier les taux de lipides (cholestérol et triglycérides) dans le sang. Cependant, une comparaison de la Quad et de l'Atripla a révélé que les anomalies du cholestérol étaient généralement plus importantes chez les patients recevant l'Atripla.

Santé rénale et cobicistat

Les reins filtrent le sang. Ils éliminent les déchets dans l'urine et réabsorbent des substances utiles qu'ils remettent dans le sang. Il semble que la capacité des reins à filtrer le produit de déchets créatinine soit perturbée chez les patients recevant du cobicistat. Pour la FDA, il n'est pas encore clair si cet effet est dû à d'éventuels dommages rénaux causés par le cobicistat ou encore à un changement inoffensif dans la fonction rénale entraînée par l'exposition au cobicistat, comme le prétend Gilead. Même si le débit de filtration glomérulaire estimé (DFGe) laissait soupçonner l'élévation du taux de créatinine, les vérifications réelles du DFG n'ont pas révélé de telles augmentations. Cette disparité apparente entre le DFG estimé et le DFG réel pourrait expliquer les évaluations contradictoires des taux de créatinine.

Les reins sont plus que de simples filtres. En plus d'aider à convertir la vitamine D en sa forme active, ces organes en forme de haricot contribuent à réguler la tension artérielle et produisent une hormone appelée EPO qui régule la production de globules rouges. Les dysfonctions rénales peuvent avoir un impact considérable sur la santé d'une personne.

Syndrome de Fanconi — mise en contexte

La Quad contient du ténofovir. Selon la FDA, au cours de la dernière décennie, le ténofovir a été associé à l'apparition ou à l'aggravation de problèmes de santé rénale chez certains patients. Dans certains cas, il s'est produit une sorte de dommage rénal très grave appelé syndrome de Fanconi. En présence de ce syndrome, des substances vitales qui sont filtrées par les reins sont éliminées dans l'urine au lieu d'être envoyées au sang. Ce problème survient parce que les tubules dont les reins se servent pour filtrer les substances accumulent le ténofovir dans des concentrations bien plus élevées que dans le sang. Ces tubules abondent en centrales électriques cellulaires appelées mitochondries. La recherche porte à croire que les fortes concentrations de ténofovir dans les tubules rénaux causent des dommages aux mitochondries. Lorsque les mitochondries sont endommagées, elles ne produisent pas assez d'énergie pour les cellules, et ces dernières se mettent par conséquent à mal fonctionner et risquent de mourir. Comme les tubules atteints ne peuvent plus filtrer correctement les substances, des nutriments vitaux sont perdus dans l'urine. On appelle cette forme particulière de dommage associé au ténofovir la dysfonction tubulaire proximale.

Les symptômes du syndrome de Fanconi peuvent comprendre les suivants :

  • douleur osseuse
  • fatigue
  • mictions excessives

Les analyses d'urine effectuées auprès de personnes atteintes du syndrome de Fanconi peuvent révéler la présence des nutriments suivants :

  • acides aminés
  • sucre (glucose)
  • minéraux comme le magnésium, le phosphore et le sodium

Les facteurs suivants peuvent contribuer considérablement au risque de développer le syndrome de Fanconi :

  • âge avancé
  • poids corporel sous-optimal
  • co-morbidités comme le diabète, l'hypertension et la co-infection au virus de l'hépatite C
  • prise d'autres médicaments susceptibles de nuire aux reins

Les effets indésirables touchant les reins étaient plus fréquents parmi les patients recevant la Quad, comparativement aux autres régimes, dans les proportions suivantes :

  • Quad – 8 %
  • Atripla – 7 %
  • régime à base d'atazanavir – 5 %

Selon la FDA, huit personnes du groupe Quad ont dû cesser de prendre celle-ci à cause d'une dysfonction rénale grave, comme suit :

  • insuffisance rénale – trois personnes
  • syndrome de Fanconi – une personne
  • augmentation du taux de créatinine dans le sang – quatre personnes

Une personne recevant le régime à base d'atazanavir a présenté de graves lésions rénales.

Selon l'analyse effectuée par la FDA, des cas de dysfonction tubulaire proximale ont obligé quatre participants recevant la Quad à quitter l'étude (comparativement à aucun participant dans les autres groupes). Les quatre participants en question venaient des États-Unis et leur âge variait entre 20 et 60 ans.

Sur ces quatre participants, deux, dont l'un âgé de 56 ans et l'autre de 60 ans, avaient des antécédents médicaux d'hypertension et prenaient des médicaments pour ce problème.  Des tests effectués avant l'introduction de la Quad laissaient croire que ces participants souffraient d'une dysfonction rénale légère. Une fois le traitement à la Quad commencé, la dysfonction rénale est devenue grave et s'est transformée en insuffisance rénale dans l'espace d’un ou de deux mois.

Avant de quitter l'étude, tous les quatre hommes avaient du glucose et/ou de la protéine décelable dans leurs échantillons d'urine.

Selon la FDA, quatre autres patients recevant la Quad et une personne du groupe atazanavir ont également présenté de graves problèmes rénaux qui les ont poussés à quitter l'étude. Mais il ne s'agissait dans aucun cas d'une dysfonction tubulaire proximale, a précisé la FDA.

Gilead Sciences a fourni à la FDA des données d'innocuité provisoires provenant d'une étude du nom de GS-US-216-0114 qui se poursuit et dont l'objectif consiste à comparer les régimes suivants :

  • atazanavir + cobicistat + ténofovir + FTC
  • atazanavir + ritonavir + tenofovir + FTC

L'analyse des données a permis à la FDA de reconnaître cinq cas de dysfonction tubulaire proximale parmi les participants recevant le cobicistat et deux cas dans le groupe recevant le ritonavir.

Les participants en question ne souffraient pas d'hypertension et ne prenaient pas d'autres médicaments associés à la dysfonction rénale. L'un des participants du groupe cobicistat avait pourtant le diabète de type 2, ce qui aurait pu le prédisposer à la dysfonction rénale.

Se fondant sur toutes les données des essais sur le cobicistat et d'essais antérieurs sur le ténofovir et le Truvada, la FDA a conclu que « la fréquence de tubulopathies proximales probables menant à la discontinuation du médicament étudié [lors d'essais cliniques de phase III où les participants recevaient du  cobicistat] était supérieure à ce à quoi on s'attendrait de la part du ténofovir seulement ». La FDA a aussi souligné que des essais cliniques clés sur la rilpivirine (Edurant et dans le Complera) avaient aussi utilisé le Truvada, mais « aucune discontinuation du médicament n'a été rapportée à cause du syndrome de Fanconi [ou tout autre effet indésirable rénal grave] ».

Mesures pour assurer l'innocuité

Gilead propose que les médecins prennent les mesures suivantes s'ils envisagent de prescrire la Quad :

  • demander une évaluation des concentrations de créatinine dans le sang et l'urine afin de connaître le taux de clairance de la créatinine (rythme auquel la créatinine quitte le corps) avant de prescrire la Quad
  • ne pas prescrire la Quad si le taux de clairance de la créatinine est inférieure à 70 ml/minute
  • si le taux de clairance de la créatinine passe sous les 50 ml/min au cours du traitement par la Quad, discontinuer l'usage de celle-ci
  • effectuer une « surveillance de routine » du taux de clairance de la créatinine et d'autres évaluations de la santé rénale, comme le DFGe (débit de filtration glomérulaire estimé) et le taux sanguin de phosphore, auprès des personnes atteintes de dysfonction rénale ou à risque
  • éviter de prescrire la Quad aux patients ayant besoin de prendre des médicaments susceptibles de causer la dysfonction rénale ou aux personnes ayant récemment utilisé de tels médicaments

Déséquilibre sexuel

Comme nous l'avons déjà mentionné, les femmes ne constituaient qu'environ 10 % des volontaires inscrits aux études menées pour obtenir l'homologation de la Quad. Cette faible proportion de femmes a limité la capacité de la FDA de détecter des signes de toxicité spécifiques à leur sexe.

En conclusion

L'examen effectué par la FDA révèle que, après un an d'usage, la Quad est généralement efficace et sans danger. Malgré des préoccupations concernant la santé rénale, les cas de dysfonction et de lésions rénales graves étaient peu nombreux.

— Sean R. Hosein

RÉFÉRENCES :

  1. Food and Drug Adminstration’s elvitegravir/cobicistat/emtricitabine/tenofovir disoproxil fumarate fixed dose combination Review team. Background package for NDA 203-100. Memorandum. 16 April 2012.
  2. German P, Liu HC, Szwarcberg J, et al. Effect of cobicistat on glomerular filtration rate in subjects with normal and impaired renal function. Journal of Acquired Immune Deficiency Syndromes. 2012; in press.