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TraitementActualités
226

mars/avril 2018 

Accent sur les bibittes dans le ventre

Le fait de commencer et de prendre tous les jours un traitement contre le VIH (TAR) pour atteindre et maintenir une charge virale indétectable procure de nombreux bienfaits. Les chercheurs s’attendent de plus en plus à ce que les jeunes adultes qui sont diagnostiqués aujourd’hui et qui commencent sans tarder un TAR aient une espérance de vie quasi-normale, pourvu qu’ils atteignent et maintiennent une charge virale indétectable, qu’ils respectent leurs rendez-vous réguliers chez le médecin et au laboratoire et qu’ils n’aient pas de problème de santé mentale non traité (comme une dépendance). Et il y a un autre avantage à tirer du TAR : nombre d’études ont révélé que les personnes séropositives qui maintiennent une charge virale indétectable ne transmettent pas le virus à leurs partenaires sexuels.

Malgré ces bienfaits énormes découlant de la prise du TAR, le traitement ne peut corriger que partiellement les changements causés par le VIH dans les régions profondes du corps et du système immunitaire. En particulier, le VIH cause l’inflammation et l’activation du système immunitaire. Le TAR réduit partiellement ce problème mais ne peut l’éliminer complètement. Lorsque l’inflammation et l’activation immunitaires liées au VIH deviennent chroniques, certains chercheurs s’inquiètent de la possibilité qu’elles contribuent à d’autres problèmes de santé à long terme, y compris les suivants :

  • maladies cardiovasculaires (y compris crises cardiaques et AVC)
  • affections dégénératives du cerveau (telles que les maladies d’Alzheimer et de Parkinson)
  • diabète de type 2
  • maladies inflammatoires de l’appareil digestif (telle la maladie de Crohn)
  • arthrite
  • lésions pulmonaires
  • amincissement osseux
  • psoriasis

En réponse à ces préoccupations, les chercheurs mènent actuellement ou prévoient mener des études visant à réduire l’inflammation excessive liée au VIH. Nous parlons de certaines de ces études dans TraitementActualités 223 et TraitementActualités 225. Dans ce numéro, nous nous concentrons sur une autre intervention potentielle pour réduire l’inflammation, soit la manipulation de la population de bactéries et de champignons vivant dans les intestins.

À l’intérieur des intestins

De nombreux microbes peuvent entrer dans le corps par l’ingestion d’eau ou d’aliments contaminés, et ces microbes passent par les intestins. Par conséquent, le système immunitaire a évolué de sorte que ses composantes sont dispersées un peu partout dans les intestins à l’intérieur des ganglions et tissus lymphatiques (ou lymphoïdes).

Les intestins contiennent des billions de microbes, principalement des bactéries mais aussi des champignons et virus, qui vivent des fibres et d’autres substances présentes dans les aliments. Aux fins de ce rapport, nous nous concentrons principalement sur les bactéries intestinales. Le terme technique pour désigner les bactéries vivant normalement dans les intestins est microbiome intestinal. Il existe un équilibre entre les différents champignons et bactéries vivant dans les intestins; cet équilibre favorise généralement les microbes qui sont soit inoffensifs soit utiles à la santé humaine d’une manière ou d’une autre. Les bactéries bénéfiques (et les champignons) libèrent des substances chimiques qui réduisent la prolifération des microbes nuisibles. Comme les bactéries et les champignons bénéfiques occupent un espace physique dans les intestins, les microbes nuisibles ont de la difficulté à se multiplier.

Les chercheurs sont en train d’explorer en profondeur l’avantage de porter des billions de microbes bénéfiques dans ses intestins. Les données émergentes laissent croire que certaines bactéries (et champignons) bénéfiques ont le potentiel de faire ce qui suit :

  • réduire l’inflammation générale
  • libérer des composés qui influencent directement ou indirectement l’humeur
  • jouer un rôle dans la réduction des risques de maladies cardiovasculaires
  • renforcer le système immunitaire et améliorer sa réponse aux composés appelés inhibiteurs des points de contrôle immunitaires; il s’agit de traitements émergents contre le cancer qui sont à l’étude pour en évaluer l’impact sur le système immunitaire de personnes séropositives en bonne santé.

Un équilibre changeant

En général, les chercheurs ont observé une réduction de la diversité des microbes intestinaux chez les personnes séropositives par rapport aux personnes séronégatives en bonne santé. Dans certains cas, cette baisse de la diversité microbienne est associée à la présence d’un nombre sous-optimal de cellules CD4+ dans le sang de personnes séropositives n’ayant pas eu de réponse immunologique forte au TAR malgré leur charge virale indétectable.

Comme nous l’avons mentionné plus tôt, il se trouve de nombreux ganglions et tissus lymphatiques dans les intestins. Le VIH s’accumule dans ces tissus parce qu’ils hébergent de nombreuses cellules du système immunitaire. Lorsque le VIH attaque les cellules dans ces tissus, il provoque de l’inflammation, et cette inflammation affaiblit la barrière intestinale et la rend sujette aux « fuites ».

Il est également probable que cette inflammation joue un rôle dans la malabsorption qui est caractéristique de l’infection au VIH non traitée. À cause de l’infection au VIH, certaines bactéries qui se trouvent naturellement dans les intestins en de faibles proportions peuvent se multiplier lorsque l’équilibre des bactéries est perturbé. Ces bactéries produisent des protéines qui peuvent déclencher et prolonger l’inflammation. Elles peuvent traverser la barrière intestinale affaiblie et être absorbées dans le sang et dispersées partout dans le corps. Le terme scientifique pour désigner cette traversée de la barrière intestinale par de grandes quantités de protéines bactériennes et leur absorption subséquente dans le sang est translocation bactérienne. Les chercheurs ont trouvé que, avec le temps, le TAR réduisait énormément la traversée des protéines intestinales vers le sang. Cependant, le TAR ne réduit pas le taux de ces protéines bactériennes jusqu’au très faible niveau observé chez les personnes séronégatives en bonne santé.

Les chercheurs mènent de nombreuses expériences sur des animaux et chez des humains (séronégatifs et séropositifs) afin de mieux comprendre l’impact du déplacement des populations de microbes intestinaux. Récemment, on n’a découvert aucun indice de méfaits lors d’une revue systématique de 39 essais randomisés contrôlés menés auprès de plus de 9 000 participants séropositifs. Les résultats de cette revue devraient rassurer les médecins et les infirmières qui planifient des essais cliniques ou qui doivent conseiller leurs patients qui envisagent de participer à des essais cliniques semblables.

Dans ce numéro de TraitementActualités, nous explorons quelques questions immunologiques associées à la manipulation de l’équilibre des bactéries (et de certains champignons), principalement chez les personnes vivant avec le VIH.

—Sean R. Hosein

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