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janvier 2018 

Qui a tendance à prendre du poids sous l’effet du TAR?

Deux études ont signalé la possibilité de la prise de poids chez les personnes utilisant l’inhibiteur de l’intégrase dolutégravir (Tivicay et dans Triumeq). Notons cependant que les études en question ont examiné des données qui avaient été captées dans le passé à une autre fin. Les études rétrospectives de ce genre sont utiles pour explorer une idée mais il n’est pas possible d’en tirer des conclusions fermes. Pour cette raison, leurs résultats ne peuvent être que des indices ou des suggestions. Il est possible d’utiliser les résultats d’études rétrospectives pour concevoir des études plus rigoureuses sur le plan statistique.

Afin de mieux explorer le problème de la prise de poids chez les personnes utilisant une combinaison de médicaments anti-VIH (TAR), les chercheurs de cliniques à Milan et ailleurs en Italie ont mené une étude par observation de grande envergure pour évaluer les données de santé de plus de 1 000 personnes séropositives. Les participants à cette étude utilisaient des régimes différents fondés sur des inhibiteurs de l’intégrase, des inhibiteurs de la protéase ou des analogues non nucléosidiques. Les chercheurs ont trouvé que les participants recevant une combinaison de médicaments anti-VIH courante (et pas seulement des inhibiteurs de l’intégrase) connaissaient une prise de poids et une augmentation de leur indice de masse corporelle (IMC, une mesure relative de l’adiposité ou de la minceur). Les personnes les plus susceptibles de prendre du poids étaient celles qui avaient été relativement minces ou plus âgées avant de commencer leur traitement.

Les chercheurs italiens ont tenté de tenir compte des facteurs qui auraient pu fausser par inadvertance leur interprétation des résultats, et leurs découvertes constituent un progrès important par rapport aux études rétrospectives. Il reste que les études par observation, quelle qu’en soit l’envergure, ne peuvent jamais être utilisées pour tirer des conclusions fermes, et aucun lien de cause à effet ne peut être prouvé. Plusieurs études randomisées et contrôlées sur des combinaisons à base de dolutégravir sont en cours. Lorsque ces études seront terminées, les données pourront être analysées pour évaluer les tendances de l’IMC et tirer probablement des conclusions solides sur le problème de la prise de poids et des combinaisons de médicaments spécifiques.

Détails de l’étude

Les chercheurs italiens ont utilisé les données d’un projet appelé SCOLTA et se sont concentrés sur les groupes de personnes suivants qui prenaient des régimes particuliers :

Sept cent cinquante-cinq (755) participants déjà exposés au TAR qui prenaient des régimes comportant les inhibiteurs de l’intégrase suivants :

  • dolutégravir : 225 personnes
  • raltégravir (Isentress) : 382 personnes
  • elvitégravir (dans Genvoya et Stribild) : 148 personnes

Aux fins de comparaison, les chercheurs ont analysé les données recueillies auprès de 145 participants additionnels qui prenaient un régime fondé sur l’inhibiteur de la protéase darunavir (Prezista et dans Prezcobix) et 218 autres dont le régime était fondé sur la rilpivirine (Edurant et dans Complera et Odefsey). L’étude comptait donc un total de 1 118 participants.

Les participants avaient le profil moyen suivant lors de leur admission à l’étude :

  • âge : 46 ans
  • 71 % d’hommes, 29 % de femmes
  • 19 % avaient un compte de CD4+ inférieur à la barre des 200 cellules/mm3
  • 40 % avaient une charge virale indétectable
  • IMC : Bien qu’il s’agisse d’une mesure imparfaite, l’IMC est relativement simple à calculer parce qu’il est fondé sur le poids et la taille d’une personne. Les participants tombaient dans les catégories d’IMC suivantes : 6 % avaient un poids insuffisant indiqué par un IMC inférieur à 18,5; 61 % avaient un poids normal indiqué par un IMC entre 18,5 et 24,9; 27 % avaient un poids excessif indiqué par un IMC entre 25 et 29,9; et 7 % étaient obèses, comme l’attestait leur IMC de 30 ou plus.

Les participants ont été suivis pendant au moins un an.

Résultats

Chez tous les participants, l’IMC a augmenté légèrement, soit de 0,19 dans les six mois suivant l’amorce du régime actuel, puis d’un total de 0,25 dans l’année suivant l’introduction du régime. Cela laisse soupçonner une augmentation modeste du poids.

Pour tenir compte des facteurs qui auraient pu contribuer à la prise de poids, les chercheurs ont effectué d’autres analyses. Cette fois aussi tous les régimes ont été associés à une prise de poids modeste (augmentation de l’IMC). De plus, les chercheurs n’ont constaté aucune différence quant aux changements dans l’IMC entre les participants utilisant un régime fondé sur un inhibiteur de l’intégrase et les participants utilisant un régime fondé sur l’inhibiteur de la protéase darunavir ou la rilpivirine.

En revanche, les chercheurs ont constaté une association entre la présence des facteurs suivants au début de l’étude et l’augmentation subséquente du poids :

  • âge plus avancé
  • faible IMC

Pourquoi cette prise de poids apparente sous l’effet du TAR?

Avant l’introduction à grande échelle du TAR dans les pays à revenu élevé en 1996, certaines personnes séropositives éprouvaient une perte de poids involontaire qui devenait grave dans certains cas. On appelait cela couramment le syndrome de dépérissement. Lorsqu’ils faisaient leurs analyses, les chercheurs trouvaient que les personnes touchées avaient tendance à perdre de la masse musculaire.

Les causes de la perte de poids dans le contexte de l’infection au VIH non traitée sont complexes et pourraient être liées à plusieurs facteurs, dont l’inflammation intestinale et les lésions causées par les infections, la perturbation du métabolisme, les taux réduits d’hormones comme la testostérone et la perte de l’appétit.

Après l’arrivée du TAR en 1996, les chercheurs ont commencé à remarquer une prise de poids chez leurs patients, et plus particulièrement chez les personnes ayant souffert auparavant du syndrome de dépérissement. Toutefois, les gains de poids en question arrivaient surtout sous forme de graisse et non de muscle. Étant donné l’amélioration de la santé qui accompagne l’utilisation du TAR, il est naturel de s’attendre à une certaine prise de poids au fil du temps.

Différentes études

Les chercheurs qui ont conçu les deux études rétrospectives qui ont permis de signaler la prise de poids sous l’effet du dolutégravir ont tenté d’explorer une idée afin de voir s’il existait une tendance. Les chercheurs italiens se sont chargés de l’étape suivante avec SCOLTA, une étude par observation. Ce genre d’étude est utile pour trouver des associations mais ne peut jamais prouver de lien de « cause à effet »; autrement dit, les études par observation ne peuvent pas prouver que la prise d’un régime à base d’inhibiteur de l’intégrase cause une augmentation de l’IMC.

Des conclusions plus solides au sujet de la prise de poids proviendront d’études randomisées et contrôlées, et plusieurs études de ce genre ont été menées, se poursuivent ou sont prévues pour évaluer des régimes contenant le dolutégravir. On doit signaler toutefois un problème potentiel à cet égard. Ces études randomisées et contrôlées sont censées recueillir des données pouvant servir à l’homologation des combinaisons à base de dolutégravir. Pour cette raison, les participants à ces études seront des personnes séropositives jeunes et en relativement bonne santé. Il est donc possible que les résultats ne s’appliquent pas aux personnes dans la communauté qui sont plus âgées et/ou qui souffrent d’autres problèmes de santé.

À retenir

Plusieurs facteurs peuvent jouer un rôle dans la prise de poids. Voici quelques exemples :

  • facteurs psychologiques et émotionnels : parfois, l’anxiété et même la dépression peuvent pousser les gens à manger davantage tout en les privant de l’énergie nécessaire pour faire de l’exercice; troubles alimentaires
  • facteurs physiques : blessures; arthrose touchant les articulations; douleur dans le bas du dos; exercice insuffisant
  • mauvaises habitudes alimentaires
  • problèmes de sommeil
  • facteurs biomédicaux : certains cas de prédiabète et de diabète; taux anormaux d’hormones thyroïdiennes; certains médicaments
  • vieillissement : de façon générale, les gens ont tendance à prendre du poids en vieillissant

Ces facteurs et d’autres encore doivent être pris en considération lorsqu’on essaie d’évaluer l’impact des médicaments sur le poids et l’IMC. Il reste beaucoup de travail à faire pour être certain de l’impact du dolutégravir sur le poids. Cependant, pour le moment, les résultats de l’étude italienne portent à croire qu’une augmentation modeste du poids peut se produire chez les personnes suivant des régimes d’usage courant, que ceux-ci incluent un inhibiteur de l’intégrase ou pas.

—Sean R. Hosein

RÉFÉRENCES :

  1. Piantadosi S. Clinical trials: a methodologic perspective. 3rd ed. Hoboken: John Wiley & Sons; 2017.
  2. Taramasso L, Ricci E, Menzaghi B, et al. Weight gain: A possible side effect of all antiretrovirals. Open Forum Infectious Diseases. 2017 Nov 3;4(4):ofx239.
  3. Mankal PK, Kotler DP. From wasting to obesity, changes in nutritional concerns in HIV/AIDS. Endocrinology and Metabolism Clinics of North America. 2014 Sep;43(3):647-63.
  4. Norwood J, Turner M, Bofill C, et al. Brief Report: Weight gain in persons with HIV switched from efavirenz-based to integrase strand transfer inhibitor-based regimens. Journal of Acquired Immune Deficiency Syndromes. 2017 Dec 15;76(5):527-531.
  5. Menard A, Meddeb L, Tissot-Dupont H, et al. Dolutegravir and weight gain: an unexpected bothering side effect? AIDS. 2017 Jun 19;31(10):1499-1500.