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janvier 2018 

Dolutégravir + 3TC pour le traitement initial du VIH : résultats préliminaires

Le dolutégravir (Tivicay et dans Triumeq) est un inhibiteur de l’intégrase puissant qui est utilisé par de nombreuses personnes séropositives dans le cadre d’une combinaison de traitements anti-VIH (TAR). 3TC (lamivudine) est un analogue nucléosidique qui est utilisé depuis deux décennies et qui est généralement sûr et bien toléré.

Des chercheurs américains affiliés à l’AIDS Clinical Trials Group (ACTG) ont mené une étude pilote afin d’établir une compréhension préliminaire du potentiel du régime dolutégravir-3TC pour le traitement initial du VIH.

Les chercheurs ont recruté 120 participants qui n’avaient pas été exposés au traitement auparavant et leur ont donné la combinaison suivante :

  • dolutégravir 50 mg + 3TC 300 mg, les deux une fois par jour

À la 24e semaine de l’étude, 90 % des participants avaient une charge virale inférieure à 50 copies/ml. Chez une personne dont le traitement a échoué, le VIH avait acquis une résistance au dolutégravir et à 3TC. On devrait considérer les résultats de cette étude comme préliminaires parce qu’on prévoit une durée totale de 52 semaines pour cette étude.

Des essais cliniques d’envergure sont en cours pour comparer l’efficacité et l’innocuité des combinaisons suivantes : dolutégravir-3TC contre dolutégravir + TDF + FTC.

Détails de l’étude

Les chercheurs ont recruté des adultes qui n’avaient jamais suivi de TAR auparavant, qui avaient une charge virale inférieure à 500 000 copies et dont le VIH n’était pas résistant aux principales classes de médicaments (analogues nucléosidiques, analogues non nucléosidiques, inhibiteurs de la protéase, inhibiteurs de l’intégrase). De plus, aucun des participants n’avait la co-infection au virus de l’hépatite B (VHB).

Les participants avaient le profil moyen suivant lors de leur admission à l’étude :

  • âge : 30 ans
  • 87 % d’hommes, 13 % de femmes
  • compte de CD4+ : 387 cellules/mm3
  • charge virale : 41 000 copies/ml (charges virales élevées : notons que 19 % des participants avaient une charge virale entre 100 000 et 200 000 copies/ml et 12 % d’entre eux avaient une charge virale supérieure à 200 000 copies/ml mais inférieure à 500 000 copies/ml)

Résultats

Dans l’ensemble, à la semaine 24, 90 % des participants avaient une charge virale indétectable. Lorsque les chercheurs ont comparé les participants en fonction de leur charge virale d’avant l’étude, les proportions présentant une suppression virale à la semaine 24 étaient les suivantes :

  • participants ayant une charge virale initiale supérieure à 100 000 copies/ml : 89 % avaient une charge virale supprimée à la semaine 24
  • participants ayant une charge virale initiale inférieure ou égale à 100 000 copies/ml : 90 % avaient une charge virale supprimée à la semaine 24

Sept participants ont quitté l’étude et/ou ont arrêté de prendre le régime dolutégravir-3TC avant la 24e semaine pour les raisons suivantes :

  • déménagement : deux personnes
  • incarcération : une personne
  • perte de contact avec la clinique : une personne
  • grossesse : une personne
  • incapacité de prendre les médicaments tels qu’ils étaient prescrits : une personne
  • incapacité de se rendre à la clinique de l’étude : une personne

À la semaine 24, cinq participants avaient une charge virale détectable. Voici d’autres détails à leur sujet :

  • Deux participants avaient une charge virale détectable avant la semaine 24; dans un cas, la charge virale avait été supérieure à 100 000 copies/ml au début de l’étude. À la semaine 24, la charge virale de ces personnes se situait entre 50 et 200 copies/ml; selon les critères de l’étude, ces charges virales n’étaient pas assez élevées pour être considérées comme des échecs virologiques. Les chercheurs ont qualifié ces deux charges virales détectables de « non-succès ».
  • Trois autres participants ont éprouvé un échec virologique avant la semaine 24; dans un cas, la charge virale avait été supérieure à 100 000 copies/ml au début de l’étude. Un participant a oublié de prendre ses médicaments à de nombreuses reprises et a quitté l’étude à la semaine 18. Ce participant a acquis une résistance à 3TC et à certains inhibiteurs de l’intégrase. Les chercheurs ont constaté que le taux de dolutégravir était très faible dans les échantillons de sang de ces trois participants, ce qui porte à croire qu’ils ne prenaient pas le médicament.

À la semaine 24, on a constaté un gain approximatif de 167 cellules CD4+/mm3.

Quatre-vingt-dix pour cent des participants ont déclaré avoir maintenu une observance thérapeutique parfaite.

Innocuité

Deux personnes ont éprouvé des effets indésirables graves qui étaient peut-être liés aux médicaments à l’étude, comme suit :

  • dysfonction rénale grave
  • rythme cardiaque accéléré au repos (occasionnellement)

Aucun effet secondaire neuropsychiatrique n’a été signalé.

Aucun participant n’a quitté l’étude à cause d’effets secondaires.

À retenir

Il est important de considérer les résultats de cette étude comme préliminaires. D’autres résultats seront publiés à l’avenir car la durée prévue de cette étude est de 52 semaines. Des essais cliniques plus grands sur la combinaison dolutégravir-3TC sont prévus ou en cours.

—Sean R. Hosein

RÉFÉRENCE :

Taiwo BO, Marconi VC, Berzins B, et al. Dolutegravir plus lamivudine maintain HIV-1 suppression through week 48 in a pilot randomized trial. Clinical Infectious Diseases. 2018; in press.