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décembre 2017 

Potentiel d'Ixolaris

Le VIS (virus de l'immunodéficience simienne) est étroitement apparenté au VIH. Chez certains singes, l'infection au VIS cause un syndrome semblable au sida. Les chercheurs ont parfois recours à des singes infectés par le VIS afin de mener des expériences préliminaires sur des antiviraux et des vaccins potentiels.

Lors d'expériences sur des singes infectés par le VIS, des chercheurs des National Institutes of Health (NIH) des États-Unis et de l'Université de Pittsburgh, en Pennsylvanie, ont trouvé que les cellules infectées par le VIS produisaient une protéine appelée facteur tissulaire (FT). Cette protéine joue un rôle important qui consiste à aider le sang à former des caillots. En présence d'affections médicales caractérisées par un taux d'inflammation élevé, tels certains cancers et l'infection au VIH (et au VIS), le risque de caillots sanguins augmente. Ces derniers peuvent bloquer des vaisseaux sanguins vitaux et provoquer des crises cardiaques et AVC.

Singes

Le traitement du VIH, également appelé TAR, est également efficace chez les singes infectés par le VIS parce que les deux virus sont tellement semblables. Lors d'expériences sur des singes infectés par le VIS, le TAR a réduit énormément la quantité de virus dans le sang des animaux. Toutefois, un groupe de cellules immunitaires appelées monocytes ont continué de produire des quantités excessives de FT. À leur tour, les taux élevés de FT ont semblé provoquer l'inflammation en augmentant la quantité des signaux chimiques suivants :

  • TNF-alpha (facteur de nécrose tumorale alpha)
  • IL-1b (interleukine-1bêta)
  • IL-6 (interleukine-6)

Ixolaris

La salive des tiques qui transmettent la maladie de Lyme contient des protéines qui interagissent avec le système immunitaire humain. Ixolaris figure parmi ces protéines.

Lors d'expériences de laboratoire sur des cellules immunitaires extraites de singes infectés par le VIS et d'humains infectés par le VIH, Ixolaris a réduit les effets inflammatoires du FT.

Lors d'une autre expérience, des chercheurs ont infecté huit singes par le VIS et ont donné de l'Ixolaris à cinq d'entre eux le même jour que l'infection. Les animaux traités par Ixolaris ont présenté subséquemment moins d'inflammation et d'activation immunitaires dans leurs cellules CD4+ et CD8+. De plus, il y avait moins de FT dans les monocytes des singes traités par Ixolaris que chez les animaux non traités. Qui plus est, les singes traités par Ixolaris avaient un taux réduit d'une autre protéine appelée D-dimère; notons que les quantités élevées de celle-ci sont associées à l'inflammation et à la formation excessive de caillots sanguins. Ces résultats obtenus auprès des singes sont intéressants, mais il est possible qu'Ixolaris ait d'autres bienfaits aussi.

Lors des expériences décrites ci-dessus, les singes ont été infectés par une souche agressive du VIS qui cause rapidement l'apparition du syndrome analogue au sida chez ces animaux, soit en aussi peu que 100 jours après l'infection. Le sida s'est en effet déclaré en moins de 100 jours chez un des trois singes infectés par le VIS qui n'a pas reçu d'Ixolaris. En revanche, aucun des singes traités par Ixolaris n'a subi de dommages importants à son système immunitaire au cours de cette période.

Prochaines étapes

Ces expériences sur des singes ont fourni des données préliminaires sur le potentiel d'Ixolaris. Comme ces études ont porté sur peu de sujets et n'étaient pas randomisées ou contrôlées contre placebo, leurs résultats ne sont pas définitifs. Une prochaine étape pourrait consister à tester Ixolaris chez un grand nombre de singes infectés par le VIS et à effectuer des analyses immunologiques plus complexes et plus sophistiquées. Si de telles études confirmaient les résultats préliminaires obtenus avec Ixolaris, les chercheurs devraient procéder ensuite à la mise au point d'une version purifiée d'Ixolaris dans des conditions stériles. Une telle mesure constituerait une exigence minimale avant de faire des expériences chez des êtres humains.

La protéine Ixolaris a un potentiel très prometteur, mais il s'écoulera encore plusieurs années avant que les expériences chez les humains puissent commencer. Il n'empêche que les expériences sur les singes ont aidé les chercheurs à mieux comprendre l'ampleur de l'importance de l'activation et de l'inflammation immunologiques en ce qui concerne les changements complexes causés par le VIS et le VIH.

—Sean R. Hosein

RÉFÉRENCE :

Schechter ME, Andrade BB, He T, et al. Inflammatory monocytes expressing tissue factor drive SIV and HIV coagulopathy. Science Translational Medicine. 2017 Aug 30;9(405). pii: eaam5441.

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