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décembre 2017 

Potentiel anticancéreux du canakinumab

Le canakinumab est un anticorps qui est utilisé pour traiter des affections inflammatoires rares. Il agit en bloquant l'accès au récepteur du signal chimique interleukine 1b (IL-1b). L'IL-1b se lie à ce récepteur qui est présent sur la surface de nombreuses cellules. Lorsque la liaison avec le récepteur a lieu, une réaction est déclenchée; si la réaction se prolonge, elle provoque l'inflammation. La recherche porte de plus en plus à croire que l'inflammation joue un rôle dans l'apparition, la croissance et peut-être même la propagation du cancer à l'intérieur du corps.

Lors d'une étude appelée Cantos, des chercheurs ont examiné la capacité du canakinumab à réduire l'inflammation associée à de graves maladies cardiovasculaires et au cancer. Leur raisonnement résidait dans le fait que « les patients atteints d'athérosclérose sont fréquemment des fumeurs, ce qui est un facteur de risque de cancer ». Pour cette étude, les chercheurs ont recruté plus de 10 000 participants séronégatifs courant un risque élevé d'événements cardiovasculaires majeurs (crise cardiaque, AVC). Environ 67 % des participants avaient déjà subi des interventions/chirurgies cardiovasculaires, près de 71 % étaient des fumeurs actuels ou anciens et au moins 80 % d'entre eux prenaient des médicaments pour réduire leur tension artérielle, leurs taux de lipides et la formation de caillots, entre autres. Tous les participants avaient des taux élevés d'inflammation. Ils ont été répartis au hasard pour recevoir une de plusieurs doses du canakinumab (50, 150 ou 300 mg) ou un placebo par injection sous-cutanée une fois tous les trois mois.

Après une période moyenne de 3,7 ans dans l'étude, les participants recevant le canakinumab ont bénéficié d'une réduction significative de l'inflammation et du nombre de crises cardiaques, comparativement aux participants du groupe placebo. De plus, dans l'ensemble, les chercheurs ont constaté moins de cas de cancer (principalement du poumon) parmi les utilisateurs du canakinumab que dans le groupe placebo. La seule baisse significative des nouveaux cas de cancer s'est produite dans le groupe de participants recevant la dose de 300 mg du canakinumab. Les chercheurs ont constaté que les décès dus aux complications d'infections étaient plus fréquents parmi les utilisateurs du canakinumab, mais ces décès ont plus ou moins été contrebalancés par les décès attribuables aux suites du cancer du poumon.

L'étude Cantos a surtout été conçue pour évaluer les bienfaits cardiovasculaires du canakinumab. Quoique prometteurs, les résultats concernant l'effet anticancéreux de ce dernier devraient être considérés comme préliminaires. Des essais cliniques conçus spécifiquement pour explorer le potentiel anticancéreux du canakinumab sont maintenant nécessaires, surtout dans le domaine du cancer du poumon.

Détails de l'étude

Pour connaître tous les détails au sujet de l'étude Cantos, veuillez consulter la section précédente.

Résultats : Qui a fait l'objet d'un diagnostic de cancer?

Pendant l'étude, les personnes présentant les caractéristiques suivantes étaient plus susceptibles de recevoir un diagnostic de cancer :

  • personnes plus âgées
  • fumeurs actuels

Inflammation et cancer

Des études précédentes avaient permis de constater un lien entre l'inflammation et le cancer. Spécifiquement, la présence d'un taux élevé du signal chimique IL-6 (interleukine-6) et de la protéine C-réactive de haute sensibilité (hs-CRP) dans le sang a été associée à l'inflammation élevée. Les participants qui ont commencé l'étude Cantos avec des taux de marqueurs inflammatoires (IL-6, hs-CRP) supérieurs à la moyenne étaient plus susceptibles de présenter subséquemment un cancer. Par exemple, les personnes qui avaient un taux élevé de hs-CRP (6,0 mg/litre contre 4,2 mg/litre) étaient plus sujettes au cancer. Une tendance semblable a été observée en ce qui concerne l'IL-6 : les personnes qui ont commencé l'étude avec un taux relativement élevé d'IL-6 (3,2 ng/litre contre 2.6 ng/litre) étaient plus susceptibles de faire un cancer.

Ces différences entre les risques de cancer associés aux taux moyens ou élevés de hs-CRP et d'IL-6 sont significatives du point de vue statistique.

Inflammation et canakinumab

Les participants traités par canakinumab ont connu des baisses importantes de leurs taux de hs-CRP (baisse de 26 % à 41 %) et d'IL-6 (baisse de 25 % à 43%), par rapport aux personnes recevant le placebo. Ces différences entre le canakinumab et le placebo sont significatives du point de vue statistique.

Survie et cancer

Dans l'ensemble, les participants des groupes canakinumab étaient moins susceptibles de mourir de complications liées au cancer. La plus importante différence entre les taux de mortalité a été constatée dans le groupe recevant la dose de 300 mg du canakinumab, comparativement au groupe placebo. Cette différence est principalement attribuable à la réduction du nombre de décès dus aux complications du cancer du poumon parmi les utilisateurs du canakinumab.

Voici la répartition des cancers et des décès attribuables aux cancers :

Placebo

  • 26 % de tous les cancers étaient des cancers du poumon
  • 47 % de tous les décès liés au cancer étaient attribuables au cancer du poumon

Canakinumab

  • 16 % de tous les cancers étaient des cancers du poumon
  • 34 % de tous les décès liés au cancer étaient attribuables au cancer du poumon

Les chercheurs ont trouvé que l'effet exercé par le canakinumab sur le cancer du poumon était « légèrement plus fort chez les fumeurs actuels que chez les anciens fumeurs ». Cette différence était plus remarquable chez les personnes traitées par la dose de 300 mg du canakinumab.

Inflammation et cancer

Selon les chercheurs, il n'y avait pas de différence significative entre le taux de cancer du poumon chez les participants traités par canakinumab ou par placebo qui avaient un taux de hs-CRP supérieur à 1,8 mg/litre au troisième mois de l'étude. Un effet semblable a été observé chez les participants dont le taux d'IL-6 était supérieur à 1,64 ng/litre au troisième mois de l'étude. Ces résultats portent à croire que certains participants dont l'inflammation n'a pas baissé significativement sous l'effet du canakinumab n'ont pas bénéficié de son effet anticancéreux. Il est donc possible qu'il existe un sous-groupe de personnes qui ne répondent pas totalement au canakinumab. Cette question devra être étudiée davantage.

Effets indésirables

Le terme effets indésirables est utilisé pour décrire une variété d'événements malheureux qui peuvent se produire dans le cadre d'un essai clinique. Seulement quelques-uns de ces événements sont causés par le médicament à l'étude. Comme Cantos était une étude contrôlée contre placebo, les chercheurs avaient une bonne idée des effets secondaires attribuables au canakinumab. Les principaux effets indésirables ont été les suivants :

Neutropénie

  • taux de neutrophiles inférieur à la normale dans le sang (les neutrophiles sont des cellules importantes qui aident à maîtriser les infections)

Infections

Lorsque les chercheurs ont analysé les données des trois groupes de participants traités par diverses doses du canakinumab, ils ont constaté un nombre considérablement plus élevé de décès attribuables aux complications d'infections chez eux que chez les participants du groupe placebo. Les raisons de cette différence ne sont pas claires, mais les auteurs de l'étude n'ont pas fait de lien entre ces décès et les taux de neutrophiles inférieurs à la normale. Selon les chercheurs, « les patients qui ont succombé à des infections avaient tendance à être plus âgés et étaient plus susceptibles d'avoir le diabète que les patients qui ne sont pas morts d'infections ».

—Sean R. Hosein

RÉFÉRENCE :

Ridker PM, MacFadyen JG, Thuren T, et al. Effect of interleukin-1β inhibition with canakinumab on incident lung cancer in patients with atherosclerosis: exploratory results from a randomised, double-blind, placebo-controlled trial. Lancet. 2017 Oct 21;390(10105):1833-1842.