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mars/avril 2017 

Les inhibiteurs de la capside : une nouvelle classe en route vers les essais cliniques

Le mode d’action de la plupart des médicaments anti-VIH approuvés consiste à interférer avec une enzyme et/ou une protéine dont les cellules infectées par le VIH ont besoin pour fabriquer de nouveaux virus.

Voyage à l’intérieur des cellules

Le terme capside désigne les protéines qui enveloppent le matériel génétique du VIH. Aussitôt que le VIH s’attache à une cellule cible du système immunitaire, il fait entrer son matériel génétique (ARN) dans la cellule. Comme le matériel génétique du virus est enveloppé par la capside, il est protégé contre la détection par les senseurs internes de la cellule. La capside, ainsi que sa cargaison de matériel génétique, se fraie ensuite un chemin vers le centre, ou noyau, de la cellule. C’est dans le noyau que se trouve le matériel génétique de la cellule; le matériel génétique contient les instructions qui permettent à la cellule d’opérer et d’accomplir ses fonctions. Lorsqu’elle se trouve près du noyau, la capside libère sa cargaison et, suite à une série d’étapes, le matériel génétique du VIH est converti en une forme semblable à celle du matériel génétique de la cellule (ADN). Les protéines de la capside aident ensuite l’ADN du VIH à pénétrer dans le noyau, où il réussit à s’intégrer dans l’ADN cellulaire. À un moment ultérieur, possiblement par le biais d’une stimulation immunologique, la cellule s’active et l’ADN VIH en prend le contrôle, convertissant la cellule en une mini-usine à virus et permettant la production de nouvelles copies du VIH.

Encore un mot à propos de la capside

La capside a plusieurs fonctions, dont les suivantes :

  • elle protège le matériel génétique du VIH
  • elle aide le matériel génétique du VIH à entrer dans le noyau d’une cellule
  • elle aide les nouvelles copies du VIH à devenir infectieuses

Grâce à ces fonctions, il est concevable qu’un inhibiteur de la capside puisse entraver ou rendre dysfonctionnelles trois étapes différentes du cycle de vie du VIH. En théorie, comme l’inhibiteur de la capside serait capable de tant d’activités anti-VIH, il pourrait être utilisé seul pour la prévention de l’infection par le VIH. Il reste pourtant énormément de travail à faire pour Gilead Sciences, créateur de ce médicament, avant qu’il puisse être certain de ce potentiel. La compagnie a mis au point une formulation à longue durée d’action qui peut se maintenir à une concentration élevée chez des chiens pendant au moins 10 semaines. Ce résultat porte à croire que l’inhibiteur de la capside permettrait une posologie intermittente chez l’humain, soit une prise tous les un à deux mois, potentiellement. Cependant, cette formulation devra sans doute faire l’objet d’autres tests sur des animaux, et plus particulièrement chez des singes vulnérables au VIS (virus de l’immunodéficience simienne, un virus étroitement apparenté au VIH), avant que des études chez l’humain puissent débuter. À la lumière de toutes ces informations, les essais cliniques sur l’inhibiteur de la capside pourraient ne pas commencer avant 2018.

—Sean R. Hosein

RÉFÉRENCE :

Tse WC, Link JO, Mulato A, et al. Discovery of novel potent HIV capsid inhibitors with long-acting potential. Conference on Retroviruses and Opportunistic Infections, 13-16 February 2017, Seattle. Abstract 33.